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mercredi 31 décembre 2014

KARL MARX - Essai de biographie intellectuelle par Maximilien Rubel


Avant-propos pour la deuxième édition (voir ci-dessous)

INTRODUCTION 

I. LIBÉRALISME ET SOCIALISME
I. Une vocation. Epoque et milieu - L'adolescent devant sa vocation - Philosophie grecque.

II. L'État et le règne de la raison
Premiers essais journalistiques : au service du libéralisme . - Pour un État fondé sur la raison - Première critique de Hegel  - L'État et la misère.

III. Critique de la philosophie de l'État de Hegel
Idée-sujet, État et société - Apologie de la démocratie  - État, bureaucratie et société civile - Volonté du peuple et pouvoir gouvernemental  - Classes sociales et propriété privée.

IV. Adhésion à la cause du prolétariat
Émancipation politique et émancipation humaine. - La religion de l'argent  - A la recherche de la « vérité sociale»  - Religion, philosophie et prolétariat  - La révolution, impératif catégorique  - État et esclavage  - Révolution sociale et révolution politique. 

V. Économie politique et Éthique sociale
Rencontre avec Engels (103). - L'Économie politique, science de la misère humaine  - Sociologie de 
vomie. La cité humaine  - Ébauche d'une critique de l'économie politique  - Unité des sciences de la nature et de l'homme .

VI. Socialisme et sociologie
Vocation éthique du prolétariat  - Hegel et ses épigones  - La Révolution française - Humanisme et matérialisme.

II. SOCIOLOGIE


I. Matérialisme pragmatique  
Reprise des études économiques et projets d'étude . - Les thèses sur Feuerbach. - L' « Idéologie allemande» et la conception matérialiste de l'histoire . Historiographie scientifique  - Méthode historio-graphique - Types de propriété et division du travail. - Genèse du capitalisme et de ses classes sociales. - Matérialisme et sociologie.

II. Créations idéologiques  
Langage, conscience et existence (179). - Idéologies et structure de classe (184). - Stirner et la théorie de l'utilité  - Stirner et la pensée hellénique . - Kant et la bourgeoisie allemande.

III. État et Révolution  
Sociologie de l'État et du droit  - Sociologie de la révolution  - La révolution prolétarienne et l'homme total.

IV. Sociologie économique et politique
Rupture avec Proudhon - Lettre à Annenkov - «Misère de la philosophie ». Explication de Hegel  - Valeur, monnaie et société  -- Bourgeoisie et prolétariat face à la crise de 1847  - Le capital, puissance sociale.

V. Sociologie historique  
Le « Manifeste communiste ». Thèses générales (243). Analyse sociologique de la Révolution de 1848. - La crise de 1848 et ses perspectives - Les révolutions anglaise et française - La société française sous Louis-Napoléon - La classe paysanne - La dictature du prolétariat - Le parti prolétarien - Marx et Blanqui.

III. LA CIVILISATION DU CAPITAL

INTRODUCTION : La commune villageoise .

I. Problèmes méthodologiques
Matérialisme et révolution - Principes d'une critique de l'économie politique (1857-1858) - Méthode d'abstraction. - Généralisation et hypothèses de travail .

II. Fétichisme social  
Genèse du capital, rapport social de production. 

III. De l'aliénation à l'individu intégral
Formes historiques d'exploitation - Le producteur séparé de ses conditions de travail - Machinisme et individu intégral.

IV. Le capitalisme « pur » et ses lois  
Le capitalisme comme système de rapports sociaux de puissance - Schémas hypothétiques de la reproduction du capital .-  Sociologie des crises capitalistes.

V. Problèmes de sociologie concrète  
Travail productif et travail improductif - Activités scientifiques et artistiques - La Commune de Paris - L'enquête ouvrière - La commune russe - Ambiguïté et subjectivité .



Editions MARCEL RIVIERE et cie 1971 (nouvelle éditions revue et corrigée ) 460p. 
La base de cet ouvrage est à l'origine une thèse soutenue en Sorbonne en 1954.

RE-Editions Klincksieck 2016


Avant-propos pour la deuxième édition  par Maximilien Rubel (1969)



A l'époque où ce livre parut, il posait les problèmes qui n'ont pas cessé de nous hanter. II n'apportait pas une exégèse de plus, car la pensée de Marx était déjà recouverte d'une épaisse broussaille littéraire, où s'enchevêtraient les thèses les plus contradictoires. Il se proposait simplement de faire entendre la voix du révolutionnaire lui-même, parlant pour le seul public qui lui importait : « L'humanité pensante qui est opprimée et l'humanité souffrante qui pense » (1). Le langage qui s'imposait, c'était celui de la communication et de la communion, le seul accessible à l'interlocuteur de Marx, à l'homme qui vit d'une existence empruntée et octroyée. A cet être amputé, privé de ses possibilités créatrices, il fallait faire comprendre en quels abîmes il traîne sa vie, et comment un homme s'est donné à tâche de lui désigner d'autres horizons. 
Portes ouvertes, dira-t-on. C'est vrai ; il faut seulement les enfoncer. Les mots de tous les jours font l'affaire.
Dix ans ont passé. La broussaille est plus épaisse d'avoir été soigneusement cultivée. L'interprétation des textes sacrés en défend plus que jamais l'accès. Les spécialistes de « l'univers langagier» ont organisé des passages-labyrinthes qui, pour être inaccessibles aux profanes, n'en réjouissent pas moins les amateurs d'herméneutiques obscurcissantes. On ne peut s'empêcher de songer à d'autres civilisations qui, sentant leur déclin, se drapèrent d'oripeaux rutilants et s'adonnèrent à la griserie du verbe.
Plus l'horreur moderne est visible, plus il importe qu'elle soit incommunicable. Les praticiens de la rhétorique et de la fausse abstraction vont là pour avilir l'expression toute crue des faits observables, et pour en offrir une version abstruse. A qui ? A la confrérie des initiés, des privilégiés de la « culture », des avaleurs de mots nouveaux ; aux meneurs de .foule prêts à sacrifier à toutes les modes intellectuelles, à condition de réussir dans leur entreprise démagogique : faire accepter le monde baptisé « socialiste » comme l'accomplissement des espérances .formulées par l'auteur du Capital.

L'ouvre de Marx n'est certes pas toujours d'un abord facile ; ou plutôt elle offre parfois des difficultés ; mais en toutes ses parties elle est rédigée avec rigueur et sans offense au sens commun, lors même que la passion du pamphlétaire justicier l'emporterait sur le souci de la froide analyse critique.

De cette oeuvre, on aperçoit les fondements et le projet, l'argument et la finalité. Rien n'est plus étranger à son esprit qu'une clef de l'inconnaissable, ou un éclair de vérité qui s'appellerait éblouissement. Elle est de bout en bout un irrespectueux démenti infligé à tous les prestiges du verbe. Ses ambiguïtés proviennent rarement d'un abus de langage ; elles sont la marque d'un penseur pour qui la recherche de la vérité et toute découverte scientifique sont la tâche commune de ceux qu'un heureux coup du destin a institués libres éducateurs de leurs frères délaissés par la chance.

Jadis, quand survenait une querelle, c'était sur un point ou un aspect de la théorie, dont l'objet même était rarement en cause, tant la langue est transparente (exception faite, peut-être, de quelques pages dont Marx voulut qu'elles fussent ardues, pour exciter la curiosité des spécialistes de son temps) . Au reste, faiblesses et erreurs de raisonnement pouvaient être décelées à l'aide de la même logique qui guidait l'auteur dans l'exposé de son enseignement. Et si, du vivant de Marx, on refusait à celui-ci le dialogue et la critique, c'était moins pour des raisons touchant au sens du discours offert à la réflexion que parce que les énoncés réclamaient du lecteur une réponse qui ne pouvait être qu'un engagement moral et actif : rester indifférent, c'était se rendre complice de la barbarie dénoncée. Le mutisme des contemporains de Marx équivalait alors à une réaction de défense.

L'accueil réservé autrefois à ce livre est loin d'avoir été unanimement favorable et si certaines critiques semblent avoir perdu depuis leur fondement, c'est que la thèse centrale de cet essai a cessé de rencontrer un refus systématique auprès de certains auteurs qui se sont institués gardiens incorruptibles de l'héritage intellectuel de Marx. Cette acceptation s'explique en fait par le désir de se conformer aux exigences de l'opportunisme politique plutôt que par une recherche  et une réflexion personnelles. En bref tout semble indiquer que la mode marxiste va nous proposer un nouveau travesti tout aussi désordonné que les précédents, et cela avec d'autant plus d'éclat que, dans sa variante bolchévik, le marxisme érigé en idéologie d'État a institutionalisé la « morale marxiste ». Par cette consécration officielle d'une morale prétendument inspirée par Marx, on a voulu prouver l'inanité de notre effort : dégager de son enseignement une éthique socialiste. Nous refusons, bien entendu, d'accepter la caution du bolchevisme dans ses variantes stalinienne et post-stalinienne comme une confirmation de la justesse de notre analyse, au même titre que nous n'identifions pas celle-ci aux tentatives orthodoxes ou néo-kantiennes, chrétiennes ou néo-chrétiennes dont le caractère spéculatif n'est pas moins éloigné de notre préoccupation que les palinodies du marxisme-léninisme. Ce seul fait suffit à justifier à nos yeux la présence de ce livre parmi la masse d'écrits qui se veulent décrypteurs du texte laissé par Marx.

