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lundi 31 mars 2014

L’idéologie sportive / Quel Sport ? (A paraître le 24 avril)


Chiens de garde, courtisans et idiots utiles du sport

Depuis la fin des années 1960, le sport se trouve au coeur des industries culturelles et de divertissement des masses. Puissance matériellement dominante de la société capitaliste par la production et la marchandisation des « hauts-faits musculaires de l’humanité », l’institution sportive est en même temps la puissance spirituelle dominante.

Elle s’est adjoint les services de penseurs qui distillent l’idéologie sportive. Ces sportologues professionnels ou amateurs, issus de tous les secteurs de la culture, de la science ou de l’art, donnent à un sport gangrené par les affaires (dopage, violence, corruption, mafia) ses lettres de noblesse. Masquant, distordant ou refoulant la réalité effective des conséquences délétères de la compétition sportive, ils s’unissent pour défendre les «passions sportives » et les « extases de la victoire ». 

Qui sont ces « chiens de garde», ces « courtisans » et ces « idiots utiles » du sport ? Quelle vision du monde et quel imaginaire social légitiment-ils par leurs théories écrans ? Dans ce livre, Quel Sport ? déconstruit le prêtà-penser sportif et les lieux communs (sport-culture, sport-intégration, sport-éducatif, sport-santé, sport-fête, etc.) qui participent de la disparition d’un esprit critique authentique.

Introduction
Le sport, nouveau lieu commun
Première partie
Les catégories politiques du système sportif
La totalité organique du sport capitaliste
L’impérialisme du sport-spectacle de compétition
Les fonctions sociopolitiques de l’opium sportif
Deuxième partie
Le combat idéologique contre la critique du sport
Les résistances à la théorie critique du sport
La fragmentation positiviste de la totalité sportive
Le confusionnisme postmoderne du sport protéiforme
Troisième partie
Les archétypes de l’idéologie sportive
Les apologies philosophiques de l’Ovalie profonde
Les sophismes de la « culture foot »
Les ambiguïtés relativistes sur le dopage généralisé
Les épistémologies post-humanistes du corps augmenté
Quatrième partie
Les politiques de l’aliénation sportive
L’union sacrée sportive des partis politiques
L’écran de rêve de l’« émancipation sportive »
Le mythe frelaté du sport pacificateur
Conclusion
Le sport, arme de diversion massive

Editions L'Echapée / 368 pages / ISBN 978-29158308-0-4 / 16 euros

L’AUTEUR
Quel Sport ? est la section française de la critique internationale du sport. La revue théorique et militante qu’elle publie analyse le sport dans sa totalité comme un opium du peuple.

A PARAITRE LE 24 AVRIL 

jeudi 27 mars 2014

LE MARXISME ANALYTIQUE Forces et faiblesses / Fabien Tarrit

Classiquement, les traditions universitaires anglo-saxonnes – la philosophie analytique associée au positivisme logique – ont été hostiles au marxisme, tout comme à la philosophie continentale en général, en critiquant notamment son manque de rigueur : les philosophes ana lytiques reprochant à la philosophie marxiste de manquer de définitions précises, d’arguments et de raisonnement rigoureux. En 1978, en publiant Karl Marx’s Theory of History : a Defence, Gerald A. Cohen semble changer la donne en revendiquant explicitement son objectif : associer le marxisme et la philosophie analytique. Des universitaires vont alors s’engouffrer dans cet espace ouvert pour développer un travail et un courant que John Elster désigne dès 1980 comme « marxisme analytique » qui fera porter ses travaux sur la théorie de l’histoire (Gerald A. Cohen), la théorie économique (Jon Roemer) et les classes sociales (Erik O. Wright)...

L’intérêt de cette école est d’avoir tenté d’associer le marxisme à des méthodes traditionnellement considérées comme non marxistes, voire antagoniques au marxisme. Il s’agissait alors de repousser l’hypothèse qu’il ne peut y avoir de marxisme « anglais », avec pour objectif de lever le blocage qui empêchait le rapproche ment d’auteurs marxistes repoussés par les méthodes anglo-saxonnes avec des auteurs radicaux non marxistes hostiles à la méthode marxiste. Or, cette tentative fut un échec, puisqu’elle n’a pas réussi à regrouper de façon significative des auteurs hors de son cercle d’influence immédiat. Toutefois, il semble possible de considérer que cet échec n’est pas entièrement lié à l’association entre le marxisme et des méthodes non marxistes, mais à la pratique intellectuelle spécifique des auteurs qui ont eux-mêmes entretenu cette opposition en refusant d’envisager la possibilité d’associer la méthode marxiste (dialectique) et la méthode analytique. 

Editions Syllespe 10€


INTRODUCTION

1. LA NAISSANCE D'UNE ÉCOLE DE PENSÉE
2. UNE THÉORIE DE L'HISTOIRE
3. UNE RECONSTRUCTION DE LA THÉORIE ÉCONOMIQUE MARXIENNE PAR ROEMER
4. LES CLASSES SOCIALES DE WRIGHT
5. ELSTER ET LE MARXISME DE CHOIX RATIONNEL
CONCLUSION GÉNÉRALE

Note Botanica. Un ouvrage très stimulant (même quand on est pas d'accord). Qui ouvre à de nombreuses questions. 

samedi 22 mars 2014

Pour une théorie critique de la technique / Andrew Feenberg

"C’est désormais un fait incontestable, le désastre écologique nous guette. D’aucuns attribuent ces convulsions planétaires à notre ­insatiable appétit de progrès technique et affirment qu’il n’y aurait d’autre choix, pour nous sauver de nous-mêmes, que de faire marche arrière. Pour d’autres, il faut faire marche avant et décupler l’efficacité des machines. Inlassablement, dans les discours, progrès technique et écologie s’opposent.

Notre salut se trouve-t-il vraiment dans un renoncement à l’un ou à l’autre ? Ni contempteur ni adorateur de la technique, le philosophe Andrew Feenberg s’attelle depuis vingt ans à dégager une troisième voie. S’appuyant sur de nombreux exemples et discutant les thèses de quelques grandes figures de la philosophie contemporaine (Heidegger, Marcuse, Nishida, Habermas et Latour), il précise les contours d’une véritable théorie critique de la technique, qui en ­révèle les possibles usages démocratiques."


Lux éditeur 464p. pages. Traduit de l'anglais par Iketnuk Arnaq et Véronique Dassas

Note Botanica: Au delà de la rhétorique "démocrate" du livre. La lecture permet réellement de poser un débat dans sa complexité, pour rompre avec les simplifications démonologiques. De réinjecter un peu de vivant dans une pseudo réflexion qui n'a que pour fonction de polariser des positions anxiogènes dont les buts sont ou politiciens ou mercantiles. Il est recommandé de lire le moment du livre intitulé la nouvelle techné de Marcuse. On peut aussi se reporter à l'autre ouvrage de Feenberg édité à la découverte. Et disponible gratuitement en PDF ici

"Les utopistes s'attendaient à ce que la société contrôle la technique moderne comme les individus contrôlaient les outils traditionnels, mais nous avons dépassé depuis longtemps le point au-delà duquel la technique prend le contrôle des contrôleurs. Par contre les dystopistes ne s'attendaient pas pas à ce qu'une fois dans la machine, les être humains acquissent de nouveaux pouvoirs qu'ils allaient employer pour changer le système qui les dominent. Aujourd'hui nous assistons au début à peine perceptible d'une telle politique de la technique. Savoir dans quelle mesure elle se développera relève moins de la prophétie que de la pratique." page 140

mardi 11 mars 2014

La lutte de classe en Ulster de J.-Yves BÉRIOU.

Ce travail ne prétend pas être une analyse totale développée, il prétend introduire une discussion. Il doit être replacé dans une compréhension du mouvement réel.


