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samedi 12 août 2017

Le ciel est enfin tombé sur la terre - Franco Berardi « Bifo »

   "Dans le tumulte que font les voix symétriques des partis, associés pour imposer à I'Italie la discipline de l'ordre économique établi -  "compromis historique "  et de la violence armée, voix dont Bifo montre ici qu'elles sont l'exact reflet l'une de l'autre, risque d'être étouffée une troisième voie : celle d'un projet révolutionnaire inédit, inoui, et qui se place en avant de tout ce qui s'est proposé en Europe jusqu'à présent.
   Projet prolétarien, dont la base est cette couche désormais très vaste de travailleurs - "le jeune prolétariat" qui n'appartient pas à la grande usine et qui en rejette l'encadrement politique et syndical.
   Projet marxiste, en ce qu'il prend appui sur la possibilité désormais acquise de remplacer largement le travail vivant par celui des machines, pour peu que le développement technique ne reste plus entre les mains de la recherche capitaliste de la plus-value.
   Projet essentiellement culturel, en ce que la clé en est le refus des normes capitalistes infiltrées dans la vie quotidienne invention de nouvelles modalités de vie, libérées autour du principe: "du travail pour tous, mais très peu"; invention qui passe par la création de nouveaux langages et d'une nouvelle écriture "collective" proposition enfin au Mouvement comme un maitre-mot, un mot politique, de sympathie.

Franco Berardi Bifo: enseignant libre à l'université de Bologne. A publie nombre des pages de ce livre dans le journal A/traverso. Une des figures emblématiques de Radio Alice et du printemps de Bologne - à la suite duquel il est présentement, avec ses camarades, inculpeé."

Traduit de l'italien par Pierre Rival. Edtions du Seuil 1978. 199p.

TABLE 

Avertissement du traducteur .
Prologue: La fin du politique.

I. DEUX ANS DE PRÉPARATIFS A TRAVERS LES NUAGES

1. Le jeune prolétariat ou un sujet pour la libération
De petits groupes en transformation
Le parcours de la recomposition
Pouvoir ouvrier et multiplication des logiques

2. Matérialisme et transversalité
Les meubles de Marx
Le réformisme et le refoulement du sujet
Matérialisme et transversalité

3. La trame que tisse le sujet
Que font les masses?
La trame que tisse le sujet

4. Où le sujet collectif écrit transversalement
Ecriture (et) pratique anti-institutionnelle
Des masses aux masses, mais comment?

II. COMMENT LE CIEL EST TOMBE SUR LA TERRE

Comment le ciel est tombé sur la terre
Le travail rend plus libre et plus beau
L'insurrection

III. RETOUR SUR TERRE

Avec toute notre faiblesse
Structure de la production et nouvelle composition de classe
Qu'après février vienne le printemps
La ville et l'université: contre le projet social-démocrate
Avec toute notre intelligence, ou pour une stratégie du désir


Prologue. La fin du politique
Extrait p 11-17.  