A titre d'exemple, nous donnons ici quelques jugements et critiques dont l'intérêt nous paraît durable — tout au moins dans la situation actuelle d'un marxisme purement rhétorique — et qui sont de nature à éclairer le lecteur sur le sens de notre essai : « Rubel peut comparer la réaction anti-hégélienne de Marx à celle de Kierkegaard contre la même doctrine, sans négliger bien entendu la différence : Kierkegaard proteste au nom de l'individu concret et Marx au nom de la société concrète. » Et à propos de « inspiration éthique du socialisme marxien », le même chroniqueur tient la démonstration pour irréfutable, « fondée sur l'analyse la plus précise de la lettre et de l'esprit des textes, compte tenu des dates et de toute la documentation accessible » (2). Selon un autre critique, « (...) M. Rubel a cent fois raison de souligner qu'une préoccupation éthique constitue en quelque sorte le moteur de l'activité intellectuelle de Marx. Sa tentative de faire rentrer l'ensemble de l'oeuvre scientifique de Marx dans le cadre de la sociologie est plus discutable, mais peut à la rigueur se soutenir comme l'une des interprétations possibles. En revanche, il nous semble qu'en essayant de dissocier l'aspect éthique et l'aspect sociologique de l oeuvre de Marx, M. Rubel adopte une position qui est à la fois contraire au génie même de la pensée marxienne, et peu utile pour la compréhension » (3).

Rejetant au nom de la fameuse dialectique, bonne à tout faire des disciples en mal d'idéologie mystificatrice, l'idée d'une « dualité » dans !'oeuvre de Marx, autrement dit la distinction entre une sociologie et une éthique, tel critique a pu écrire : « Par son dogmatisme, son ton péremptoire, l'insuffisance de son appareil conceptuel, le livre de M. Rubel n'est, par rapport aux travaux staliniens de ces dernières années, que l'autre face de la médaille car il présente, malgré ses positions opposées (!), exactement les mêmes défauts que ces derniers » (4). Quelle signification accorder à une condamnation aussi péremptoire que suffisante quand on voit ce même auteur — que le mot « éthique » semble indisposer si fortement — accueillir dans son vocabulaire une expression aussi impropre qu'illogique : « humanisme matérialiste et dialectique » et, portant la confusion à son comble, enrichir généreusement son « appareil conceptuel » de la définition que voici : « Le matérialisme dialectique est d'abord une attitude pratique devant la vie » (5).

En rééditant notre essai sans y apporter de changements autres que formels, nous voulons signifier que nous maintenons volontiers notre conception vieille de dix ans. Cette tentative, dont nous sommes le premier à reconnaître les limites, visait à redonner à Marx la place qu'il voulait tenir dans un combat dont l'enjeu — l'émancipation du prolétariat, étape préliminaire de l'émancipation humaine — reste de nos jours, en dépit des dénégations, essentiellement le même que celui qu'il a défini dans son oeuvre. Cette place est plus que jamais encombrée par des disciples qui ont détourné l'enseignement marxien de son but initial pour l'exploiter à des fins inavouables, matière première utilisée par des idéologues professionnels au service d'appareils d'État et de parti qu'ils aident à manoeuvrer les masses laborieuses.

Dans ces conditions, il semble vain de faire participer Marx au débat sur la transformation de la classe ouvrière dans les pays à capitalisme développé, où la classe dominante a elle-même subi des changements tels que l'on peut s'interroger sur la validité de la théorie de la polarisation croissante de la société bourgeoise. Quatre faits nouveaux auraient infirmé cette théorie : l° Le capitalisme organisé a remplacé le capitalisme libéral, la séparation entre l'État et la société disparaissant au profit d'une interpénétration croissante ; 2° le niveau de vie atteint par les travailleurs a mis fin à la « misère prolétarienne », l' « aliénation » de l'ouvrier n'ayant plus un caractère économique, mais tout au plus moral ; 3° le prolétariat porteur d'une révolution socialiste s'est dissous en tant que tel : il n'y a plus de conscience de classe révolutionnaire ; 4° la Révolution russe — le marxisme soviétique — a montré que la voie vers le socialisme n'est pas celle que Marx a « scientifiquement » prévue. Ainsi, on a pu écrire que « la lutte de classes stoppée au niveau international se reproduit, bien entendu (!), sur le plan international entre camp capitaliste et camp socialiste » (6). Très fréquent dans les milieux philosophiques du monde « libre », ce genre de raisonnement fait pendant au plat dogmatisme marxiste-léniniste pratiqué dans le monde « communiste ». Il ignore ou oblitère les' critères fondamentaux choisis par Marx soit pour condamner le capitalisme, soit pour prédire et exalter le socialisme. Si, chez le « fondateur », le rapport entre sociologie (du mode de production capitaliste) et éthique (de la révolution prolétarienne et du socialisme) est loin d'être élucidé et demanderait, par conséquent, à être débattu, cette ambiguïté n'est pas un problème pour la plupart des marxologues. Quant aux disciples, ils se contentent de cacher leur embarras sous une formule qui tient de l'article de foi : l' « unité de la théorie et de la praxis ».


Notre effort pour définir une problématique susceptible de faire, en quelque sorte, participer Marx à tous les affrontements sérieux de notre époque n'avait, à tout prendre, guère de chance de se révéler fructueuse. En effet, nous avons négligé de montrer dans le détail comment le « théoricien de la classe prolétaire » (7) entendait mener, parallèlement, une action politique, en prenant parti dans les conflits sociaux, politiques et militaires dont il fut l'observateur, le témoin et, souvent, le chroniqueur passionné (8). 

N'ayant jamais été qu'homme de plume, l'homme de parti n'a pu se faire entendre que par des écrits, rarement par la parole. Lors même qu'il a pu exercer un certain pouvoir de décision — dans la Ligue des communistes et dans l'Internationale ouvrière — il considérait son autorité comme purement morale. Il concevait l'unité de la théorie et de la praxis surtout comme une -~ pratique théorique, comme une démarche où la décision politique devait s'inscrire dans une théorie sociale, mais une théorie qui faisait de la praxis politique — au sens élevé du terme — la pierre de touche de son postulat de base adopté avant toute démonstration scientifique : • c'est aux travailleurs eux-mêmes de déterminer les fins et les moyens_;' de leur émancipation.

Il conviendrait donc, pour trouver la clef des problèmes théoriques laissés en suspens, d'examiner dans le détail les attitudes que Marx, fort de ce postulat fondamental, adopta dans les diverses circonstances historiques. Car nous savons- qu'un destin tragique a refusé à ce penseur le confort « bourgeois » nécessaire à l'achèvement de son oeuvre, critique radicale et intégrale de la civilisation moderne. Or, les querelles au sein et au-dehors de l'École ne cessent de transcender ou d'obscurcir le projet et les intentions affirmées du maître ; tous les thèmes qui constituent la substance même de l'ouvre et de l'action militante de Marx — les classes sociales, l'État, les partis, l'argent, les luttes de classe, la révolution, les moyens et les fins du mouvement ouvrier et du socialisme, les crises et les guerres, les idéologies mystificatrices — sont rayés de l'ordre du jour des discussions au profit de débats idéologico-scolastiques ; d'une certaine manière, ces débats rappellent ceux que Marx a critiqués et pers fiés et qui sont à l'origine de sa rupture totale et définitive avec la spéculation philosophique en tant que telle, comme de son adhésion à une antiphilosophie militante appelée « nouveau matérialisme » dont la substance éthique se résume dans ce postulat : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c'est de le transformer » (9). Cette ressemblance entre les nouveaux courants de la scolastique marxiste et le jeune-hégélianisme combattu par Marx n'a d'ailleurs pas échappé à des observateurs attentifs aux changements de mode de l'École (10).