En téléchargement prochainement avec la présentation ainsi que les annexes de la brochure éditée par le groupe Négation. Supplément à la revue N°4.



Les deux textes suivants (un seul publié ici: Botanica) ont été écrits par des camarades au printemps 72, et intégrés dans le n° 311 de la revue "Les Temps modernes" daté de juin 72 et paru, en fait, début août. 

Ce numéro spécial consacré à l'Irlande a été entouré "d'événements" qui justifient, en partie, la réédition de ces textes en fac-similé et appellent une explication.

"Les Temps Modernes " sont bien connus pour être, et demeurer à travers leurs mues successives une revue républicaine, démocratique, patriotarde et humaniste, bref pour n'avoir aucune accointance possible avec la révolution communiste, mais pour se confondre sans aucun doute depuis toujours, avec la contre-révolution capitaliste.

Comment pouvaient figurer dans cette revue des textes qui, eux, traduisent en théorie le communisme, soit négativement en dénonçant la contre-révolution en Irlande, soit positivement en affirment la potentialité communiste des luttes qui s'y sont déroulées ?

Jean-Pierre Carasso, auteur de "la rumeur irlandaise" (champ libre, 1970), se vit confier, en compagnie d'autres personnes, la responsabilité de ce numéro spécial dont l'actualité justifiait la parution aux yeux de la direction des Temps Modernes.....



LA REVOLUTION COMMUNISTE EN IRLANDE 
Contre le national-socialisme de L'I.R.A


"Les récents événements d'Irlande du Nord viennent par eux-mêmes, sans fard, de démontrer à quel point tous les mensonges sont solidaires. Les avatars de la pensée pourrissante moderne s'étalent sans fausse honte aux yeux de « l'opinion publique ›. La barbarie de l'armée d'occupation anglaise est dénoncée au profit de la barbarie de l'I.R.A. et de sa terreur exercée sur le dos du prolétariat. Dans la même sainte alliance, se trouvent réunis maoïstes, chrétiens de gauche, trotskistes, staliniens, anarchistes, socialistes, maspérisés de toutes sortes, « matérialisés pour une intervention », gaullistes, nationalistes, royalistes, « Ordre Nouveau », etc. A qui mieux mieux, ça grouille, ça parle, ça pue, et ça rote. Ça s'appelle l'extrême gauche, la gauche, la droite et aussi l'extrême droite. Bref, les Racketts.

Le capitalisme irlandais est un capitalisme qui n'arrive pas à s'unifier et donc à se moderniser. L'unification du capital et de ses conditions de valorisation est pourtant la principale revendication de son mouvement. Ou le capital se développe, ou il crève. Les événements d'Irlande ont comme origine ce besoin de modernisation, mais n'ont fait qu'aggraver la séparation entre les deux parties du capital."




Texte édité la première fois dans la revue les Temps Moderne N°311 - Juin 1972
Pour connaître toute "l'affaire" de la publication  voir la brochure en téléchargement.



Les contradictions sont énormes. Elles sont de plusieurs ordres, qui se recoupent et s'engendrent. La première est que pour que la valeur se soumette réellement et non plus formellement les moyens et forces productives à l'échelle internationale, il faut non seulement que (dans cette période de reconstruction capitaliste mondiale que l'on peut qualifier cependant de sénile) le capital détruise périodiquement l'excès de capital, afin de rajeunir et de connaître des taux de valorisation plus élevés, qu'il reproduise des rapports sociaux et productifs du salariat et du capital en généralisant ces deux pôles de façon à progressive, donc en prolétarisant l'humanité mais, d'un autre côté, il faut qu'il entraîne un chômage massif qui n'est plus conjoncturel mais structurel, qui n'est plus lié uniquement à , une crise de surproduction mais au fait que le capital exclut de la production une masse énorme d'ouvriers aptes au travail ' parce que le machinisme et les forces productives sont trop déve­loppés, au point que le surtravail domine totalement le travail socialement nécessaire. Ce rejet de la production d'une masse d'ouvriers devenus chômeurs (ce qui n'a plus la même signification qu'auparavant : on peut prétendre que le chômeur, aux U.S.A. par exemple, est prolétaire à part entière, il n'a même pas la possibilité de ne plus travailler, il peut très bien ne jamais entrer dans la production, et être déjà au chômage, il est le pur produit de l'époque et de la production capitaliste la plus développée mais sénile puisque excluant les hommes de la communauté productive), cette même division existant dans la « nation », entre prolétaires exclus du processus de travail et de sa programmation, et prolétaires encore conservés comme , chair à plus-value, cette division structurelle du travail, carac­téristique donc du stade de domination réelle de la valeur sur : le travail, se retrouve à l'échelle internationale (puisque le capital j est universel et a universalisé ses conditions d'auto-valorisation), entre nations exclues du processus de travail et de sa programmation à l'échelle internationale, donc de valorisation, et nations •i conservées comme chair à plus-value dans ce processus. Les premières sont des zones sacrifiées car rejetées du capital productif. L’Irlande, de par sa position historique spécifique, est le type même de ces zones ou nations rejetées de façon structurelle et programmée du procès productif international. C'est là la première contradiction qui assaille les bourgeoisies irlandaises " du Sud et du Nord : leur besoin d'unification, de modernisation, de bouleversement des structures de production pour aller vers un développement du capitalisme rationnel et où le capital va pouvoir s'auto-valoriser sans peine est contraire à la division internationale qui assigne à l'Irlande ce rôle de sacrifié. Il y a contradiction entre l'intérêt local du capitalisme et son intérêt international.

La deuxième contradiction, de taille également, est : se moderniser, se réunifier, d'accord, mais avec qui ? Pour le capital d'Ulster qui est britannique, se réunifier avec le capital d'Eire, c'est se réunifier avec les investissements britanniques ! C'est-à-dire qu'il est assez inintéressant pour la bourgeoisie de l'Ulster de se réunir avec la vraie bourgeoisie d'Eire, qui est en fait celle de Londres car l'Eire est faite d'investissements anglais. Or vaut-il la peine de se réunifier avec une bourgeoisie si incapable et si démunie que celle du Sud ? Et de plus, avec une zone où les conditions et les moyens de production sont si retardataires que le prix que coûterait la création de toute l'infrastructure technologique et mécanique nécessaire serait énorme par rapport aux bénéfices possibles et qui ne seraient tangibles que dans combien d'années ? Le développement capitaliste de l'Irlande vaut-il le coût pour la bourgeoisie irlandaise ? Investir autre part, en Grande-Bretagne, ou dans le tourisme, ne rapporterait-il pas plus ? L’Irlande du Sud est au début du capitalisme, le capital ne domine même pas formellement l'ensemble, des zones immenses sont pré-capitalistes en dissolution, mais c'est tout ; l'Irlande du Nord, son problème, c'est le passage à un capitalisme où le capital dominerait réellement ; cette éventualité n'est réalisable que dans la réunification avec le Sud ; or elle est contradictoire avec les intérêts immédiats, car elle ne serait profitable qu'à très longue échéance puisque plus le système capitaliste se développe, plus il est difficile de rattraper son niveau de développement, à partir de zones non développées, et puisque plus le capitalisme internationalement se développe, plus les zones non développées ont des chances de le rester, et même, de le devenir structurellement ; en d'autres termes leur développement, c'est de devenir non-développables.
 
De plus, en sourdine, la contradiction du capitalisme irlandais se tisse sur la crise permanente du capitalisme britannique. Le capitalisme britannique doit se débarrasser de ses industries textiles et de constructions mécaniques, ou les moderniser, et ainsi accéder plus librement à ses dernières libertés. On a vu récemment comment le prolétariat anglais et écossais l'a giflé et de façon magistrale. Or le gros de l'industrie irlandaise est de cet ordre-là : textiles et constructions mécaniques. L'impossibilité de se moderniser est accrue par cette nécessité de se moderniser. Cercle vicieux.
 