   Tambours dans la nuit (1) . Novembre 1918. Berlin l'insurrection. La bataille dans le quartier des journaux. Kragler choisit le lit, la tranquillité, l'amour; il abandonne ses camarades et s'éloigne avec Anna. La révolution est vouée à l'échec; ceux qui défendent le quartier des journaux sauteront en l'air comme des poissons. Combien seront tués, emprisonnés, torturés? Par-delà la passivité de Kragler, la férocité social démocrate se déchaîne, qui prépare le terrain au nazisme.
   Que serait devenu Kragler après 1933, après 1939? La situation en Italie (et en Europe), après les années 1970- 1975, est fort semblable à celle d'alors. La menace sur l'emploi, la «criminalisation » des méthodes de lutte, le massacre de militants clandestins, l'usage de la terreur contre les nouvelles formes de vie: tout cela tend à se souder en un plan unique, en même temps social-démocrate (noskien) et stalino-fasciste, dont le pilier porteur est l'eurocommunisme (et le PCI de manière particulièrement claire ou avancée)
   Observons l'Italie, pour voir - du moins - quelles difficultés rencontre ce processus, et où il peut se briser. Tandis que les ouvriers d'usine sur la défensive conduisaient leur lutte avec une combativité imprévue, le Mouvement a su maintenir à plusieurs niveaux une continuité subjective. Mais cette continuité avec l'expérience ouvrière de la décennie passée ne doit pas rester défensive; il s'agit de préciser au contraire la nécessité d'une rupture: et si celle-ci se présente aujourd'hui encore comme un lieu vide, elle est la prémisse nécessaire pour la découverte d'un terrain nouveau, d'un nouveau cycle de luttes de libération du travail.
   Dans cet écart entre le passé du Mouvement et l'émergence laborieuse d'un terrain nouveau, le militant vit une situation douloureuse, une situation d'angoisse. Quand la désagrégation du passé ne permet pas encore d'apercevoir un avenir en recomposition, le besoin de destruction risque de se transformer en autodestruction; l'héroïne, le terrorisme deviennent alors les lieux d'un comportement qui vise à se mesurer avec la société et l’État non pas de manière autonome, mais sur le mode de la paranoïa, de la compétition, d'un affrontement qui se rêve total.
   Or, cette angoisse de la désagrégation et de l'auto-destruction n'est, en fait, que l'autre face d'une conception (et une pratique) qui abordent la violence, l'organisation, le pouvoir comme autant de reproductions spéculaires de la machine de l'État. De cette conception, le Mouvement ne s'est pas encore libéré. Un refoulement persistant du sujet et de ses besoins gouverne cette conception. C'est encore et toujours l'État, la société capitaliste, qui fournissent à des révolutionnaires décidés à s'opposer à eux et à devenir « plus forts » qu'eux leurs modèles de violence, d'organisation, de pouvoir.
   Or, les révolutionnaires sont les plus forts quand ils se placent sur le terrain de l'autonomie, de la dissémination, de la pratique du désir, de l'appropriation, du sabotage; et les plus faibles sur le terrain de l'affrontement, de l'organisation, de la violence pour prendre le pouvoir.
La politique? Un lieu dans lequel nous restons contraints de mesurer les comportements de notre vie sur le temps de l’État.