Depuis la disparition de Marx, il est indéniable que le monde a beaucoup changé. Mais si les interprétations philosophiques, «marxistes » et autres ont continué à fleurir, en revanche, la transformation souhaitée et scientifiquement prédite par Marx ne s'est jamais produite. On devrait ajouter : bien au contraire. En effet, si certains changements intervenus dans le cours du XXe siècle ont confirmé les prévisions de Marx supputant les conséquences néfastes d'un immense progrès technique, en revanche, les « hommes nouveaux » qu'il avait vus naître à l'aube de l'âge industriel n'ont pas rempli l'espoir qu'il a mis dans leur volonté d'émancipation. Il est hautement significatif que ses paroles prophétiques ne semblent pas émouvoir outre mesure les interprètes, exégètes et autres critiques ou admirateurs de Marx qui s'évertuent à commenter en des termes de plus en plus abscons les idées et les vues les plus claires du « fondateur ». Celui-ci ne pouvait s'imaginer, bien qu'il ait eu l'occasion de s'alarmer des premiers symptômes de la perversion « marxiste », que celle-ci irait jusqu'à dégénérer en une nouvelle superstition idéologique dont on lui attribuerait la paternité ! En fait, la brève allocution prononcée en 1856 devant les travailleurs anglais, en présence des dirigeants du mouvement chartiste (ombre du chartisme des années quarante), en dit plus long sur le sens de son oeuvre que l'immense littérature produite par toutes les tendances de l'École et toutes les variantes de la critique. Dans ce discours, un passage mérite d'être particulièrement noté, car il avait alors valeur d'anticipation plus qu'il n'exprimait une situation déjà existante :


« Par l'effet de quelque étrange maléfice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de détresse. Les victoires de la technique semblent être obtenues au prix de la déchéance morale. A mesure que l'humanité se rend maître de la nature, l'homme semble devenir esclave de ses semblables ou de sa propre infamie. On dirait que même la pure lumière de la science a besoin, pour resplendir, des ténèbres de l'ignorance et que toutes nos inventions et tous nos progrès n'ont qu'un seul but : doter de vie et d'intelligence les forces matérielles et ravaler la vie humaine au rang d'une force matérielle» (11).


Ces phrases sont comme une réponse à ceux qui, de nos jours, succombant au vertige des conquêtes d'une technique toujours plus triomphante, s'imaginent qu'elle comble les aspirations. des ouvriers au-delà même de leurs besoins purement matériels, et que les statistiques sur le niveau de vie atteint dans certains pays industriels suffisent à démontrer l'inconsistance de la théorie marxienne de la paupérisation. Et ce n'est pas tout. Dénoncer l'infamie de l'homme, est-ce conforme au « marxisme » du « fondateur » qui avait alors largement dépassé l'âge de la... « coupure épistémologique » (12) ?

L'antihumanisme étant aujourd'hui au goût du jour, on s'est, en effet, ingénié à couper l'auteur du Capital de son passé préscientifique, autrement dit à faire litière de toute la réflexion philosophique et historique qui a motivé l'adhésion du « jeune » Marx au mouvement ouvrier et au communisme. Si « coupure» il y a, elle ne se situe certes pas sur le plan de l'épistémologie et moins encore sur celui de l'éthique ; il suf fit d'une simple lecture des Thèses sur Feuerbach pour se rendre à l'évidence : Marx rejette comme pure « scolastique » toute épistémologie spéculative et il fonde la « vérité » du communisme sur la praxis révolutionnaire conçue comme une action à double effet : transformation du milieu et changement de soi (Selbstverãnderung). Il n'y a point de « coupure » chez Marx entre l'adhésion éthique au mouvement ouvrier et la volonté de fonder la théorie scientifique de ce mouvement ; il y a là deux démarches qui se succèdent dans l'ordre du temps, de la psychologie et de la logique. Tout le sens du « socialisme scientifique » est dans cette double démarche, l'adhésion aux valeurs de l'utopie socialiste et le projet d'une critique scientifique de la civilisation du capital.


En tentant de cerner la physionomie intellectuelle de Marx, nous avons volontairement renoncé aux méthodes d'analyse employées par certains biographes qui prétendent dévoiler les mobiles secrets de leur héros. Peu de penseurs du XIXe siècle se sont identifiés à leur œuvre comme Marx : jusque dans ses lettres qui — rarement certes —ont un ton d'intimité et frôlent la confidence, il garde toujours présent à l'esprit le but qu'il s'est fixé dès son adolescence ; et il ne laisse guère de prise à l'indiscrétion de l'analyste avide de sonder les abîmes imaginaires ou de clouer sa victime mutilée sur le lit de Procuste de sa propre curiosité effrénée. Ainsi les intentions et les motivations les plus naturelles se voient tantôt magnifiées par des admirateurs dépourvus de tout esprit critique, tantôt suspectées par des inquisiteurs de l'âme : dans un cas, c'est la momification, dans l'autre, l'acharnement sur une proie livrée sans défense à la dissection psychologique qui, pour n'apporter aucune révélation sur le génie du défunt, en dit cependant long sur ceux qui la pratiquent.

Entre la momification idéologique et l'autopsie indécente s'étend l'immense no man's land ouvert à toutes les aventures de l'interprétation obscurantiste ou mondaine. Au marxisme figé, doctrine d'État à l'usage de régimes « socialistes » (dans lesquels Marx eût sans peine reconnu une variante moderne du « despotisme oriental »), correspond, dans les pays à tradition libérale, la floraison des marxismes et anti-marxismes, bref des querelles toujours renouvelées à propos de ce que Marx a « réellement » dit ou pensé ; et l'on voit, à chaque changement de mode, s'attrouper les curieux devant le Sphinx de notre temps. A regarder de près, on constate que, de tous les penseurs dont l'oeuvre théorique est difficile et inachevée, Marx est le seul à qui l'ambiguïté semble être imputée à péché. Devenu à l'Est la doctrine officielle du capitalisme d'État, le marxisme est, à l'Ouest, la ressource inépuisable et combien commerciale d'une production littéraire dont la clientèle se recrute facilement dans l'intelligentsia en mal d'engagement politique, alors que s'effritent les croyances traditionnelles et que les Églises établies menacent ruine. Momie exposée ici à l'adoration des foules, et très concrètement par cadavres interposés, Marx est, ailleurs, livré au public par une infinité de portraits, comme s'il s'agissait d'évoquer ou d'imaginer une figure mythique ; certains pratiquent la lecture de son oeuvre comme s'il s'agissait de déchiffrer les manuscrits palimpsestes d'un auteur inconnu surgi de la nuit des
temps. Les abus et les extravagances d'une psychologie « en profondeur » font certes contraste avec les simplifications caricaturales des politiciens de métier ou de leurs idéologues de service, mais ne sont guère plus enrichissants.

Il serait oiseux de s'arrêter à la littérature hagiographique consacrée à Marx dans les pays dont les régimes se réclament de son enseignement : ils y découvrent incontestablement sinon les meilleures « recettes pour les marmites de l'avenir », du moins la définition et la description exacte et détaillée des méthodes d'accumulation primitive et élargie du capital, autrement dit toute la science de l'exploitation de l'homme par l'homme. Omniscient, Marx y est également le héros d'une épopée aux péripéties dramatiques, géant assuré de tous les triomphes intellectuels et politiques, démiurge des révolutions des temps présents et à venir (13). Que l'on parle à ce propos de nouvelle religion, voire de nouvel opium du peuple, en faisant le rapprochement entre la vision libératrice de la pensée marxienne et celle des religions de salut, n'a rien d'étonnant (14). Qu'on pousse l'analogie jusqu'à l'absurde en faisant de lui l'incarnation du prophétisme de la «race» dont il est issu : voilà un signe du désarroi mental où certains esprits ont été plongés par la barbarie de notre temps (15). Plus faciles encore, parce que fantaisistes, sont les entreprises de dévoilement psychanalytiques en faveur auprès d'un public désabusé et peu exigeant, mais attiré par les étrangetés de la « personnalité de base » cachée dans l'homme. Ces productions raffinées aussi bien que les grossières et abêtissantes hagiographies s'appliquent conjointement, bien que par des méthodes différentes, à précipiter le colosse de son piédestal et à recomposer à l'aide des débris la figure névrotique de l'idole, pour reléguer Marx au panthéon des grandes ombres ; on ne l'en fait sortir que pour le montrer aux curieux et aux idolâtres, ou pour l'obliger à servir de caution muette à certaines méthodes politiques (16).