En bref, la situation irlandaise peut se résumer en ces quelques mots : le capitalisme en se développant, et en développant ses conditions d'existence à l'échelle mondiale, ne peut pas et ne doit pas accorder la citoyenneté capitaliste à certaines parties du monde. La façon pour l'Irlande d'entrer dans le capitalisme international, c'est d'en être exclue. Il en va de même pour le Moyen-Orient et le Québec, à des niveaux dif­férents.


Une telle situation contradictoire présente donc à la fois des traits d'un système capitaliste où l'accumulation du capital reste encore à faire globalement (passage de la domination formelle à la domination réelle de la valeur : cf. K. Marx, le 6eme chap. inédit du Capital)1 et où la création d'un capital « national » reste à faire, où la crise économique chronique est celle de zones d'arrière-garde d'un capitalisme en crise grave : le capi­talisme britannique, et à la fois des traits caractéristiques d'une zone dans le capitalisme international développé, au niveau de son rôle dans cette division internationale de la valorisation. Irlande du Nord, zone capitaliste non développée et zone dans le capitalisme développé. Ambiguïté. Double nature donc des luttes qui s'y déroulent.

Il s'agit donc pour le capital irlandais d'assurer sa domination réelle sur les forces productives (dont les hommes, les prolétaires), c'est-à-dire permettre l'accumulation du capital, donc se débarrasser de ses archaïsmes, se moderniser, et accéder à la citoyenneté capitaliste complète. Mais les contradictions fondamentales qui l'empêchent font que se développent des forces sociales typiquement réactionnaires. D'une part, la petite-bour­geoisie et la moyenne-bourgeoisie protestantes ne veulent pas crever la gueule ouverte (ce qu'amènerait cette réunification et cette modernisation) et empêchent toute évolution du statu quo. D'autre part, la petite bourgeoisie catholique désire ardemment cette réunification, mais sous sa propre domination, et non sous celle du capital anglais, et est obligée de lutter de façon hystérique contre le capital anglais, donc contre L’État britannique et la communauté protestante qui en est la base sociale.
 
La moyenne et petite bourgeoisie protestante défend son bifteck, ses quelques privilèges, ses quelques participations au capital britannique, et est arrivée à entraîner derrière elle, et ceci sans difficulté, le prolétariat protestant, en intégrant dans son programme des mots d'ordre et des revendications parfaitement ouvrières. Il faut qu'on comprenne bien que pour « l' ouvrier protestant I., il est normal de ne pas vouloir devenir irlandais, ce serait voir diminuer son salaire, perdre la sécurité sociale et tous les avantages sociaux du régime britannique, perdre son droit au travail, son droit à ne pas être exclu du processus de production, son droit à rester de la chair à plus-value : les mots d'ordre du Pasteur Paisley sont typiquement prolétariens, et sont à peu près les mêmes que ceux de la P.D. : un toit, un travail. Mais ces revendications d'une triste misère (il faut voir de près la misère de Shankill Road, ghetto protestant, pour comprendre) ne peuvent être réalisées actuellement qu'au détriment du prolétariat catholique, comme toute amélio­ration du sort du prolétariat catholique ne peut qu'entamer la maigre part du gâteau qui est allouée aux ouvriers protestants. II peut sembler paradoxal de parler de revendications de type prolétarien à propos de l'extrémisme protestant fascisant ; mais pas pour qui a compris que le fascisme (e National-socialisme ») est la réalisation sur le dos du prolétariat de ses propres revendications immédiates, après son écrasement, et ceci pour unifier le capital et préparer son règne absolu sur les hommes. (C'est d'ailleurs le nanisme qui a réalisé le programme économique et e social » de la social-démocratie allemande). Ces luttes des protestants contre les intérêts généraux du capitalisme britannique se sont amplifiées et devenues plus aiguës, devant l'impossibilité où était le capitalisme anglais de se moderniser et de s'unifier en Irlande, en abattant tous les restes archaïques (semi-coloniaux si l'on veut). C'est-à-dire que la lutte réactionnaire (au sens d'une réaction, d'un retour en arrière, d'une volonté d'empêcher la modernisation nécessaire) de la communauté protestante va dans le sens du capitalisme international r qui a intérêt à laisser non-développée l'Irlande. Nous sommes dans une période absurde et inhumaine qui semble avoir nié '1 l'histoire, période durant laquelle des idéologies et des pratiques I sociales réactionnaires servent le capitalisme le plus développé, alors que jusqu'à l'immédiate après-guerre (le passage de la domination formelle à la domination réelle de la valeur ne s'était pas, alors, encore complètement opéré), le capital, pour se révolutionner, devait faire apparaître des pratiques et des idéologies progressistes, ou revendiquant le e changement ». Le fascisme, avec son appel à l'Ordre, au Sang, à la Nation, était le moyen de passer à un stade supérieur du capital ; ici l'U.V.F., avec son appel à l'Ordre, au Sang, à la Nation, est la traduction de l'impossibilité de passer à un stade supérieur. Sénilité du capitalisme.
 
Donc, plus, en Irlande, la situation se développe contradictoirement, plus apparaissent les forces réactionnaires de l'extrémisme protestant ; mais n'étant plus du même ressort, elles développent cette contradiction, et rendent plus improbable et difficile la modernisation de l'Irlande, à la fois souhaitée et refusée par le capitalisme, comme on l'a vu plus haut.


Plus aussi la contradiction s'exalte, plus la communauté protestante se retrouve en lutte contre la communauté catholique qui, elle, ne défend pas son travail, ses salaires, car elle n'a rien à perdre et tout à gagner. Pour bien saisir le fait que les prolétaires s'affrontent entre eux, il faut évidemment constamment se rappeler qu'en période de non-lutte contre le capital, celui-ci tend à faire resurgir des conflits pré-capitalistes, plus ou moins escamotés, à les présenter comme éternels et trans-historiques femmes — hommes, chômeurs — travailleurs, jeunes — vieux, etc.). Quand le prolétaire catholique affronte le prolétaire protestant, ce sont deux fractions du prolétariat en tant que capital variable qui s'affrontent. Ce sont deux fractions de la communauté du capital. Et ce qui est extraordinaire, c'est que sont présentes, sous l'aspect de luttes entre des hommes, des luttes entre des fractions du capital, et même de fractions du capital contre la totalité du capital. Le fétichisme atténue là sa plénitude, puis-qu’après avoir identifié les rapports sociaux aux rapports d'objets, il fait apparaître ceux-ci sous forme de rapports sociaux pré ou post-capitalistes, éternels en somme.

On se retrouve donc dans une situation où s'affrontent deux luttes ouvrières, des deux côtés, deux national-socialismes (le fascisme a ses racines dans le mouvement du prolétariat en tant que capital, tout comme le stalinisme). Les uns réclament le maintien de leurs privilèges, les autres le droit au travail, l'indépendance nationale, la réunification nationale, et la démocratie politique. Nous examinerons plus loin le contenu et la pratique sociale de l'I.R.A., mais nous pouvons essayer de voir, briè­vement, comment caractériser l'extrémisme catholique.