   Qui donc a dit que la politique était le lieu d'où pouvaient sortir la libération et le communisme? La politique-avec sa prétention à la gestion d'un point de vue général – est incapable de comprendre et d'intégrer les comportements besoins et les désirs du sujet qui s'est formé dans le métropoles. Tant que le communisme restera enfermé dans le territoire (à détermination hétérogène) du politique, le sujet ne réussira à s'exprimer que sous les modes de la passivité, de l'(auto)destruction, de la fuite, du terrorisme. Et l’État ne pourra contenir la potentialité de ce sujet qu'en lui imposant le terrorisme de la politique, dont la démocratie représente la forme accomplie.
    Le terrain des micro-comportements et du désir se situe dans un autre lieu, celui de la sépar/action (2): un lieu que le totalitarisme veut supprimer, en contraignant le sujet à se reconnaître dans ses rôles productifs, sociaux et familiaux. Les micro-comportements, eux, sont les symptômes de l'existence d'un sujet collectif latent, qui ne peut émerger qu'en dehors du terrain (à détermination hétérogène) du politique sur le terrain autonome (érotique) auquel renvoient le refus du travail, l'appropriation, l'extranéité, et dont nous ne savons pas aujourd'hui donner de connotations plus précises
   C'est dire que le moment est venu de faire les comptes avec ce fétiche épistémo-pratique qu'est la politique un espace dont les limites sont pré-données, qui prédétermine toutes les possibilités de compréhension et de pratique. Nous faisons I'hypothèse qu'au moment de leur apparition dans le champ de l'histoire, les mouvements révolutionnaires ont accompli leurs premiers pas sur le terrain (préexistant) du refoulement de tout sujet porteur d'une transformation historique. La religion, la science, l'économie, la politique: autant de symptômes épistémo-pratiques de ce refoulement à l'intérieur duquel le sujet latent fait ses premières preuves, en se voyant encore avec des yeux qui nient son autonomie.
   C'est bien ainsi que les choses se sont passées. Au moment où la bourgeoisie émerge comme classe historique, la réforme luthérienne, tout en exprimant l'émergence d'un sujet qui rompt avec le refoulement religieux, se place pourtant sur le même terrain et se définit encore comme mouvement religieux. De même le matérialisme, pour se reconnaître lui-même doit, au début, se constituer sur le terrain du système scientifique, c'est-à-dire dans un des lieux rationalistes d'occultation bourgeoise de la contradiction. Mais si le matérialisme est l'inscription du sujet historique (classe ouvrière sexualité, besoins) dans le texte théorique il ne peut, dans processus même de sa constitution, que s'éloigner bientôt du système scientifique.
   De même pour le système du politique: la classe ouvrière a bien pu mener là ses premières grandes batailles( Commune de Paris, Révolution d'octobre, luttes ouvrières des années soixante, Mai français); pourtant, déjà, ces luttes débordaient pour une large part et laissaient tout un résidu incompréhensible, indéchiffrable à partir du jeu des institutions, du pouvoir, et même de la révolution « politique».
Sur le terrain de la politique, le résultat obtenu a toujours été la reconstruction de la domination de l’État sur la sépar/action, la domination du réformisme sur l'autonomie ouvrière. Or, après l'expérience léniniste, le mouvement ouvrier a accepté de s'enfermer dans le cadre épistémo-pratique de la politique, renonçant à son autonomie, à la construction d'un terrain épistémo-pratique autodéterminé. La politique, en tant que lieu général, est nécessairement totalitaire; elle ne peut admettre l'existence de la contradiction, sinon comme conflit qui se laisse conduire à l'équilibre
   Mais aujourd'hui, après que les luttes des années soixante ont porté à maturité l'exigence du communisme comme autonomie par rapport au développement capitaliste, la classe ouvrière peut enfin se situer ailleurs : dans un espace qui est celui de l'autodétermination, un espace où l'urgence de la suppression du travail se soude avec la possibilité de celle-ci, et où le sujet se définit en dehors de sa relation avec le système de de l'économie et de la politique.
   C'est là un processus qui se déroule déjà sous nos yeux, dans ces endroits où le caractère parfaitement vide de politique est depuis longtemps devenu clair (de même que la totale réduction de la politique à un rite intra-bourgeois ou à une terreur anti-ouvrière). Il n'y a qu'à voir les USA, ou l'Allemagne fédérale, ou l'URSS. La politique peut bien fonctionner comme lieu de résolution des contradictions entre bourgeois; dans ses rapports avec la vie des masses, avec l'autonomie des comportements, l'unique visage qu'elle présente, est celui de l'extermination, du contrôle, de la ségrégation, de la violence ouverte, du camp de concentration.
   Sur les points où la politique se donne à voir aux masses (les élections aux USA, la propagande soviétique), elle se présente comme farce, spectacle obscène où le capital exhibe son caractère infini (et d'autant plus absurde) de puissance destructive.
   Seulement, la puissance de l'État ne peut opérer au niveau des micro-comportements; elle peut, certes, réprimer l'émergence politique de la classe ouvrière; mais elle ne peut empêcher la diffusion des micro-comportements autonomes.
   Aussi n'est-ce pas seulement l'extranéité des ouvriers, des jeunes, des femmes à la politique qui émerge avec la métropolisation du rapport de classes; ce qui émerge, c'est très précisément la contradiction entre politique et Mouvement, entre politique et lutte de classe. La politique est le lieu de l’institutionnalisation, de l'inter-classisme, du refoulement.
   Jusqu'à présent, la classe avait été définie - à partir d'Engels - comme une figure socio-productive sans subjectivité et ne se découvrant une capacité révolutionnaire que dans son rapport à l'État, à la généralité sociale. Désormais, nous pouvons commencer de la définir comme processus (projet) de recomposition d'un système d'unités désirantes, de petits groupes en multiplication mouvements de libération qui reconnaissent leur unité pratique dans la libération à l'égard du temps de travail, la libération du mode de vie par rapport au monde de la prestation.