Dans les lignes qui précèdent, nous avons tenu à apporter une précision quant à la valeur de témoignage et de critique d'un enseignement éthique, à une époque où les transformations sociales réalisées sur d'immenses étendues du globe sont proclamées socialistes et étiquetées marxistes. Notre essai aurait manqué son but si, à l'exemple de la plupart des biographies intellectuelles de Marx, il s'était borné à faire de son objet une pure matière d'analyse et d'étude, sans faire intervenir cette exigence de vérité qui émane de l'oeuvre marxienne : celle-ci veut être analyse du présent autant que théorie de l'avenir, critique d'une civilisation inhumaine autant que vision d'une culture supérieure. Or, parmi les paradoxes d'une recherche apparemment scrupuleuse, puisant à toutes les sources de l'érudition, le plus extraordinaire est sans conteste le discrédit, voire le mépris dans lequel les chercheurs les plus sérieux tiennent — parfois involontairement parce que cédant à l'usage — tout ce que Marx a pu imaginer de la société qui, négation de la civilisation bourgeoise, sera en même temps le commencement de la vraie vie sociale, le règne de la liberté instaurée sur des fondements matériels garantissant la « recréation indéfinie de chacun et de tous » (17). Mais derrière ce paradoxe se cache en fait une des plus grandes aberrations de ce temps : la légende des deux mondes, dont l'un abriterait la société condamnée par Marx et l'autre la cité rêvée par lui. Une biographie qui ne permet pas à l'auteur du Capital d'élever la voix pour protester contre cette perversion, qui masque l'état de choses dénoncé dans les milliers de pages de son oeuvre, ne mérite pas c nom, car elle ressemble à un embaumement. Elle n'est digne de soi titre que si elle respecte cette « dialectique de la communication » qu'un grand contemporain, lui aussi critique de Hegel, a développée pour montrer qu'en matière d'éthique, donc d'existence où se joue le destin de chaque individu, la vérité n'est pas affaire de spéculation mais d'appropriation, d'intériorité et de subjectivité (18). En regard du modèle tracé par Marx, de manière discrète, certes, mais suffisamment précise pour couper court à toute confusion, le camp dit « socialiste » ne diffère pas de son antagoniste : à cela près que la classe des maîtres met toute son opiniâtreté à faire passer les nouveaux modes de domination et d'exploitation pour le contraire de ce qu'ils sont ; ce faisant, ils agissent comme si Marx n'existait pas pour déjouer leurs ruses — bref, comme si Marx n'avait jamais révélé sa pensée sur ce que le socialisme pouvait être et ne pas être. Nous voulons croire que notre lecteur, malgré les réserves qu'il a pu nourrir à l'égard de la thèse centrale de cet ouvrage, n'a pas manqué de voir ce qu'elle entendait prouver : que la théorie n'était pas pour Marx une fin en soi, et qu'elle ne se limitait pas à une critique de l'économie capitaliste. A supposer même qu'il refuse de nous suivre au-delà de cette limite, il devrait admettre que nous avons rendu Marx suffisamment présent pour que sa révolte et sa critique s'étendent à notre monde et atteignent les régimes qui se réclament de son enseignement et se proclament socialistes. La théorie sociologique de Marx — baptisée « matérialisme historique » — suffit à démontrer l'impossibilité de réaliser une économie socialiste dans des pays qui en sont encore à créer, sous la contrainte d'un pouvoir d'État, un prolétariat de masse, afin de franchir l'étape de l'accumulation dite « primitive » du capital. Elle ne prétend pas définir et proposer un modèle de société pour remplacer celle dont elle prédit la fatale disparition, car ce modèle, Marx l'avait à l'esprit avant même de se livrer à l'étude de la théorie économique, et il sera présent dans tous ses écrits en tant qu'héritage délibérément accepté : le socialisme de Marx est avant tout une synthèse des projets de Saint-Simon, d'Owen et de Fourier, dont il se sépare cependant quant aux moyens de réalisation, rejetés par lui comme « utopiques » (19). Marx n'aurait pas toléré qu'on parle d'une « philosophie marxiste », comme c'est devenu la mode depuis que les défaites du mouvement ouvrier, trop évidentes pour être contestées dans un langage concret et accessible, ont été tournées en autant de triomphes sous le travestissement d'un jargon incompréhensible pour le commun. Ce n'est pas sur une philosophie et encore moins sur des philosophes, quelque « marxistes » qu'ils fussent, que Marx comptait pour voir se réaliser la société libérée de l'État, de l'argent et... des philosophes. Dans l'utopie marxienne, la philosophie est le propre de tout homme devenu un être pensant, conscient de ses limites dans la recherche de l'absolu, mais assez lucide pour refuser la médiation des élites et des guides providentiels. C'est par son utopie rationnelle, et nullement par la philosophie, qu'il reniait, que Marx est encore présent dans le monde. La voie entrevue par lui, c'est l'action révolutionnaire de l'ensemble de la classe que Saint-Simon appelait « la plus nombreuse et la plus pauvre », et que son disciple croyait porteuse d'une mission libératrice ayant pour champ d'action les pays économiquement et politiquement développés. Ce n'est pas d'un disciple, si génial fût-il, ni d'un parti ouvrier, quelque « marxiste » qu'il fût, que Marx faisait dépendre le triomphe du mouvement ouvrier. - Car en établissant la loi d'une « paupérisation » qui est plus difficile à saisir que la misère nue, Marx implante l'utopie de l'avenir dans la lutte du présent et enseigne une dialectique de la révolution qui engage chacun de ses porteurs à prendre conscience à la fois de sa misère — fût-elle dorée — et de la finalité libératrice de sa lutte politique. La révolution et l'utopie sont les fondements normatifs de l'éthique socialiste à laquelle Marx s'est efforcé de procurer une armature scientifique. Dans les conditions du monde d'aujourd'hui, la présence de Marx s'impose donc plus par la critique et la dénonciation du faux socialisme que par la théorie du vrai capitalisme, ancien et nouveau, occidental et oriental (20).

En variant un mot de Nietzsche — à propos de l'Église et de Jésus — on pourrait dire que le socialisme « réalisé » dans le monde contemporain représente exactement ce contre quoi Marx a lutté et contre quoi il a appris à ses disciples à combattre.

Maximilien RUBEL


Notes


(1) Lettre de Marx à Ruge, mars 1843, dans Annales franco-allemandes, 1844

(2) Cf. A. PATRI, « Une biographie intellectuelle de Marx », Le Contrat social, juillet 1957, p. 159 sq.

(3) Cf. St.-R. SCHRAMM, « Vers la connaissance de Marx », Christianisme social, novembre-décembre 1957, p. 852 sq. Le critique adhère à une interprétation qu'il veut « socialiste et chrétienne » et selon laquelle l'entreprise intellectuelle de Marx serait essentiellement philosophique, mais dont l' « humanisme prométhéen », spécifiquement athée, est « irrecevable pour un chrétien ». Cette conclusion, M. Schramm la tire d'une confrontation de notre travail avec le livre de J.-Y. CALVEZ, La Pensée de Karl Marx, Paris, 1956. Un autre critique exprime des vues semblables en nous reprochant de « minimiser l'influence de Hegel » sur Marx. Cf. Henri CHAMBRE, compte rendu dans Revue d'action populaire, mai 1957. Pour une mise au point du problème de la morale chez M . cf. E. KAMENKA, Marxism and Ethics, 1969.


(4) Cf. Lucien GOLDMAN « Propos dialectique. Y a-t-il une sociologie marxiste ?»  Les Temps modernes, octobre 1957, p. 751. Voir notre « Mise au point non dialectique » dans la même revue, décembre 1957.

(5) Cf. L. GOLDMANN, Recherches dialectiques, 1959, p. 18.

(6) Cf. J. HABERMAS, Theorie und Praxis. Sozialphilosophische Studien, 1963, p. 163 sq.


(7) Misère de la philosophie, La Pléiade, vol. I, p. 92.

(8) Nous avons annoncé, en terminant notre Introduction, le projet d'une bio-graphie politique de Marx. Comme contributions à une semblable entreprise, nous signalons quelques-uns de nos travaux : Karl Marx devant le bonapartisme, Paris-La Haye, 1960 ; « Le concept de parti prolétarien chez Karl Marx », Revue française de sociologie, II, 3, 1961 ; « La Charte de la Première Internationale. Essai sur le marxisme » dans l'A.I.T. », Le Mouvement social, avril juin 1965 ; Marx et Engels devant le tsarisme et la révolution russe, essais réunis en volume, à paraître aux éditions Payot.

(9) Onzième These sur Feuerbach. 1845.


(10) Voir, par exemple, Raymond ARON, D'une Sainte Famille à l'autre. Essais sur les marxismes imaginaires, 1969. L'auteur qui critique la « lecture existentialiste de Marx » selon Jean-Paul Sartre (Critique de la raison dialectique, 1960), puis la « lecture pseudo-structuraliste de Marx » par Louis ALTHUSSER (Pour Marx, 1965, et Lire le Capital, 1966), n'a pas de peine à démontrer l'incompatibilité du « marxisme » (?) de Marx avec le « pseudo-marxisme » de certains écrivains en vogue. Sans vouloir nier la justesse de cette apologie de Marx, il nous semble que les cibles choisies sont trop belles pour être prises au sérieux ; et que la polémique passe à côté de l'argument essentiel opposé par l'auteur de la Sainte Famille aux ambitions intellectuelles des épigones de Hegel : la vocation libératrice de la « masse » dans l'évolution des sociétés modernes. Au fond, l'échelle de valeurs du critique ne se distingue de celle des « pseudo-marxistes » que par le choix du « camp » où il peut affirmer sa personnalité d'écrivain libéral — choix que Marx lui-même n'a fait que pour mener sa lutte contre l'ordre établi, dont le libéralisme lui semblait masquer un état de servitude sociale intolérable pour l'homme qui pense. Une fois que l'on a défini le « projet de Marx » comme volonté de « penser philosophiquement l'histoire », il est facile de prendre ses distances à l'égard d'un enseignement qui décèle la foncière identité des deux « camps », où la violence permanente, l'écrasement de l'homme par l'homme et les institutions de classe ne ne constituent qu'un seul et même univers.

(11) Voir infra, p. 436 sq.
(12) Cf. L. ALTHUSSER, Pour Marx, p. 24 sq.