C'est le classique programme des libérations nationales, des révolutions, e bureaucratiques », où il s'agit de créer le capitalisme, ou d'en permettre le développement. Le programme du parti bolchevik, de la C.N.T., ou du F.L.N. : créer le capital national, le capitalisme et le prolétariat. La petite et moyenne bourgeoisie catholique, sans emploi dans cette Irlande sous-développée, a réussi à entraîner derrière elle la paysannerie du Sud, et les ouvriers et chômeurs catholiques du Nord (réforme agraire, démocratie politique, indépendance nationale...) bref, la révolution capitaliste. Ce qui explique le caractère anachronique, pré-capitaliste, des forces et idéologies en jeu : le nationalisme, la question religieuse, etc. Mais, à la différence d'avec Lénine et les bolcheviks, il n'y a plus moyen de faire cette révolution en 1972, car si la bourgeoisie nationale (liée en fait à la Grande-Bretagne) ne fait pas la révolution (bourgeoise) ce n'est pas qu'elle ne soit pas assez forte pour la réaliser, mais c'est qu'elle ne peut plus la faire, car elle ne correspond plus aux nécessités de capital, comme on l'a vu plus haut. La révolution bourgeoise en U.R.S.S. a été contre la bourgeoisie et a amené la création du capital russe, la révolution bourgeoise en Irlande (comme au Moyen-Orient) ne peut plus se faire, car d'une part, elle est faite dans le Nord de l'Irlande et, d'autre part, la bourgeoisie est une classe finie, en ce qui concerne ces tâches historiques, le capital dominant le monde. Les bolcheviks réalisaient l'histoire, la révolution bourgeoise irlandaise est un pet.

Le retour en flèche du nationalisme catholique, folklorique et archaïque se révèle être de plus en plus une nécessité vitale pour le capitalisme développé. Expliquons-nous : plus l'I.R.A. lutte contre la modernisation du capital irlandais par la bourgeoisie britannique (ou para-britannique), seule modernisation e à la limite » possible, voulant imposer sa modernisation par la réunification de l'Irlande sous sa houlette, ce qui est, par contre, totalement impossible (toute libération nationale étant devenue changement d'un impérialisme pour un autre), plus la situation se détériore, plus la crise s'agrandit, plus la modernisation de l'Irlande se fait lointaine et impossible, ce qui fait exactement le jeu du capitalisme, dans ses intérêts en tant que capitalisme dominant réellement le monde et devant sacrifier l'Irlande en lui refusant sa citoyenneté capitaliste. Ceci montre comment le capitalisme, dans sa phase de développement ultime, se sert de forces sociales et d'idéologies réactionnaires, comme le nationalisme ou la religion (cf : au Moyen-Orient le problème de la Palestine). Et ceci démontre comment l'I.R.A., par exemple, est une force contre-révolutionnaire, car : 1. elle est réactionnaire, comme l'U.V.F. de Craig, mais aussi : 2. elle tente de dévier les luttes radicales du prolétariat catholique, purement négatives du système, (car sans possibilité de réali­sation ou de succès car, à la différence des ouvriers protestants, sans rien à gagner ou à perdre), pour en faire des luttes démo­cratiques, nationales, etc. L'extrémisme catholique est réellement une force contre-révolutionnaire, une des manifestations des intérêts du capital.
 
L'apparition, de plus en plus fréquente, sur la scène mondiale, de forces et d'idéologies archaïques, se manifestant dans des zones retardataires du système, a pour base cette caractéristique fondamentale de la phase ultime du système : sa base même d'existence dans les secteurs retardataires par rapport aux secteurs avancés, les uns et les autres n'étant que les deux aspects complémentaires d'une même réalité sociale. L'archaïsme est la manifestation la plus moderne du capital, dont le contenu, totalement sénile, revient en enfance. La boucle est bouclée. La révolution communiste s'installe lentement et partout où elle s'installe (et elle s'installe partout, car maintenant en 1972, la valeur domine réellement l'ensemble du monde, non pas comme addition de zones toutes au même niveau, mais comme ensemble de relations complémentaires et dialectiques entre des zones différemment développées), elle trouve, outre ses ennemis habituels (le stalinisme, les syndicats, la social-démocratie, etc.) purs produits typiques du capitalisme, des ennemis qui prennent le masque répugnant de l'archaïsme.
 
Nous venons de voir comment la lutte du prolétariat irlandais était une lutte pour le capitalisme, et ceci des deux côtés, mais, également, nous avons vu tout de suite combien cette lutte était minée de contradictions insurmontables. Plus les forces sociales réactionnaires et contre-révolutionnaires s'organisent en Irlande, plus la situation est sans solution, plus l'Irlande est économiquement abandonnée de façon programmée, certaine et inévitable ; et c'est par ce seul moyen que l'Irlande accède à la communauté matérielle du capital, communauté internationale bien entendu ; les luttes sociales qui s'y déroulent deviennent donc des luttes caractéristiques du capitalisme actuel, des luttes prolétariennes, des luttes du mouvement communiste. La valeur en étendant, de façon inversée et contradictoire, son règne par­tout a permis au communisme de s'installer partout, de façon unitaire et convergente. Les luttes qui ont lieu en friande, comme au Moyen-Orient, comme récemment à Madagascar, comme dans le Mezzogiorno, comme au Québec, ont comme caracté­ristiques d'être à la fois des luttes de l'instauration du capitalisme et des luttes de sa fin. Et l'être du prolétaire y est déchiré de cette même façon. Nous allons voir comment.
 
Le prolétaire irlandais, à la fois encore récemment paysan, ou fils de chômeur et chômeur lui-même, nul mieux qu'Engels de l'a défini comme étant cet ouvrier du début du capitalisme, sans réserves, planté dans les villes industrielles modernes, réservoir de main-d’œuvre pour l'Angleterre capitaliste :
 
« 200 000 hommes, et quels hommes ! Des hommes qui n'ont rien à perdre, dont les 3/4 n'ont pas de vêtements entiers sur le corps, authentiques prolétaires et sans-culottes, et en plus des Irlandais, de sauvages, d'indomptables, de fanatiques Gaëls. Il faut les avoir vus pour savoir ce qu'ils sont. Donnez-moi 200 000 Irlandais et je vous fous toute la monarchie anglaise en l'air ! »
 
Mais nous devons aussi le voir comme un prolétaire moderne, pur produit de cette phase capitaliste que nous vivons, et planté dans une zone capitaliste non développée. Examinons deux aspects de cette situation : d'une part, l'importance des non-travailleurs ou chômeurs, dans le prolétariat (catholique surtout) et des bandes de jeunes, caractéristiques du mouvement prolétarien des pays « avancés ».
 
La science ayant remplacé l'homme dans le procès de travail mondial, en Irlande, avant même qu'il ne puisse y entrer, celui-là tend, d'une part à être toujours plus exclu du procès de production et, de ce fait, le chômage de conjoncturel devient structurel, acquerrant une constance plus ou moins importante ; d'autre part, le prolétaire tend à s'exclure de plus en plus de ce procès dont l'existence dominante en tant que procès international de valorisation détruit les bases matérielles de l'idéologie du travail. La critique du travail se manifeste chez les jeunes prolétaires irlandais, comme chez les jeunes prolétaires américains, nés avec ou dans la domination réelle du capital par son refus sous diverses formes : absences régulières au travail2 ou rejet catégorique (facilité par l'impossibilité de travailler pour le jeune prolétaire catholique) qui entraîne l'usage d'expédients comme moyens de subsistance d'où le développement extraor­dinaire en Irlande comme en Europe ou aux U.S.A., de la « délinquance juvénile ». En Irlande comme aux U.S.A., on est passé du stade de la délinquance juvénile au stade de la « barbarie » où les prolétaires se détruisent eux-mêmes. La lutte entre les ouvriers catholiques sans travail et sans « droits » et les ouvriers protestants, recouvre massivement la barbarie des U.S.A. : les meurtriers étant des prolétaires rejetés du procès de travail par l'automation et la programmation de ce procès, étant ainsi les foules de la misère matérielle recréée au stade suprême du capitalisme, celui de l'abondance matérielle, les victimes étant, elles, des prolétaires ayant la chance d'être provisoirement conservés dans le procès de travail comme chair à plus-value. Ce même déchirement entre prolétaires, caracté­ristique de la période de non-lutte contre le capital dans le capitalisme développé, est en même temps annonciateur d'autre chose ; cette négation du prolétariat par le capital est annonciatrice des luttes se menant, en fait, sous cette écorce, et qui sont des luttes communistes, pour la négation du prolétariat par lui-même. Le prolétaire chômeur des Falls rejoint aussi l'ouvrier noir de Watts.
 