    Le capital aperçoit avec terreur cette fin de la possibilité de contrôler et de gérer la généralité des rapports sociaux, des comportements une fin qui, pour les révolutionnaires, est sépar/action (par rapport au capital) et le communisme en acte. Le capitalisme la perçoit comme la fin de sa capacité à miner le temps de vie, et à le réduire à la carcasse abstraite du travail productif de la valeur. La classe sait bien que pour toute une époque historique, une coexistence non pacifique se perpétuera, dans laquelle le capital continuera d'exister, tandis que le communisme des ouvriers rebelles, des jeunes, des femmes, s'organisera au moins comme libération temps de vie et comme destruction du contrôle. La classe sait que son autonomie peut coexister avec l'augmentation de composition organique du capital, avec la progression de la plus-value relative abstraite dans l'unité de temps, avec la réduction du travail nécessaire et sa suppression formelle. Le capital, lui, perçoit avec terreur cette dialectique, cette évasion du temps ouvrier hors de sa domination; parce que dans la sépar/action, le capital aperçoit sa fin.
   D'un autre côté, le terrain de la politique, depuis toujours terrain du refoulement du sujet, ne peut plus se présenter que comme spectacle dès lors que le sujet se poste ailleurs et émerge comme tel sur la scène de l'histoire. Et dès lors, pour le capital, même si le noyau central de tout son effort reste la transformation du temps de vie en valeur par la médiation du travail, il n'empêche que son système de contrôle va devoir s'articuler pour suivre - manière désespérée – la dynamique des fuites, des sépar/actions.
   Voici donc que le système de contrôle se met à poursuivre le Mouvement sur son terrain post-politique, s'y faisant criminologie, psychiatrie, sociologie du travail, analyses du langage, nouvelle didactique, sociologie. Et tandis que les figures louches du réformisme arment de nouveaux Noske (3) contre les ouvriers, ou que des professeurs «ex-marxistes pérorent sur « l'autonomie du politique», la réalité des choses renvoie, elle, à la fin du politique, à sa transformation définitive en spectacle mise en scène nostalgique du contrôle du tout sur les parties.
   Tandis qu'ailleurs - sur un autre plan le Mouvement s'approprie le temps et émerge comme sujet transversal de sépar/actions, et que l'effort désespéré du capital pour replacer le temps ouvrier sous le commandement de la valorisation, le force à modeler son terrorisme sur les formes que dessine la sépar/action, des hommes politiques mettent en scène leurs délires nazis. Mais derrière ces marionnettes de la politique, les multinationales du pouvoir comptent bien plutôt sur le travail de leurs criminologues, de leurs sociologues, de leurs psychiatres, de leurs experts en génocide, de leurs syndicalistes.
   C'est là contre, contre les articulations nouvelles du commandement (pratiques et idéologiques) qu'il faudrait faire porter la critique marxienne de l'idéologie: une critique pratique, dont la force motrice est la libération.
   Les nazis (ceux du néo-fascisme à la Strauss, en Allemagne; ceux du compromis historique made in Berlinguer, en Italie) tuent, comme toujours, un homme déjà mort. Ils aident les patrons à licencier les ouvriers absentéistes, ou les ouvriers d'avant-garde, ils déchaînent la campagne contre les camarades des Brigades rouges (4), ils proposent le travail obligatoire pour les jeunes. Mais ce ne sont qu'attaques de chacals. Le projet capitaliste se sert d'eux, mais ne compte déjà plus stratégiquement sur eux; il s'en sert contre une figure de classe du passé, et voit déjà le nouveau sujet, railleur, incapturable, émerger précisément là où personne ne l'attendait, sur un territoire que personne ne gardait: hors de l'enceinte de la politique.

(A/traverso, mars 1976)

  1. Tout ce passage renvoie à la pièce de B. Brecht Tambours dans la nuit. Et l’ambiguïté du comportement de Kragler, là comme ici, demeure, qui crie à ses compagnons (camarades?) d'infortune : « Faut-il que ma chair pourrisse dans le caniveau pour que votre idée aille au ciel? » Théâtre complet, t. I, p. 120 (NdT)
  2. Cf. sur ce mot-valise la note p. 83
  3. Le ministre de l'Intérieur social-démocrate responsable de la répression de l'insurrection de Berlin en 1919
  4. Brigades rouges: le groupe de lutte armée, né en 1970 de l'expérience milanaise de la « Sinistra proletariata ». Organise, au cœur des luttes Fiat, en 1973, des enlèvements-interrogatoires de cadres et de syndicalistes de l'entreprise, avant de passer ensuite à une «attaque au cœur de l’État», marquée par des enlèvements de personnalités (juges, industriels), des attentats contre des institutions et des hommes politiques (sièges et représentants de la démocratie-chrétienne en particulier), des instances répressives (casernes de carabiniers, sièges des syndicats fascistes), et des personnalités de l'information (de la Étampa à l'Unita) (NdT).