(13) Karl MARX, Biografia, Moscou, 1968, 745 p.
(14) Cf. Robert C. TUCKER, Philosophy and Myth in Karl Marx, 1961 (trad. française, éd. Payot, 1963). L'auteur n'hésite pas à comparer la pensée de Marx à un « système religieux ».
(15) Cf. Albert MASSICZEK, Der menschliche Mensch. Karl Marx' jüdischer Humanismus, 1968. On mesurera l'absurdité de cette exégèse — qui repose entièrement sur la fiction d'une « essence juive » dont l'enfant Marx aurait été le réceptacle — en lisant ceci : « Amoindrir, dissimuler ou psychologiser le judaïsme, c'est se livrer à un anéantissement qui, en dernière instance, équivaut à l'anéantissement des Juifs à Auschwitz », p. 184.


(16) La perle du genre, c'est, nous semble-t-il, la « psychographie » d'A. Künzli (Karl Marx, 1966). Un critique avisé résume la recette proposée par cet auteur pour saisir la la personnalité de Marx " prenez une brave maman juive, mue par une tendresse excessive, souffreteuse et faisant des fautes d'orthographe ; réchauffez-la au moyen d'une lavette tiède de même origine (le père de Marx, M. R.) ; comptez patiemment jusqu'à neuf et servez le plat parfaitement immangeable — pour le reste comptez sur l'autophobie juive et le penchant dè la masse crédule pour les recettes tout à fait primitives. » Cf. H. SKRZYPCZAK, Marx-Engels-Revolution, 1968, p. 13 sq.

(17) Cf. F. PERROUX, Le pain et la parole, 1969, p. 313.
(18) S. KIERKEGAARD, Post-scriptum aux miettes philosophiques (1846). Traduit du danois par P. Petit, 1941. Retenons ce jugement que Marx n'aurait pas désapprouvé « C'est aux admirateurs de Hegel qu'il doit être réservé d'en faire un radoteur ; un adversaire saura toujours le respecter pour avoir voulu quelque chose de grand et ne l'avoir pas atteint » (p. 72). Pour un aperçu récent de la discussion des rapports Marx-Hegel, cf. I. FETSCHER, Karl Marx und der Marxismus, 1967, p. 45 sq.

(19) « (...) le socialisme théorique allemand n'oubliera jamais qu'il repose sur les épaules de Saint-Simon, Fourier et Owen », a écrit Engels du vivant•de Marx ; cf. Avant-propos à la réédition de la Guerre des paysans, 1875.

(20) Parmi les publications plus récentes qui contiennent, sur les thèmes abordés dans notre ouvrage, des analyses suggestives et documentées, mentionnons, à titre d'exemples : Yvon BOURDET, Communisme et marxisme. Notes critiques de sociologie politique. Paris, 1963. — Pierre NAVILLE, De l'aliénation à la jouissance, Paris, 1967 (nouvelle édition, revue et augmentée ; la première édition date de 1957). — Shlomo AVINERI, The social and political thought of Karl Marx. Cambridge, 1968. — David MCLELLAN, The young Hegelians and Karl Marx. Londres, 1969.



jeudi 30 octobre 2014

La dynamique du capitalisme au XXe siècle / Pierre SOUYRI

Qu'elle est la nature, et quelles sont les origines de la crise de notre temps ? S'agit-il d'une simple crise « économique », à la fois semblable et différente de celle de 1929 ? 

Ou bien, au contraire, est-elle l'amorce d'un désordre économique et culturel nouveau dont la dynamique recouvre aussi bien le capitalisme occidental classique, que ses formes nouvelles nées à l'Est depuis 60 ans ? 

Il fait à la fois la « critique » de la seule critique globale du système celle des marxistes et sa propre analyse de la dynamique du capitalisme qui, jusqu'aux années 70, va de miracle en miracle. 

L'intervention de l'Etat et ses limites, le rôle des guerres dans la consolidation du capitalisme, les figures nouvelles de l'impérialisme après 1918 et 1945, la bureaucratisation du système, les cinq parades à la crise actuelle et leur portée.

Edition Payot 1983 - 270p.

TABLE DES MATIERES 

Chapitre premier : LE RÔLE DE L'ÉTAT ET SES LIMITES DANS LA PÉRIODE D'EXPANSION.

Chapitre 2 : LE CAPITALISME ALLAIT DE MIRACLE EN MIRACLE

Chapitre 3 : LES ANTAGONISMES INTER-IMPÉRIALISTES CHANGENT DE NATURE
A) La fui des antagonismes inter-impérialistes
B) Capitalisme moderne et concentration internationale du capital
     I) Les différentes phases de la concentration dans le capitalisme
     II) Concentration du capital et décolonisation
     III) Vers une intégration Est/Ouest ?

Chapitre 4 : LA BUREAUCRATISATION DU CAPITALISME

Chapitre 5 : D'UNE CRISE A L'AUTRE : RECONSTRUCTION ET CONSOLIDATION DU CAPITALISME

Chapitre 6 : SURDÉVELOPPEMENT, DÉRÈGLEMENT
A) Les fondements de l'expansion du capitalisme, 1945-1975
B) L'économie mixte et ses contradictions
C) Le poids des dépenses de l'Etat et la société civile
D) La crise de l'idéologie de la « société de consommation »

Chapitre 7 : LA RIPOSTE DU CAPITAL
A) L'inflation.
B) L'attaque contre le salaire.
C) Le recours à l'armée industrielle de réserve des pays du Tiers-Monde.
D) L'exportation des industries vers la périphérie.

Annexe : LA GÉNÉRALISATION DE L'AUTOMATION
A) Le problème de la réalisation de plus-value.
B) La production de la plus-value.
C) Automation et concurrence.
D) Automation, chômage et lutte des classes.

BIBLIOGRAPHIE

mardi 28 octobre 2014

Caliban et la sorcière / Silvia Federici


FEMMES, CORPS ET ACCUMULATION PRIMITIVE

"Silvia Federici revisite ce moment particulier de l’histoire qu’est la transition entre le féodalisme et le capitalisme, en y introduisant la perspective particulière de l’histoire des femmes.

Elle nous invite à réfléchir aux rapports d’exploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à l’issue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d’esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d’un asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et l’esclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d’esclaves, servis à la machine sociale dans un formidable mouvement d’accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l’ancien.

Le capitalisme contemporain présente des similitudes avec son passé le plus violent. Ce qu’on a décrit comme barbarie et dont aurait su triompher le siècle de la raison est constitutif de ce mode de production : l’esclavage et l’anéantissement des femmes n’étaient pas des processus fortuits, mais des nécessités de l’accumulation de richesse. L’auteur nous invite à partager son regard d’historienne et de féministe sur la situation actuelle et sur ses mécanismes.

Traduction de l’anglais (États-Unis) par le collectif Senonevero, revue et complétée par Julien Guazzini"

Editions Senonevero Co-édition avec les éditions Entremonde - 430 p. 24€ 


Note Botanica : Nous reviendrons rapidement sur cet ouvrage riche et facile d'accès. De nombreux clichés sur le moyen-age, "age obscur" sont ici démontés. Ceci ouvre sur une foultitude de questions, auto-critiques et critiques. En attendant en voici une soulevée à juste titre par Roland Simon.  Gardons nous de projeter trop de choses sur cette époque si totale. 

lundi 13 octobre 2014

Une jeunesse en Allemagne / Ernst Toller

"Une jeunesse en Allemagne parut en Hollande en 1933 — l'année même où le nazisme, accédant au pouvoir, brûlait, entre autres oeuvres, celles de l'auteur, Ernst Toller (1893-1939) — et ne fut éditée pour la première fois en Allemagne qu'en 1961. Et pourtant ce jeune bourgeois d'origine juive, que la Première Guerre mondiale devait rendre pacifiste, les péripéties de l'après-guerre et de ce que l'on a appelé la « révolution allemande » socialiste militant et le fascisme forcer à l'exil, n'était pas un inconnu sur la scène politique et littéraire de l'Allemagne de la République de Weimar. S'il n'avait en 1919 encore écrit qu'un seul drame, trois autres allaient suivre — L'Homme-masse (1922); Les briseurs de machines (1922) et Hinkemann (1924) — ainsi qu'un recueil de poèmes, Le livre des hirondelles (1924), tous écrits, publiés et représentés avec succès pendant ses cinq années de détention en forteresse, qui le firent dès lors considérer comme un des meilleurs représentants du drame expressionniste. Animateur des cercles étudiants pacifistes dès 1918 puis président du Parti socialiste indépendant (U.S.P.D.) pour la Bavière, il allait prendre, avec Mühsam, Landauer et d'autres, une part active aux brèves destinées (avril 1919) de la République des Conseils de Munich, la dernière et la plus audacieuse tentative de la « révolution allemande », noyée dans le sang par les socialistes gouvernementaux de droite et leurs alliés, les corps francs réactionnaires.