Les prolétaires, ainsi ramenés en dehors du procès de production, retrouvent l'existence de marchandise potentielle, base de création du travail salarié, mais contrairement aux chômeurs et au lumpen du XIXeme siècle, ils ne constituent pas un secteur retardé du capital : les chômeurs, victimes au XIX me siècle de la destruction de secteurs précapitalistes, constituaient alors des marchandises potentielles à venir quant à leur pouvoir d'exercice dans le procès de production, avenir même du mode de production capitaliste naissant et devant se développer. Aujourd'hui, en Irlande, ils sont non seulement cela, mais aussi le produit même de ce développement arrivé à son terme. Ils constituent désormais des marchandises sans avenir, ne pouvant et ne voulant plus s'exercer dans le procès de production. Ils sont en même temps l'avancée extrême du système dont, historiquement, ils n'ont pas eu besoin de faire le tour ; en restant une marchandise même plus potentielle.
 
De façon immédiate, ces marchandises ne circulant plus sur le marché spécifique du travail, circulent sur le marché commun à tous les produits : l'espace-temps de la distribution-consommation. Elles se confrontent comme toute autre marchandise et se consomment entre elles : rivalité, émulation, élimination. Sur cette base sont apparues dans les années 55-60 des bandes hié­rarchisées de jeunes prolétaires, « blousons noirs », « rockers », etc., qui s'affrontent entre elles, et dont les membres s'affrontent également au sein de chacune pour le droit au leaderisme, car chaque marchandise et chaque communauté de marchandises n'existent que par différence. Les premières de ces bandes sont apparues dans l'Allemagne des années 30. Ce terrain de circu­lation et de consommation est aussi celui où s'exerce le discours idéologique de la valeur matérialisée dans la marchandise. Ces communautés de jeunes prolétaires vivent totalement cette idéologie et ne vivent qu'elle. Le refus du travail s'accompagne chez eux d'une glorification de la marchandise et d'eux-mêmes en tant que marchandise, produit du système (ils roulent leurs mécaniques et non plus celles du procès de production). Ils existent eux aussi en tant que communauté du capital et leur particularité est de l'être visiblement.


Cependant lorsque ces communautés de prolétaires non travailleurs se révoltent contre l'ordre du capital, elles manifestent un potentiel destructeur qui remet en cause toute la rationalité du système. En effet, vu la place extrême qu'elles y occupent, ces communautés en lutte dévoilent tout le système et l'organisation même de leur existence de marchandises. Par le pillage des magasins de Londonderry, elles critiquent cette existence qui n'a d'au-delà que dans la communauté humaine débarrassée du capital. Telles ont été aux U.S.A., dans les années 65, les révoltes noires dont le potentiel communiste s'est puissamment manifesté.
 
Ainsi, en détruisant les bases matérielles du travail et de son idéologie, en créant des communautés d'intérêts situés au-delà du travail, et donc potentiellement du capital, celui-ci crée son contraire et les bases mêmes de sa négation : le produit et son idéologie ne sont rien si la possibilité et la conscience du travail productif se dissolvent largement.


Ces mouvements de lutte sont inorganisables politiquement, de l'extérieur, par leur caractère purement destructeur, négation potentielle de l'ordre capitaliste. Car ce qui est contenu dans le refus du travail — ou l'impossibilité de l'exercer — c'est la conscience historique du prolétariat qui naît et se développe à partir de la dissolution de l'idéologie du travail et de l'idéologie politique. La conscience historique s'est libérée de son usurpa­teur idéologique : le refus du travail s'accompagne du refus de la « politique ». Ceci est nettement caractéristique des Young Hooligans de Derry par exemple. Cette conscience révolutionnaire est apparue chez les Young Hooligans de Derry et d'Ulster comme passant de sa forme immédiate de conscience destructrice du produit, de tous les produits du système, (cf : J.-P. Carasso, l'interview d'un Hooligan in La Rumeur Irlandaise) à sa forme supérieure de conscience de la nécessité de destruction du système producteur de ces produits. C'est ainsi que les « voyous » de Derry se sont organisés en un mouvement : les Young Hooligans, qui fut au centre des luttes prolétariennes radicales de l'été 69. Mais il est bien évident que cette conscience révolutionnaire ne peut se réaliser au sein même de ces luttes et de leur terrain : l'espace-temps extra-productif ; elle doit pénétrer les lieux de production ou se reproduit l'existence pauvrement marchande de ces communautés. En luttant contre le système, ils se sont peu à peu transformés eux-mêmes et ont cessé de s'affronter entre eux. Le capital crée ses propres fos­soyeurs. (Il faudrait voir aussi le rôle extraordinaire de la communauté des femmes dans la lutte de l'été 1969). On a là un aperçu de la manière dont se forme lentement la commu­nauté humaine dans sa lutte contre le système.


Si nous regardons le schéma historique des événements en friande, nous pouvons y voir deux phases. La première c'est durant l'été et l'automne 69, où la lutte du prolétariat catholique se posait de façon absolument prolétarienne et communiste : tentatives d'occupation et de destruction d'usines, autodéfense ouvrière, organisation collective de la vie des quartiers et essais timides de transformation de la production (pour faire des armes, etc.), lutte armée de masse, organisée par les Young Hooligans et la People's Democracy, correspondant alors à la nécessité du moment.


Mais très vite, par l'impossibilité de déboucher réellement sur autre chose, pour la bonne raison que la situation irlandaise est aussi une situation du début du capitalisme, où donc les luttes prolétariennes sont aussi des luttes d'appoint à la petite et moyenne bourgeoisie (libération nationale d'ailleurs impossible), et que le prolétariat catholique ne pouvait pas avoir accès aux lieux de production industriels où la direction pratique de tout mouvement prolétarien prend sa source ; donc le prolétariat ainsi divisé (les ouvriers de l'industrie étant surtout protestants) par la lutte qui se déroulait, tout retomba dans la boue et la gadoue du nationalisme, des luttes religieuses, inter-prolétariennes, la direction pratique du mouvement tombant ainsi dans les mains de la petite bourgeoisie contre-révolutionnaire, pour amener les tristes événements que l'on sait, depuis deux ans et demi. L'I.R.A. après la défaite et la retombée du mouvement prolétarien, sortit de ses limbes pour faire parler d'elle de la façon la plus abjecte qui soit.
 
Disons quelques mots de l'I.R.A. au passage, pour la définir.


