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dimanche 6 décembre 2015

LENINE PHILOSOPHE

LENINE PHILOSOPHE
(Lenin als Philosoh, 1938
Lenin as philosopher, 1948)

 Editions révisée (2013) à partir de l'allemand et de l'anglais, notes et présentation par 
Philippe Bourrinet.


AVERTISSEMENT DE L'EDITEUR (2013)

Cette republication du "Lenine philosophe" répond à plusieur soucis :


a ) Établir une édition scientifique qui tienne compte des apports considérables de la seconde édition en anglais, assurée, présentée, et annotée par le philosophe américain Lance Byron Richey en 2003.

b) Réviser, et si nécessaire, retraduire le texte à partir de la version allemande de 1969 établie par le philosophe allemand Alfred Schmidt (1931-2012).

c) Tenir compte des sources russes (en les mettant à jour) de la confrontation Lénine-Pannekoek, et si nécessaire traduire ou retraduire certains passages.

d )  At last but not the least, établir une édition critique et annotée qui tienne compte des réelles avancées dans les débats épistémologiques et scientifiques autour de la philosophie des sciences de la nature depuis 1948 (première version française par Internationalisme, en feuilleton) et 1970 (seconde édition française par Spartacus, René Lefeuvre, Daniel Saint-James et Claude Simon).
e) Répondre au souhait de Pannekoek lui-même en 1938 - celui d'apporter des matériaux de réflexion théorique et politique dans la confrontation entre "léninisme" et "communisme des conseils», en vue de donner  "à la classe ouvrière , la force nécessaire pour accomplir la grande oeuvre de son auto-émancipation".
Pour cela nous avons conservé les contributions toujours fondamentales de Karl Korsch (1938)  et Paul Mattick (1960).

La gauche communiste de France (GCF), qui publia la revue Internationalisme de 1945 à 1952  en contact avec Pannekoek en 1947, a eu le grand courage dans une époque dominée par le
stalinisme de publier en traduction française «Lénine philosophe».

Ce groupe , en dépit de ses discussions avec Pannekoek, restait très marqué par le courant "léniniste" dont provenaient certains de ses membres. Nous donnons en annexe tous les articles d'Internationalisme qui semblent avoir eu pour objet de "démolir" l'«antiléninisme» de Pannekoek, jugé et condamné sans autre forme de procès pour "kautskysme" et assimilé pour les besoins de la polémique au courant de James Burnham, un ancien trotskyste, qui s'était mis au service de l'impérialisme américain.


Nous reproduisons telle quelle la présentation polémique (Revue internationale, 1985) de Mark Chirik, l'ancien leader de la GCF et l'inspirateur direct de ces articles d'Internationalisme. Les lecteurs intéressés par l'archéologie du savoir du courant néo-léniniste  voudront bien juger par eux-mêmes de la pertinence et de l'honnêteté des arguments de leur auteur contre Anton Pannekoek et le communisme des conseils.

Il n'est pas inutile de préciser que la plupart des membres (ou sympathisants) de la GCF, en Serge Bricianer, l'auteur du recueil Pannekoek et les Conseils ouvriers, et Daniel -James ont contribué très largement à rendre vivante la pensée de Pannekoek, que dans cette direction que Maximilien Rubel et Ngo Van oeuvrèrent par la revue Cahiers de discussion pour le socialisme des conseils (1962-1969).

Que cette réédition soit un hommage à tout leur patient travail de réflexion et d'action (Ge-danke und Tat) pour l'auto-émancipation de l'humanité de la servitude actuelle, celle d'un e mondialement destructeur.

Toutes les notes, sauf mention explicite des notes de Pannekoek et d'Internationalisme, sont Nous en assumons la pleine responsabilité.

L'Editeur (Ph.B) juillet 2013.

Ouvrage disponible ici www.left-dis.nl

dimanche 15 novembre 2015

Du terrorisme et de l'État / Gianfranco Sanguinetti (Version PDF)

La théorie et la pratique du terrorisme 
divulguées pour la première fois


Avec une PREFACE à l'édition française. 

Grenoble 1980 

Traduit de l'italien par Jean-François Labrugère et Philippe Rouyau. 