L'exil américain, marqué par les déceptions, l'anonymat et une extrême pauvreté, s'acheva, peu après que l'écrasement de la révolution espagnole eut fait perdre tout espoir à celui qui s'était, encore une fois, entièrement engagé pour la cause de la liberté, en tragédie : le 22 mai 1939, Toller mettait fin à ses jours, dans sa chambre d'hôtel à New York. Ces dernières années avaient augmenté de quelques nouveaux drames, la plupart écrits en anglais, une oeuvre dont les textes autobiographiques — Une jeunesse en Allemagne et les Lettres de prison, également parues en Hollande en 1935 — forment la partie aujourd'hui encore la plus vivante et la plus riche : un quart de siècle de la vie d'un homme et d'un pays dont l'histoire, de l'Empire au Troisième Reich par la « révolution », n'a pas fini de nous intriguer."

Editions de L'Age d'Homme  (Collection Germanica) - 228 p. 2-8251-2386-2 / Traduit de l'allemand par Pierre Gallissaire 


Paresse et Révolution / Paul Lafargue

De Paul Lafargue (1842-1911), on connaît surtout le célèbre Droit à la paresse, voire son lien avec Marx, dont il était le gendre. Pamphlétaire, militant et journaliste prolixe, il fut aussi un acteur et un théoricien du socialisme. Membre de la Iere et de la IIe Internationale, il participa aux débats socialistes pendant plusieurs décennies. Dans une langue élégante, presque désuète, où perce un esprit brillant, souvent caustique et incisif, ses articles, pamphlets et discours laissent un témoignage historique considérable. S’attaquant au Capital devenu dieu et religion, mais aussi critiquant Victor Hugo, « ce tournesol que sa nature condamnait à tourner avec le soleil », la condition de la femme, Jaurès, le réformisme et la bonne conscience républicaine et nationale issue de la Révolution française, il nous plonge dans un temps dont les contradictions, les luttes et les espoirs ne sont pas sans résonance avec celles et ceux d’aujourd’hui.

Editions Tallandier 432 pages. 12€

dimanche 12 octobre 2014

Marx et la double structure de la religion / Norbert Lenoir

De l'opium du peuple au fétichisme de la marchandise.

" La formule de la religion comme l'opium du peuple fait partie de la définition consacrée de ce qu'on appelle l'idéologie chez Marx: la religion est ce système de représentations qui à la fois empêche de critiquer et qui légitime un ordre social existant.
Mais ce rapport entre la religion et l'idéologie chez Marx demande à être problématisé. En effet, non seulement il évolue car il prend conscience que le capitalisme ne peut pas se justifier avec une promesse que les pauvres auront une vie meilleure post-mortem mais aussi, il élabore et réélabore sa critique de la religion tout au long de son oeuvre à travers trois concepts :l'aliénation, l'idéologie et le fétichisme. Cette réélaboration conceptuelle nous permet de poser cette question : la théorie du fétichisme des marchandises chasse-t-elle encore sur les terres de l'idéologie ? Un fétiche n'est-il pas autre chose dans sa production et ses effets qu'une idole ? En d'autres termes, si la critique de la religion reste constante chez Marx, cette critique ne conduit-elle pas à celle d'une religion quotidienne au travers d'une déification des marchandises ?
C'est pour cette raison que nous proposerons trois textes de Marx. Le premier appartient au Marx de la jeunesse, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (1843). Le second, qui appartient aussi à la pensée du jeune Marx, est une partie des Manuscrits de 1844. Enfin le troisième est une partie du Livre premier du Capital (1867).
Il s'agira de montrer à l'aide des deux premiers textes que la religion est un discours écran qui ne fait que déplacer le regard social pour empêcher une philosophie de l'histoire et une pratique de transformation sociale. Mais la définition consacrée de la religion comme « opium du peuple » doit aussi s'éclairer dans son rapport avec la conception de l'aliénation que Marx développe dans les Manuscrits de 1844. Précisément Marx n'en reste pas à une théorie de l'aliénation de la conscience, conscience qui se crée une « représentation fantasmagorique d'elle-même ». Marx définit l'aliénation comme résultat de l'activité économique, activité qui produit une subjectivité évidée et privée de ses conditions objectives de réalisation. L'aliénation religieuse ne pourra donc se définir qu'à partir de cette aliénation première. Alors la critique de la religion ne consiste pas simplement à nier l'existence de Dieu comme le fait l'athéisme, mais à rejeter les conditions sociales qui rendent nécessaires des représentations pour faire oublier « cette vallée de larmes ».
Dans le troisième texte, la religion est mise au service d'un véritable dispositif de la domination qui soumet les hommes à des abstractions, la valeur, la marchandise, le marché qui se donnent comme les nouvelles exigences naturelles auxquelles les hommes sont invités à se soumettre. Il ne s'agira plus alors d'édifier une théorie de l'aliénation de la conscience qui assignerait pour but à l'homme de récupérer une essence perdue, mais de fonder une théorie du sous la dépendance de lois économiques abstraites qui seraient l'expression des rapports naturels entre les choses. Sa condamnation de la religion devient anti-fétichiste car elle se présente comme une critique de la déification du capital." p53-55 


Editions Cécile Defaut 157 p. 16€ - 2014 / ISBN 235018353X

vendredi 10 octobre 2014

Dialectique et spontanéité / György Lukács


En défense de Histoire et conscience de classe 

Ce texte inédit date de 1925 et défend l'ouvrage majeur de Lukács Histoire et conscience de classe (1923). II a été retrouvé dans des archives de la IIIe Internationale, et témoigne de la résistance opposée par Lukács aux entreprises de verrouillage de la pensée de Marx, transformée par les orthodoxes de l'époque en un déterminisme étriqué et traitant la subjectivité comme un épiphénomène. L'essentiel de la polémique tourne précisément autour de la genèse et du statut de la subjectivité révolutionnaire. À l'époque, la pensée philosophique de Lukács rejetant le concept de dialectique de la nature et de théorie du reflet avait exaspéré. On l'accusait d'idéalisme et de subjectivisme...

Dialectique et spontanéité
I. Problèmes de la conscience de classe.
1. Le subjectivisme.
2. L'imputation.
3. Les paysans comme classe .
II. La dialectique dans la nature.
1. Les échanges matériels avec la nature.
2. Les catégories simples et les catégories supérieures dans la dialectique.
3. Retour sur les échanges matériels avec la nature.
4. Pour nous et pour soi.

Paris : Éditions de la Passion, 2001, 127 p. 

samedi 13 septembre 2014

Longévité d'une imposture / de Jean-Marc Mandosio


"Puisque les livres de Foucault sont supposés être des "boites à outils", il convient d'examiner de plus près ce que valent les outils en question" p 13.


Suivi de Foucaultphiles et foucaulâtres.

Editions de l'Encyclopédie des Nuisances 120p.

Comme le disait Jaime Semprun dans son précis de récupération en 1976.

"Le lecteur doutera peut-être qu'il vaille la haine, et qu'il soit nécessaire d'écraser de son mépris ce qui, malgré tous ses efforts pour s'encanailler, restera toujours une ganache bien pensant" p71

lundi 11 août 2014

Voleurs ! Georges DARIEN (Oeuvres)

"C'était un fou qui ne respectait rien, qui avait des idées impossibles, qui s'attaquait, par fanfaronnade certainement, aux choses les plus sacrées, la société, l'armée, la famille, l'amour... " Ainsi parle Darien d'un personnage qui lui ressemblait comme un frère. On trouvera ici l'essentiel de l'œuvre de Georges Darien (1862-1921), dont André Breton dit qu'ell " est le plus rigoureux assaut que je sache contre l'hypocrisie, l'imposture, la sottise, la lâcheté ". De Biribi, son premier roman né de son expérience des bataillons disciplinaires de Tunisie, à La Belle France, réédité dans sa version intégrale, en passant par le célèbre Voleur, adapté au cinéma par Louis Malle, on découvre avec passion la jeunesse éclatante et la modernité de ce pamphlétaire inclassable, écrivain par "haine des tortionnaires et dégoût des torturés ".

Omnibus 1396 pages.

lundi 7 juillet 2014

Critique de la vie quotidienne / Henri Lefebvre

 Introduction, tome 1

Tous ceux qui se préoccupent de la réalité humaine, écrivains ou sociologues, psychologues ou ethnographes, cherchent le "concret". Où se situe ce "concret humain" ? Où l'atteindre, où le saisir ? Autour de nous, ou caché dans de mystérieuses profondeurs ? Le concret humain se trouve dans la vie quotidienne : dans notre vie quotidienne. Mais la vie quotidienne ne peut être déterminée, dans son caractère concret, que si l'on dispose d'un instrument et d'une méthode. Dans la ligne encore du marxisme vivant ce livre apporte une réponse à la question précise de l'instrument et de la méthode. Deux attitudes ont été prises en ce qui concerne la vie quotidienne par les penseurs, écrivains ou idéologues (non marxistes) : les uns, réalistes ou «populistes», considèrent la vie quotidienne comme pleine et accomplie, ses gestes les plus obscurs, ses actes et ses événements les plus répétés comme infiniment chargés de sens ; d'autres au contraire, esthètes ou métaphysiciens par tempérament ou par doctrine, déprécient la vie quotidienne au profit d'une vie, d'un autre monde, plus vrai, plus homogène (même s'ils affirment que cette autre réalité se mêle à la vie de chaque jour). La méthode critique et dialectique du marxisme permet de restituer l'unité concrète de la vie quotidienne, une fois analysés ses deux aspects, le vide et la plénitude, la pauvreté et la richesse. Sol nourricier de toute activité supérieure, cette terre natale ne porte ni fleur ni fruit lorsqu'elle est nue et dépouillée... Pour la concevoir ainsi dans son unité contradictoire, il convient d'introduire dans l'étude de la vie quotidienne - étude spécifiquement sociologique, mais où la sociologie n'élimine pas les autres sciences sociales - des notions philosophiques. Et notamment la célèbre notion d'aliénation, autour de laquelle se déroulent les plus importantes discussions philosophiques de notre temps. Cela oblige à concevoir de manière nouvelle les rapports entre la philosophie et les sciences sociales, ainsi que le rôle de la philosophie et la mission du philosophe.