L'I.R.A. est une organisation national-socialiste, car elle identifie le socialisme à la nation, car elle réclame la libération de la « nation », à l'heure où ce n'est même plus progressiste pour le capital, car elle essaie d'identifier le prolétariat à la Nation et à la Religion, non sans succès, car le prolétariat est aussi du capital variable. Elle fixe le prolétariat à son existence de capital, en revendiquant son existence de communauté maté­rielle du capital. L'I.R.A. mythifie le prolétariat catholique en l'empêchant de comprendre la nécessité de retrouver le prolé­tariat protestant dans la même lutte prolétarienne, et non plus « démocratique a ou idéologique. Les revendications démocra­tiques de l'I.R.A. sont les revendications de la Contre-Révolution Organisée en Irlande. En 1972, l'essence de la contre-révolution passe de sa forme autoritaire (issue cependant de la légalité démocratique, cf Hitler ou Mussolini) à sa forme démocratique. ?, Elle exacerbe ainsi les conditions de sa mort, en agrandissant les failles où s'engouffre la société irlandaise et où elle sera poussée, lorsque le prolétariat catholique va de nouveau se lever ; la colère des prolétaires catholiques est de plus en plus aiguë (canalisée par l'I.R.A. pour l'instant) et retrouve la colère de plus en plus aiguë des prolétaires protestants qui voient tous leurs acquits s'écrouler. La jonction est de plus en plus à l'ordre , du jour, entre les prolétaires catholiques et protestants, car c'est contre le même système qu'ils luttent, et l'I.R.A., ou l'U.V.F., n'y pourront alors rien.


L'I.R.A., où voisinent maoïstes, stals du P.C., gauchistes, républicains et extrême-droite (Défense de l'Occident celtique) est le type même de l'organisation anti-prolétarienne d'alliance de classes, exerçant sa barbarie et son terrorisme sur le dos du prolétariat : les bombes tuent aussi bien des ouvriers que des bourgeois, des gosses aussi bien que des adultes, et mêmes des catholiques, de temps à autres ; et même l'I.R.A. qui se terrorise elle-même en se livrant à des querelles meurtrières : l'I.R.A. réalise le capital en faisant de la survie déjà misérable des prolétaires catholiques un enfer d'angoisses et de terreur où la mort emprisonne le sens humain, le livrant aux représailles et aux raids divers des forces de l'armée et de la police. Provisionals, comme officials, cela pue autant la nature inhumaine de l'homme. L'I.R.A. est un racket fasciste. Elle installe sa police, ses tribunaux, son administration, ses impôts et vit sur le prolétariat catholique comme une sangsue. Elle va jusqu'à administrer la justice en couvrant de goudron et de plumes un prolétaire pris en train de voler un petit commerçant. Elle ne peut que prendre parti pour le petit commerce contre le prolétaire. Elle est la représentation politique des couches moyennes refusant la prolétarisation et fait régner sa loi dans l'intérêt international du capital. L'I.R.A. est aussi la représentation politique du prolétariat comme capital. L'I.R.A. est aussi la représentation politique du capital en Irlande.
 
Les révolutionnaires doivent dénoncer ses crimes de la même façon que les crimes de l'armée anglaise ou des fous de Craig. Les révolutionnaires, en Irlande, devraient avoir comme premier objectif la critique pratique de L'I.R.A renouant ainsi avec le prolétariat catholique qui commence à manifester son désaccord de plus en plus évident avec le terrorisme et le racketage de l'I.R.A. (cf. la manifestation de femmes dernièrement). En tout cas, le prolétariat irlandais devra, dans sa lutte, abattre l'I.R.A., ou être abattu par elle, et tant que la victoire finale internationale ne sera arrivée, l'I.R.A. aura toujours ses bases matérielles d'existence.


Notons maintenant trois choses :

La première, que ce sont les mêmes qui encensent en Europe l'I.R.A. et qui font des tribunaux populaires à huis-clos ou publics, qui torturent dans les grottes au nom du peuple (Moussana Foufana), qui défendent le Cid-Unati et les maga­sins du quartier Latin lors d'un pillage, qui détournent et sabotent toutes les luttes en les mythifiant et « les démocratisant », qui soutiennent un juge d'instruction contre un « détraqué sexuel 3. et qui se déchirent et s'entretuent (l'armée rouge unie au Japon). Vous voyez qui ?


2. La deuxième concerne l'incapacité des groupuscules irlandais à sortir de leur impuissance, et surtout leur tendance incroyable à la perte de tout sens critique et d'activité commu­niste. Durant la période de luttes radicales de 69, ils collèrent à la réalité, en animant la collectivité catholique en lutte, en abordant les problèmes du socialisme, de la révolution prolé­tarienne, ce qui faisait qu'au sein de la P.D. ils purent ainsi s'allier les Young Holligans tout ceci faisant disparaître (mais hélas ce n'était que provisoire) l'idéologie populiste, démocratique et léniniste qui les infectait. Ils avaient compris deux choses : que les ouvriers et chômeurs catholiques étaient alors l'avant-garde du mouvement communiste, et qu'il fallait l'unification des prolétaires catholiques et protestants. Mais ils crurent que cette unification se ferait sur les mots d'ordre et les revendications des catholiques, alors que cette unification ne pourra se faire, qu'en dehors, et au-delà, et contre leurs intérêts de prolétaires catholiques et de prolétaires protestants, c'est-à-dire de parties du capital. On ne voit pas l'ouvrier protestant s'unir avec l'ouvrier catholique sur les thèmes de celui-ci, qui ne feraient que lui faire perdre ses maigres avantages de prolétaire non encore exclu du procès de travail. L'ouvrier protestant embrigadé par Paisley défend le prix de sa force de travail, un point c'est tout. L'unification ne se fera entre ouvriers protestants et catholiques qu'en tant que prolétaires niant le système, le prolétariat, et donc la religion. Ce ne sera pas l'addition de catholiques et de protestants mais ils ne seront plus ni catholiques ni protestants, le catholicisme et le protestantisme ayant crevé au fur et à mesure du développement des luttes. La People's Democracy, après la défaite du mouvement de 69, n'eut qu'à suivre sa lamentable dégénérescence, toute l'idéologie refaisant surface : léninisme, catholicisme, populisme, « autogestionnisme », anarchisme, républicanisme ; les sectes se réaffrontèrent, la politique reprit ses droits. Incapable de comprendre que le prolétariat qui suivait l'I.R.A. n'agissait qu'en tant que capital, elle se mit à délirer, mythifiant le prolétariat et le peuple, bref la conscience immé­diate du capital prolétaire, et se mit à la remorque de la vieille I.R.A. d'une façon ahurissante. Les idéologies « Droits Civiques » ont repris du poil de la bête, mais la lutte prolétarienne leur est désormais bien étrangère. Le rôle des révolutionnaires irlandais est bien de montrer inlassablement ce que sont les luttes, où sont les intérêts du prolétariat, aider les communautés protestantes à se défendre contre les raids républicains, les communautés catholiques contre les raids de l'armée et des organistes, lutter contre l'I.R.A. et les forces extrémistes protestantes, présenter constam­ment le communisme dans les conflits où il ne semble guère apparaître, et ainsi favoriser la lutte prolétarienne réelle, qui balaiera tout ce tas de fumier en repartant des lieux de produc­tion où domine pour l'instant l'ouvrier protestant.


3. Est-ce que l'unification se fera ? et la modernisation ? Et qui la fera ? Le capital anglais ? L'I.R.A. ? De toute façon, toutes les solutions sont sans effet, la brèche ne peut être colmatée ; toutes les solutions se feront sur le dos du prolétariat et ne feront qu'aviver sa lutte. La non-unification entraînera de plus en plus le carnage, le terrorisme, la barbarie, sur le dos des prolétaires. L'unification entraînera une sur-exploitation forcenée. Dans les deux cas, la guerre civile ne peut que se transformer en guerre sociale.


Revenons ici sur la caractérisation de la lutte du prolétariat d'Ulster. Cette lutte, de nature double, déchirée, et contradictoire (à la fois typiquement bourgeoise et potentiellement communiste) est de même nature que les luttes qui se déroulent dans un certain nombre de pays qui ne sont ni du Tiers-Monde, ni capitalistes à part entière, dans ces zones qui sont au début du capitalisme et ont encore, théoriquement, leur libération nationale à effectuer, mais qui ne peuvent plus le faire ; le capitalisme moderne uni­versalisé a étendu son règne et, dans ces zones, le prolétariat est donc également le prolétariat moderne. Tous ces prolétaires qui n'entreront jamais dans le procès de travail, car ils en sont déjà exclus, rejoignent également le niveau de lutte des prolétaires américains, par exemple.