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    Note Botanica. Nous restons sceptique sur ne nombreux points quand à cet ouvrage, même si avec presque 40 ans de distance cela reste très "facile". Le termes "autonomie" renvoie à une défintion qui  se dégage des rackets politiques, des syndicats ou de l'avant-gardisme armé, mais L'Etat ne peut-il vraiment pas opérer au niveau des "micro-comportements" ? et quid du totalitarisme marchand ? Comment peut-on dans nos sociétés refuser que les "normes" capitalistes s'infiltrent dans nos vie ? Ne suffit-il que de désirer ? Voila un debat que l'on pourra peut-être avoir dans une prochaine émission de Radio Vosstanie qui suivra le son sur l'Autonomie Ouvrière.

jeudi 27 juillet 2017

Ouvriers face aux appareils

Ouvriers face aux appareils
 une expérience de militantisme
chez hispano-suiza

Les bureaucrates politiques ou syndicaux parlent « au nom de la classe ouvrière » : de temps en temps « un ouvrier parle » par journaliste, sociologue ou écrivain interposés.

Rarement, sinon jamais, des ouvriers s'expriment directement. Cette fois un groupe de militants de l'une des plus importantes usines métallurgiques de le région parisienne, Hispano-suiza ont choisi de rendre compte eux-mêmes de leur expérience. Ce livre, parlé à plusieurs voix, rédigé à partir d'entretiens de textes, écrits, réécrits, discutes collectivement est leur livre et ne prétend à rien d'autre. La Libération, les illusions de l'éducation populaire, la guerre d'Indochine. la guerre d'Algérie, les grandes grèves, mai 1968, l'intervention russe en Tchécoslovaquie, tous ces événements politiques, culturels, les grandes luttes ouvrières, ont eu des conséquences qui sont ici décrites de l'intérieur du monde ouvrier.

D'une génération à l'autre, la continuité a été assurée par ce « groupe Hispano » qui a éprouvé très tôt le besoin de se réunir en dehors des partis, des organisations pour produire sa propre réflexion. Que des travailleurs se mettent à discuter entre eux, c'est bien ce que redoutent les hiérarchies patronales et politiques écrivent les Auteurs, et encore:

« ... La bourgeoisie nous dispense des loisirs préfabriqués et des distractions abêtissantes. La publicité, le cinéma. la télévision. la presse à grand tirage propagent son idéologie.

« ...Les organisations ouvrières de masse auraient les moyens matériels d'opposer à cette intoxication une autre conception de la civilisation qui existe déjà en germe chez les travailleurs. Les appareils y font au contraire, régner l'anti-culture : principe d'autorité, censure, mensonge organisé, et, d'une manière générale, tout ce qui peut contribuer à maintenir des êtres humains dans l'infantilisme de leur naissance à leur mort.

« ...Chaque fois que nous l'avons pu, nous avons tâché de provoquer des discussions, de susciter des initiatives, de favoriser l'épanouissement de chacun, de refuser toutes les ségrégations : sociale, sexuelle, linguistique, idéologique.

« ...Le socialisme, on ne sait pas trop ce que c'est, mais on peut déjà. dans l'autogestion des activités culturelles avoir la préfiguration de nouveaux rapports humains, l'image d'une société future pour laquelle on ait vraiment envie de faire la révolution.

« ...Ce n'est pas simple. Le besoin de s'en remettre au Parti-Père (ou à l'Organisation-Mère) ne disparaîtra pas en quelques jours. Il a des racines trop profondes. C'est pourquoi la contestation doit être permanente. Ce que nous appelons contestation, ce n'est pas la valse des idées tournoyant jusqu'à épuisement dans quelque milieu clos. Ce sont les murs du local qu'il faut abattre. Notre lieu de travail doit être ouvert à tous les vents» 


Éditions Maspéro 1970, Coll. Cahiers libres 183-184, 273 pages. Chez son bouquiniste....

mercredi 19 juillet 2017

Vive la révolution, à bas la démocratie !