Editions de L'Arche 170 pages.  ISBN-10: 2851811703

lundi 30 juin 2014

La Chine d'en bas / Yiwu Liao

Un an après les sanglantes manifestations d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers sur la place Tian’anmen, à Pékin, au printemps 1989, Liao Yiwu publie des poèmes pour commémorer cet événement. Ils sont immédiatement censurés. Pris en filature, menacé, battu, il croupit quatre ans dans une prison du Sichuan, sa province, où il connaît la torture et tente de se suicider. À sa libération, ayant perdu son statut social, ses amis du milieu littéraire et même son épouse, il devient musicien des rues à Chengdu, capitale du Sichuan. La Chine d’en bas est issu des rencontres de Liao Yiwu en prison puis dans la rue où il jouait de la flûte pour gagner sa vie, étant devenu un auteur dissident interdit de publication. Qui a-t-il rencontré ? Ceux que la Chine Nouvelle issue des réformes de Deng Xiao Ping refuse d’entendre, souvent ignorés au sein de leur propre communauté : un pilleur de tombes, un gérant de toilettes publiques, un haut fonctionnaire corrompu, un ancien garde rouge, un lépreux, un perceur de coffres-forts… Ces 28 récits de vies ordinaires plus ou moins interconnectés, recueillis pour la plupart dans le Sichuan, sont présentés sous forme de questions et de réponses. Ils constituent un témoignage passionnant sur l’histoire de la Chine moderne – du maoïsme et de la révolution culturelle à l’ouverture au capitalisme sauvage et au-delà, en passant par Tian’anmen.

13e Note Editions 480 pages / 23€

mardi 24 juin 2014

Les régions du déshonneur / Francis Arzalier


La dérive fasciste des mouvements identitaires au XXe siècle

Juin 1940 : la France est défaite. Pour le Lorrain Hermann Bickler, le Corse Petru Rocca, le Breton Olier Mordrel et tous ceux qui voulaient mettre à bas la République « jacobine » au profit de leur vision d’une « Europe des peuples », cet effondrement est l’occasion de faire avancer leurs idées. Ayant en commun une idéologie fasciste qui fédère les mécontentements à travers des identités locales fantasmées, ils se compromettront avec l’ennemi jusqu’à l’irréparable, allant parfois jusqu’à une collaboration active au rêve nazi de Grand Reich.
Par le portrait de personnages jusqu’alors méconnus, Francis Arzalier reconstitue ce puzzle aux multiples pièces. Il jette ainsi un éclairage précieux sur tout un courant politique qui prend ses racines au début du XXe siècle et étend ses ramifications jusqu’à nos jours. Des hommes au destin étonnant que ces perdants de 1945, au coeur des tempêtes du XXe siècle.

Editions Vuibert 304p.  / ISBN : 978-2-311-10015-0.



Note Botanica. Francis Arzalier avait déjà publié aux éditions la Découverte un ouvrage sur le même sujet Les perdants: la dérive fasciste des mouvements autonomistes et indépendantistes au XXe siècleA lire avec un regard critique sans être plus particulièrement Jacobin.

mercredi 18 juin 2014

Cinema Novo : Avant-garde et révolution / Bertrand Ficamos

Cet ouvrage analyse les diverses mutations qui ont traversé le Cinema Novo, extrêmement sensible aux transformations touchant le Brésil, entre l'euphorie de l'inauguration de Brasilia et les années de plomb de la dictature militaire, en passant par le coup d'Etat de 1964. Cinéma politique ayant évité les schémas classiques et manipulateurs d'un cinéma de propagande, il a été porté par une production suivie dans le Brésil des années soixante. Les grands succès critiques internationaux que furent Les Fusils (Ruy Guerra, 1964) ou Terre en transe (Glauber Rocha, 1967) ont marqué leur époque. Créée par des cinéastes en quête d'un cinéma révolutionnaire, l'esthétique du Cinema Novo, bien que partiellement inspirée des innovations du néoréalisme et de la Nouvelle Vague, est largement inédite. Le matériel, jusqu'ici inexploité, qu'analyse l'auteur fait toute la richesse de cet ouvrage. En plus de s'entretenir avec les cinéastes eux-mêmes, les nombreux séjours au Brésil de Bertrand Ficamos lui ont permis d'accéder à une grande masse de documents: correspondances privées, scénarios originaux, projets avortés, communiqués de presse destinés au marché brésilien, dossiers de la police politique et de la censure cinématographique. La découverte, en France, des archives absolument inédites de Claude Antoine, producteur délégué du Cinema Novo à l'extérieur des frontières du Brésil, apporte un nouvel éclairage sur les relations du Cinema Novo avec le cinéma européen.

Nouveau Monde Editions 426 pages. + DVD - ISBN-13: 978-2847365399 / 34€

vendredi 16 mai 2014

Don, intérêt et désintéressement / Alain Caillé

Bourdieu, Mauss, Platon et quelques autres

En tant qu’hommes et femmes modernes nous nous trouvons écartelés entre deux séries de certitudes et d’exigences parfaitement inconciliables. D’une part, notre époque nous pousse impérieusement à croire que rien n’échappe à la loi toute puissante de l’intérêt et qu’il nous faut nous-mêmes nous y plier en devenant des "calculateurs" avisés. D’autre part, nous aspirons tous à nous y soustraire pour accéder enfin à cette pleine générosité, à ce don pur et entier, que la tradition religieuse dont nous sommes issus nous enjoint de rechercher. Mais c’est là une tâche impossible, rétorque la première croyance pour qui rien n’échappe au calcul, si bien qu’il ne saurait exister de générosité et de don que mensongers. Pour Alain Caillé, la question est mal posée. L’examen, à travers deux de ses plus grands représentants (Platon, P. Bourdieu), de ce qu’il appelle "l’axiomatique de l’intérêt" ; celui, à l’inverse, des caractérisations du don par une impossible et inaccessible pureté (J. Derrida), révèle la profonde solidarité qui unit les deux pôles de l’esprit moderne, et incite à chercher, dans le sillage du Marcel Mauss de l’Essai sur le don, une conception du don plus harmonieuse et raisonnable. Rien n’est sans doute en effet plus urgent si nous voulons penser notre temps, scientifiquement et moralement, à égale distance du cynisme et de l’idéalisme.

Ré-édition de l'ouvrage aux éditions BORD DE L'EAU 220p. 16€

Note Botanica: A lire surtout pour une très stimulante critique de Bourdieu mais aussi par extension d'un certain économisme marxiste. Il s'agira avec ce livre de réfléchir à la manière dont on peut sortir de la spirale du "soupçon" systématique.

jeudi 24 avril 2014

MÉMOIRES D’UN RÉVOLUTIONNAIRE ET AUTRES ÉCRITS POLITIQUES -1908-1947 / VICTOR SERGE

Affamé de fraternité et de justice sociale, Victor Serge (Bruxelles, 1890-Mexico, 1947) devient, à vingt ans, l'un des fers de lance du mouvement anarchiste français. Injustement condamné à cinq ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour, il rejoint la Révolution russe en janvier 1919. Membre de l'Exécutif de l'Internationale communiste, avocat du bolchevisme en une période cruciale ou l'écrasement menace de toutes parts, ce fils d'émigrés anti-tsaristes qui défend corps et âme les acquis d'Octobre 1917 ne tarde pas à dénoncer le sanglant Thermidor orchestré par Staline. Passé à l'opposition incarnée par Trotski, incarcéré, condamné, déporté dans l'Oural, il doit son salut au seul acharnement d'une poignée d'amis français et belges. Expulsé en 1936, déchu de la nationalité soviétique, dépouillé de ses manuscrits, Serge revient à Bruxelles pour y devenir aussitôt la cible d'une féroce campagne de dénigrement répercutée par les fidèles du Komintern. Cet acharnement ne l'empêche pas de rendre compte, jour après jour, des purges et procès qui voient tomber, en URSS, aux côtés de centaines de milliers d'innocents, la vieille garde révolutionnaire. Il dénonce également les attaques de Staline contre anarchistes et partisans du POUM qui se battent en Espagne. En 1937, exaspéré par l'intransigeance de Trotski, il rompt avec le fondateur de la IVe Internationale. Contraint à l'exil par la Seconde Guerre mondiale, il parvient au Mexique. Indigent, esseulé, il y poursuit jusqu'à son dernier souffle son combat pour un renouvellement du socialisme. Écartant la volumineuse oeuvre romanesque et critique de Victor Serge, le présent ouvrage offre un témoignage incandescent sur le naufrage politique que fut le bolchevisme. Mais aussi et surtout il retrace la trajectoire d'un écrivain majeur qui sut dire non en écoutant sa seule conscience d'homme.