Le fait que le capital en Irlande domine aussi de façon développée, empêche les luttes d'être purement bourgeoises, et empêche les forces archaïques pré-capitalistes ou organisatrices de l'accumulation du capital, de se réaliser, et d'atteindre leurs objectifs. C'est ainsi que l'I.R.A. est continuellement heurtée à cette impossibilité de réaliser son programme et de se servir de la force du prolétariat pour ses objectifs capitalistes (dont le capital lui refuse la réalisation), et c'est pour cela qu'il est impossible de réduire les luttes du prolétariat irlandais à des luttes de type libération nationale, bourgeoise, léniniste, etc. Derrière les forces archaïques et contre-révolutionnaires, la lutte subversive et communiste du prolétariat pointe continuellement son nez et bouleverse le rapport de force en imposant des moments de lutte prolétarienne en rupture, comme à Derry et Belfast en 1969, moments durant lesquels les forces sociales archaïques et contre-révolutionnaires perdent pied et disparaissent provisoirement. En 1969, l'I.R.A. n'avait plus aucun pouvoir.
 
C'est pour cela que le schéma tiers-mondiste, léniniste qui assimile le socialisme à la lutte de libération nationale, et le schéma anti-tiers-mondiste, ultra-gauchiste, qui assimile la lutte du prolétariat irlandais uniquement à une lutte de libération nationale, sont aussi inopérants l'un que l'autre. Ces schémas proviennent d'une compréhension du système capitaliste dans une période révolue, durant laquelle le capital dominait encore formellement, et durant laquelle il y avait encore des luttes de libération nationale réelles, au sens de l'accumulation et de la création d'un capital national. Maintenant que ces libérations sont impossibles, et que le capital domine réellement, toutes les zones capitalistes, même peu développées, sont sous sa domination intégrale, et la lutte du prolétariat y est déjà virtuellement communiste.
 
Mais, de ce fait, le prolétariat ne peut arriver en Irlande à imposer sa lutte, et il est continuellement ramené à une lutte de libération nationale et capitaliste. En effet, la révolution communiste ne peut partir que des pays industriellement avancés et ne peut prendre son sens et sa direction que des luttes du prolétariat industriel. Ce qui amène obligatoirement chaque lutte du prolétariat irlandais à se retrouver écrasée militairement par l'Etat ou les forces contre-révolutionnaires qui sont des bases sociales très enracinés dans la situation. Et à chaque fois les forces de libération nationale ou de la démocratie politique comme l'I.R.A. ou l'U.V.F. le réintègrent et le récupèrent dans leur lutte pour le capitalisme. Et de nouveau le prolétariat est réduit à n'être plus qu'une fraction du capital, capital variable en mouvement et en concurrence, d'où les affrontements entre prolétaires catholiques et protestants. Le fait qu'il ne peut toucher la production capitaliste, car elle n'en est qu'au début, le réduit alors, comme en U.R.S.S. en 1917 ou à Cuba en 1956, à n'être qu'une force d'appoint à la petite et moyenne bourgeoisie pour la création ou la continuation de cette production.
 
Mais cette petite et moyenne bourgeoisie sans avenir histo­rique, se retrouve de plus en plus tragiquement impuissante, et de nouveau, inéluctablement, le prolétariat révolutionnaire manifeste sa potentialité communiste en Irlande du Nord.
 
C'est dans ces zones du monde (Irlande, etc.) que les luttes dans l'espace-temps extra-travail (rues, quartiers, logements, mouvements des femmes, insurrection, lutte armée) vont le plus loin, mais ne peuvent s'articuler à la lutte directrice sur les lieux de production, qui existent peu ou mal, au milieu d'une paysannerie pauvre. C'est dire combien, plus le capital domine universellement, plus les relations sont éminemment dialectiques entre les luttes, intemationalement parlant. L'internationalisme devient alors cette dialectique sociale en lutte. En effet, au moment où le monde capitaliste est une seule nation capitaliste, les luttes extra-travail du prolétariat irlandais s'articulent (encore inconsciemment, certes) aux luttes sur les lieux de production qui se déroulent en Grande-Bretagne, aux U.S.A., en Italie du Nord. C'est ce mouvement qui est international. La lutte des prolé­taires irlandais est donc, comprise comme cela, de toute façon, insérée potentiellement dans la lutte prolétarienne internationale. Même si, et il faut le répéter inlassablement, c'est uniquement le prolétariat industriel avancé qui va déclencher et diriger la lutte communiste (et que livrés à eux-mêmes, les prolétaires irlandais ne peuvent rien), le prolétariat d'Ulster pourra rejoindre immédiatement et historiquement à son niveau le plus avancé la révolution prolétarienne communiste lors de son déclenchement, et sa contribution sera directement négatrice du capital et por­teuse du communisme. Les prolétaires irlandais pourront enfin réaliser leurs moments de rupture, toujours écrasés et retournés contre eux, en les intégrant au mouvement réel. Comme c'est uniquement au niveau international que l'Irlande est capitaliste développée, par sa place dans la division internationale, et non au niveau irlandais, le prolétariat irlandais est directement et immédiatement « international » potentiellement.
 
Ce qui est formidable, c'est que le prolétariat irlandais aura l'avantage, lui qui est à la fois du début et déjà de la fin du capitalisme, de ne pas avoir besoin de se débarrasser des forces et idéologies liées au développement du capitalisme, telles que la social-démocratie, les syndicats, les P.C., le gauchisme, mais accédera directement au communisme en affrontant alors direc­tement la contre-révolution (l'I.R.A., l'U.V.F...) qui sera visible parfaitement. Il sera porteur d'une violence et d'une radicalité de classe totalement immunisée et sans entraves.