Vive la révolution, à bas la démocratie !
Anarchistes de Russie dans l'insurrection de 1905.
Récits, parcours et documents d'intransigeants.

Avec l’insurrection de 1905 dans l’Empire russe, le mouvement anarchiste a poussé comme des champignons après la pluie, de Bialystok à Łódź, d’Ekaterinoslav à Minsk, mais aussi à Odessa, Kiev, Saint-Pétersbourg, Moscou, Vilnius, Tbilissi ou Irkoutsk. Malgré sa brève existence, il a développé en quelques années une intense activité d’attaques diffuses contre la bourgeoisie (industrielle et commerçante) et contre les défenseurs de l’Etat (flics, matons, gouverneurs ou cosaques). A l’aide d’imprimeries clandestines montées à coups d’expropriations, et de participation sans concession aux grèves, émeutes et autres soulèvements, il a réussi à poser une critique radicale de l’autocratie tsariste comme de son alternative républicaine : la démocratie.

A l’heure du centenaire de la révolution de 1917, il est plus que temps de se replonger dans la période insurrectionnelle qui l’a précédée de douze ans, celle de l’émergence des premiers soviets, celle aussi du combat d’intransigeants hors des partis et des syndicats vers une liberté sans maîtres ni esclaves.
 
Mutines Séditions Octobre 2016, 554 pages, [15 euros]

mardi 11 juillet 2017

Travailler pour la paie : les racines de la révolte / Martin Glaberman - Seymour Faber

Travailler pour la paie :
les racines de la révolte 
 Martin Glaberman - Seymour Faber


S’appuyant sur leur expérience de militants, de nombreux témoignages de travailleurs, et des analyses de sociologues, philosophes ou historiens du travail, Martin Glaberman et Seymour Faber décrivent la résistance quotidienne de la classe ouvrière en Amérique du Nord, et notamment dans les usines automobiles de Detroit.

En sept chapitres, ils dépeignent les comportements des travailleurs, sans occulter sexisme ou racisme (« Le travailleur en guerre contre lui-même »), sous l’angle du rapport capital-travail. Ils retrouvent dans des situations concrètes les analyses de Marx, indiquant en quoi la classe ouvrière, malgré son aliénation (« pauvreté, souffrance, ignorance, abrutissement, dégradation morale »), a le pouvoir de renverser le capitalisme.
Éditions ACRATIE - 2008, 180 p., 17 €.
  

vendredi 7 juillet 2017

Félix Fénéon. Art et anarchie dans le Paris fin de siècle / Joan Ungersma Halperin

Félix Fénéon
Art et anarchie dans le Paris fin de siècle 
Joan Ungersma Halperin


Félix Fénéon (1861-1944) : éminence grise du Paris des arts et des lettres qui contribua à façonner le goût et à fixer les valeurs des générations de l'avant-Première Guerre mondiale. Directeur d'une dizaine de revues, dont la Revue indépendante qu'il fonda, puis la Revue blanche, il publia des œuvres absolument neuves, au rang desquelles les Illuminations de Rimbaud et Paludes de Gide ; critique, il encouragea Mallarmé et la littérature symboliste, il révéla au public la peinture postimpressionniste de Seurat, Signac et Pissarro ; anarchiste de conviction, il fut suspecté par la République d'avoir joint l'acte propagandiste à la parole militante en jetant une bombe dans un restaurant de sénateurs en avril 1894, mais il fut acquitté par la justice faute de preuves ; moraliste, il acheva la période la plus riche de sa vie en rédigeant pour les faits divers de grands quotidiens des «Nouvelles en trois lignes», qui furent autant de bombes lancées à la face de l'existence et de son amère comédie.

Collection NRF Biographies, Gallimard  444 pages / Trad. de l'anglais (États-Unis) par Dominique Aury. Avant-propos de Germaine Brée Avec la collaboration de Nada Rougier

L'objet du Blog

Proposer une liste d'ouvrages pour la formation militante et le débat.

Ceci dans une perspective révolutionnaire classiste anticapitaliste et internationaliste, anti-autoritaire.

Nous ne parlerons ici que des ouvrages stimulants et éviterons les marchandises à la mode, le verbiage militant.

Quelques fois les ouvrages seront disponibles en téléchargement au format PDF.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les ouvrages.