Editions Robert Laffont Coll. Bouquins 1050 pages . ISBN : 2-221-09250-3 / 30.75€

mercredi 23 avril 2014

La Révolution défaite / Daniel AÏACHE

La Révolution espagnole a porté, sur une brève durée, les espoirs révolutionnaires, à un point jamais atteint jusque là. « L’anarchisme a réellement conduit, en 1936, une révolution sociale et l’ébauche la plus avancée qui fut jamais d’un pouvoir prolétarien » notait Guy Debord. Pendant un temps, ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler une guerre civile a été une révolution transformant radicalement toute une société.

La défaite de la Révolution espagnole, son écrasement conjoint par les nationalistes et les staliniens ferme le cycle ouvert par la Révolution française.

Les pratiques, les rêves, les utopies qui s’y étaient réunis cessent d’exister ou doivent se recomposer sous d’autres formes.

Dans le déroulement même de la Révolution espagnole, Paris a joué le rôle d’une base arrière. Paris s’est trouvé être tout à la fois le lieu de préparation, de concentration des actions staliniennes, le lieu de la solidarité révolutionnaire et le point de rassemblement de toutes les tendances politiques qui faisaient de la Révolution espagnole l’enjeu vital de l’époque. C’est essentiellement à Paris que se forment les mythes et les idéologies qui façonnent encore l’imaginaire de la “Guerre civile”.

L’observation des révolutionnaires parisiens permet une vision plus claire de l’espoir suscité par cette Révolution, mais aussi des dérives qui ont provoqué son échec. Les révolutionnaires parisiens ne sont pas de meilleurs révolutionnaires que leurs camarades espagnoles, au contraire leurs formations sont affaiblies et loin de la force d’une CNT. C’est de leur position excentrée que leur vient leur rôle de gardien de l’utopie révolutionnaire.

Toute la mouvance radicale parisienne est secouée et traversée par ce qui se passe de l’autre côté des Pyrénées. Tous ces groupements font face au dilemme généré par le Komintern : Révolution sociale ou combat antifasciste. Ils perçoivent immédiatement que l’idéologie antifasciste recouvre et écrase la révolution en cours.

Ces révolutionnaires sont de tous les combats et consacrent toutes leurs énergies et, parfois, leurs vies à ce qui leur semble le dernier espoir de Révolution. Pierre Besnard, André Prudhommeaux, Michel Collinet, Robert Louzon, David Rousset, Charles Ridel, Victor Serge, Benjamin Peret, Nicolas Lazarevitch ou Simone Weil sont des noms parmi d’autres de ceux qui informent, acheminent des armes ou combattent directement.

Les défaites successives contre les ennemis franquistes ou staliniens les laissent désemparés et tous doivent repenser leur rapport à la politique et à la Révolution.

Editions Noir & Rouge ISBN 978-2-9543610-3-1  210 pages.

Note Botanica: Une très bonne synthèse tout en nuances. Avec quelques propos sur Simone Weil et Trotsky très intéressants....! Le courant "synthèsiste" de l'anarchisme ne sort pas grandi de son positionnement sur l'Espagne. 

mercredi 16 avril 2014

Enquête ouvrière et théorie critique / Andrea CAVAZZINI

Enjeux et figures de la centralité ouvrière dans l'Italie des années 1960

Suite à la dissolution de la perspective marxiste et aux transformations néo-libérales du capitalisme à la fin des années 1970, la Classe ouvrière s’est éclipsée : après des décennies de déclin social et d’invisibilité politique, les ouvriers n’apparaissent plus aujourd’hui que comme les victimes de la crise, du chômage de masse et de conditions de vie souvent meurtrières. Mais la centralité politique et sociale de la Classe ouvrière a constitué un facteur décisif de l’histoire du xxe siècle. La Classe représentait à la fois un élément essentiel dans le fonctionnement de l’économie capitaliste et un principe d’antagonisme subjectif qui annonçait dans ses formes de vie la possibilité d’une organisation sociale différente.

Cet ouvrage reconstruit un épisode significatif de l’histoire de la centralité ouvrière : la séquence politique des années 1960 en Italie. La Nouvelle Gauche italienne — en particulier la revue-collectif Quaderni Rossi — a produit une fusion originale entre l’enquête menée dans les usines comme pratique militante directe et la théorie critique du capitalisme moderne inspirée par Lukacs et l’École de Francfort. Malgré sa brièveté, cette expérience fut décisive pour la longue saison italienne des luttes sociales : elle a réussi à articuler l’exigence d’ancrer la politique à la vie ordinaire des classes laborieuses, la tentative de surmonter la crise du mouvement ouvrier après la glaciation stalinienne et la confrontation avec les diagnostics philosophiques de la modernité élaborés par Hegel et Max Weber.

À la fois intervention militante et production de connaissances, l’enquête est le fil conducteur qui permet de reconstruire cette conjoncture et ses enjeux historiques et philosophiques : elle rend visible l’émergence d’une subjectivité politique ouvrière en tant que point critique irréductible de la société capitaliste moderne. Reconstruire cette constellation signifie se remémorer la négation dialectique d’un ordre social devenu nature et destin.

Presses Universitaire de Liège. 170p. ISBN : 978-2-87562-025-5. Prix 23€ HTVA

lundi 7 avril 2014

Le Wagon à vaches / Georges HYVERNAUD

À l'aube des années 1950, dans la grisaille provinciale de l'après-guerre, un homme tente d'écrire le roman de sa vie, découragé par sa propre médiocrité et la petitesse ordinaire de son entourage. Le notable, le gardien de square, l'enseignant, l'ex-collabo, la bouchère, le chanoine, le collègue invisible. Quelle épopée construire à partir de tant d'oubliés, de solitaires, de pauvres, de morts-vivants ? 

Il tient son titre cependant : ce sera Le Wagon à vaches, à l'image de ce train de prisonniers qui l'emportait naguère vers l'Allemagne, de ce troupeau humain en route vers un autre néant. Ce sera un récit de révolte et de pitié, une chronique de l'absurde. Un plaidoyer pour rappeler qu'un monument ne suffit pas aux morts si la mémoire fait défaut aux vivants.

Editions Pocket 168p. / 5,80€

mardi 1 avril 2014

Le refus de parvenir / Marianne Enckell

Refus de parvenir – pas de « réussir » : l’expression date d’il y a un siècle, mais plus que jamais, à travers la critique des sociétés du paraître, de l’argent, cette posture reprend tout son sens : refus des privilèges, des distinctions, de la promotion individuelle, qu’elle soit syndicale, politique ou universitaire.

Le leit-motiv des syndicalistes révolutionnaires se traduit aujourd’hui, chez les autogéré-e-s, les squatters, les anarchistes, par des projets visant à vivre l’égalité dans la liberté, à construire un monde sans domination. Marianne retrace une longue histoire de rencontres sans argent ni hiérarchie, de dons et de services sans calculs, de coopération sans compétition. Elle porte les voix et les rêveries, fragiles mais néanmoins tenaces, de ses compagnes et compagnons, à conserver et à transmettre.

L’auteure :
Marianne Enckell, anime depuis 1963 le Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) de Lausanne, la plus grande bibliothèque spécialisée en Europe dans le domaine de l’anarchisme. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet dont Pour le centenaire de la mort de Bakounine, Les Espaces du prince : l’État et son expansion dans les formations sociales dépendantes. Elle a par ailleurs largement contribué au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, une somme monumentale en 44 volumes éditée sous la direction de l’historien Jean Maitron.

Indigènes Editions 40 pages / ISBN 979-10-90354-52-4, / 3,10 €

Note Botanica: Le texte sensible et généreux de Marianne Enckell est en rupture totale avec ce qu'il se passe dans le mouvement "libertaire". Il est presque dérangeant pour les "mouvements" d'émancipation composés majoritairement d'intellectuels d'Etat ou de syndicalistes professionnels bien au chaud. Quand on sait comment se déroule cette lutte des places (dans l'université par exemple...) nous ne pouvons que constater que ce temps du refus de parvenir n'est plus d'actualité. Pour les autres les anonymes, les sans grades, la question est sans objet. C'est peu-être ici la limite de l'interrogation éthique

L'objet du Blog

Proposer une liste d'ouvrages pour la formation militante et le débat.

Ceci dans une perspective révolutionnaire classiste anticapitaliste et internationaliste, anti-autoritaire.

Nous ne parlerons ici que des ouvrages stimulants et éviterons les marchandises à la mode, le verbiage militant.

Quelques fois les ouvrages seront disponibles en téléchargement au format PDF.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les ouvrages.