CONCLUSION


En Irlande du Nord comme ailleurs, les prolétaires luttent contre le capital. Qu'ils soient catholiques ou protestants, c'est bien de la même lutte qu'il s'agit, même si cette lutte commune les fait s'affronter les uns aux autres. Ce n'est pas un paradoxe mais une contradiction qui enferme en elle-même les germes de son dépassement : l'unification de la Classe-négation-pratique-du-Capital. Ce n'est pas un paradoxe pour qui a compris que tout groupe, ou communauté humaine, établi sur la base du capi­talisme n'existe qu'en ayant le même mode d'existence que le capital, c'est-à-dire que ce groupe, ou communauté humaine, s'affronte à un (ou des) groupes ou communautés humaines constitués sur la même base (le capitalisme) et à la totalité. Ce n'est pas un paradoxe pour qui a saisi que le système capitaliste développé fait resurgir, en eux-mêmes, des conflits pré-capita­listes que le capital n'a pas résolus, mais a plus ou moins escamotés durant et par son développement : femmes-hommes, enfants-adultes, catholiques-protestants, juifs-arabes, etc. Cette image de la société se veut une image neutre, où le conflit fondamental et historique (prolétariat-capital) est nié au profit de conflits « non historiques », «naturels », «éternels », (jeunes-vieux, femmes-hommes, conflits religieux, raciaux), mais repose en même temps sur des e,,bases matérielles : l'opposition entre des secteurs concurrents du capital. C'est dire à quel point ces conflits sont en même- temps exacerbations de conflits réels, tout en étant un moyen pour le capital de nier idéologiquement son existence et celle du prolétariat. Et celui-ci, divisé par ces conflits en communautés concurrentes, en exacerbant ces conflits, réalise pratiquement cette négation, car c'est jouer avec le feu que de laisser le prolétariat développer les contradictions du capital jusqu'à en arriver à bouleverser du même coup les bases du système ; mais le système ne peut faire autrement et, en cela, nourrit son propre fossoyeur. C'est sur la base de ces séparations que va se faire l'unification du prolétariat irlandais. Prolétaires catholiques qui se battent pour la hausse du niveau actuel du prix de leur force de travail, et prolétaires protestants qui se battent pour la défense de leur propre niveau actuel en s'affrontant les uns aux autres, développent les bases de leur unification et, du même coup, les bases de la fin des religions catholique ou protestante. Au niveau idéologique et politique, c'est la première fois qu'apparaît une lutte où les deux partenaires sont deux « national-socialismes », et ceci dans le même « État ». Et il est bien évident que le national-socialisme (qu'il soit nazi, maoïste ou chilien) qui est une récupération d'une lutte prolétarienne, n'a de chances de succès que s'il s'oppose à un capi­talisme « étranger » au profit d'un capitalisme t national » or, il ne s'agit ici que du contraire : un national-socialisme contre un autre, deux négations qui s'annulent et révèlent un mou­vement prolétarien encore divisé. Les luttes religieuses et natio­nalistes d'Irlande du Nord ont servi à la bourgeoisie, dans un premier temps, à masquer les luttes entre fractions du capital et à dévier la lutte du prolétariat mais, dans un deuxième temps, elles se retournent contre le capital en faisant se révéler et s'accélérer prodigieusement un mouvement prolétarien encore divisé et mystifié. En Irlande comme ailleurs, le prolétariat, au cours de ses luttes, mêmes mystifiées et gangrénées par la pour­riture religieuse et nationaliste, est en train de se réunifier en classe. Le prolétariat irlandais, au cours de sa lutte qui a retrouvé les formes et le contenu des luttes prolétariennes les plus radicales des « États» capitalistes développés (U.S.A., G.-B., etc.) mettra à bas les idéologies réactionnaires (nationalisme, christianisme) qui l'embrouillent, comme le prolétariat occidental, américain et russe, mettra à bas les idéologies contre-révolutionnaires qui l'encombrent (syndicalisme, stalinisme, so­cial-démocratie, etc.), à la différence qu'il est plus facile de se débarrasser de l'I.R.A. que de la C.G.T. car l'I.R.A., organisation anachronique qui a ses bases d'existence matérielle dans une situation pré-capitaliste, est de peu de poids par rapport à la C.G.T. qui, elle, a sa base d'existence dans le développement même du capitalisme.


Plus le prolétariat irlandais, divisé par le capital en secteurs opposés du capital, nié ainsi par le capital, exacerbe les contradictions du capital, plus il exacerbe la contradiction fondamentale prolétariat-capital, et tend ainsi à reformer l'unité de la classe.


Le prolétariat irlandais devra se défaire de ses organisations telles que l'I.R.A. ou l'U.V.F. Seule la lutte prolétarienne auto­nome peut le faire en se constituant en communauté négatrice du capital, en englobant tous les secteurs capitalisés du prolétariat et des couches moyennes prolétarisées. En période de lutte contre le capital, la classe se reforme. C'est cela le communisme ; c'est ce mouvement qui brise toutes les barrières sur son chemin, et qui réalise (en la retournant) la négation du prolétariat et du travail, par le capital, en abolissant alors le prolétariat et le travail, et donc le capital.


On peut prédire au prolétariat irlandais un développement qualitatif de ses luttes. Les manifestations extérieures en seront difficiles à percevoir, mais le contenu apparaîtra peu à peu comme porteur du nouveau monde, rejoignant alors les dernières luttes du prolétariat des pays développés pour l'abolition du système de classes. La lutte de classe sera de plus en plus consciente d'être porteuse de plus que les intérêts d'une classe, mais des intérêts et des passions de l'humanité prolétarisée.

L'ouvrier ex-protestant de Belfast, le chômeur ex-catholique de Londonderry, et le petit paysan du Donegal, pourront mettre le feu à la prison Montjoy de Dublin et au Donegal Square de Belfast en toute « unité A. Ils seront une des nombreuses sec­tions du parti mondial de la négation, le prolétariat révolutionnaire, et renoueront réellement, en la dépassant historiquement, avec la légende mythique des Gaëls.





Là-bas, comme ici ou ailleurs, halte à la mystification anti-impérialiste !


Halte à la mystification nationaliste ! Guerre civile !


Et donc, guerre à l'I.R.A. !


Le seul problème à l'ordre du jour est le communisme ; les révolutionnaires doivent constamment indiquer leurs positions et dénoncer les aberratikm,s logiques de l'idéologie ; nous devons donc, ici en France, contribuer à la lutte du prolétariat irlandais, non seulement en luttant contre le capital, ici, en France, mais en attaquant partout où nous serons, les manifestations de soutien à l'I.R.A. ou quelque autre force contre-révolutionnaire. Nous devons pour cela, ne pas hésiter à faire e la critique impitoyable de tout ce qui existe, impitoyable également dans le sens que la critique ne recule pas devant les résultats auxquels elle aboutit ni non plus devant un conflit avec les puissances extérieures A. (K Marx, lettre à Ruge, de septembre 1843).


« Rien ne nous empêche de rattacher notre critique à la critique de la politique, et de prendre parti dans la politique, donc de participer à des luttes réelles et de nous identifier à elles. » (Ibid.). « Notre devise sera donc : réforme de la conscience non par des dogmes, mais par l'analyse de la conscience mystique, obscure à elle-même, qu'elle se manifeste dans la religion ou dans la politique... »(ibid.).
 
« Nous pouvons, par conséquent, formuler la tendance de notre revue, en un seul mot : auto-explication (cf ; critique) de notre époque sur ses luttes et ses aspirations. »
 
De Dublin à Londonderry, c'est encore et toujours la guerre sociale qui s'étend sous tous ses déguisements religieux et politiques les plus abjects, et c'est toujours et encore cette vieille guerre sociale qui réaffirme, invariablement, les mouvements, les origines, les moyens et les fins du communisme. Le cycle historique de la révolution sociale est amorcé.
 
La révolution communiste, pour la première fois, est inscrite comme révolution communiste pure, dans l'histoire. Elle n'a plus à remplir un certain nombre de tâches, la socialisation des forces productives, la concentration du travail, l'unification des hommes et le développement de l'automation, tâches qui ont été remplies par le capitalisme moderne ; l'horizon débarrassé de tout ce merdier, elle est virtuellement la révolution communiste intégrale. Le prolétariat n'a plus besoin (et il n'en est plus question) de tenter d'imposer sa dictature sur le monde, par le biais des Conseils ouvriers ou du Parti, mais il n'a plus qu'à se nier, à s'abolir. Et il ne peut rien en deçà. L'émancipation de l'homme est l'émancipation du prolétaire, car l'homme est devenu un prolétaire dans sa totalité. Le prolétariat n'a plus à accomplir de tâche romantique, mais son œuvre humaine.


Quand toutes les conditions internes auront été remplies, le jour de la résurrection humaine sera annoncé par le chant éclatant du coq gaélique, entre autres « Gallinacés ardents »...


J.-Yves BÉRIOU.






Se référer très utilement au n° 2 d'invariance.


Cf. les divers textes parus sur les luttes aux U.S.A. dans « Informations Correspondance Ouvrières ».





L'objet du Blog

Proposer une liste d'ouvrages pour la formation militante et le débat.

Ceci dans une perspective révolutionnaire classiste anticapitaliste et internationaliste, anti-autoritaire.

Nous ne parlerons ici que des ouvrages stimulants et éviterons les marchandises à la mode, le verbiage militant.

Quelques fois les ouvrages seront disponibles en téléchargement au format PDF.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les ouvrages.