EN TELECHARGEMENT FORMAT PDF


Correspondance entre Champ Libre
et Jean-François Labrugère & Philippe Rouyau
[Éditions Champ Libre, Correspondance. Volume II. Éditions Champ Libre, Paris, novembre 1981]
  
Lettre de Jean-François Labrugère & Philippe Rouyau à Champ Libre
Grenoble, le 13 août 1980

MONSIEUR,

Nous vous écrivons pour vous demander d’éditer le livre de Gianfranco Sanguinetti : Du Terrorisme et de l’État.

Nous n’avons pas l’argent pour faire une seconde édition corrigée et nous ne voulons pas reproduire la première — et là ce n’est pas une question d’argent — qui pour nous a trop de fautes. Celle de Martos (« Le fin mot de l’Hitoire ») ne nous convient pas davantage.

La seconde édition serait donc entièrement recomposée et tirée par un imprimeur mieux équipé que l’Imprimeur de la rue du Loup, à Bordeaux, qui a fait au mieux, mais avec du matériel très vieux.

Sur 1000 exemplaires tirés en mai, il ne nous en reste que 50. Un article du Canard enchaîné du 6 août nous amène plus de 10 commandes par jour. Et en septembre, il en restera peu chez les libraires. Nous vendions le livre 20 francs (P.c.b.) : c’était trop peu ; nous ne sommes pas rentrés dans nos frais. Et les libraires ne paient toujours pas les dépôts.

Pouvez-vous nous répondre rapidement ? Si vous êtes d’accord pour éditer ce livre, nous vous enverrons le texte corrigé au plus vite.

Sincères salutations,

JEAN-FRANÇOIS LABRUGÈRE & PHILIPPE ROUYAU


*

Lettre de Champ Libre à Jean-François Labrugère & Philippe Rouyau
Le 12 septembre 1980

MESSIEURS,

Je vous écris pour répondre à votre lettre du 13 août.

Je connaissais votre édition du livre de Sanguinetti, Du Terrorisme et de l’État, quoique vous n’ayez pas cru utile de m’en faire parvenir un exemplaire lors de sa parution.

Je pense que vous avez fait là un louable travail pour faire connaître la vérité sur une question brûlante, sur laquelle sont entretenues systématiquement des illusions dangereuses. D’autres aussi, heureusement, semblent aller dans la même voie. Quand à l’éventualité d’une republication maintenant par Champ Libre, le fait, par ailleurs réconfortant, que ce texte rencontre un certain succès à la vente, comme vous me l’écrivez, n’a pas ici d’importance. Les Éditions Champ Libre sont entièrement indifférentes à toutes considérations d’ordre économique, qu’il s’agisse de gains ou de pertes. Et c’est bien heureux, étant donné l’état actuel de la diffusion concentrée des livres, de la servitude des journaux, de l’indigence des libraires, du boycott tenté de tous les côtés, etc.

Quoique je dispose depuis quelque temps déjà de votre édition, de celle de Martos et de l’édition originale elle-même, je n’ai pas une suffisante connaissance de l’italien pour savoir quelle pourrait être la meilleure ; et je ne trouve pas le problème suffisamment important pour demander aux personnes de mon entourage qui ont ces connaissances d’y consacrer un moment de leur temps. On lit, certes, dans Libération du 18 août, que la traduction de Martos est meilleure. Mais qui peut croire quelque chose de ce qui est écrit dans un journal dirigé par celui qui, depuis l’assassinat de Baader, est partout appelé, et non sans raisons, July-la-Rousse ?

J’avais d’ailleurs eu connaissance, antérieurement, du manuscrit complet de Remède à tout. La partie qui en fut extraite par l’auteur, et que vous avez traduite, est sans conteste la plus intéressante. Je reconnais que Gianfranco Sanguinetti mérite l’estime pour le courage solitaire dont il a fait preuve, en affirmant en Italie une vérité que tant de forces veulent occulter par tous les moyens. Et je suis content que sa parole soulève bien des échos en France et dans bien d’autres pays, dès aujourd’hui et dans l’avenir.

Mais j’ai publié, en janvier 1976, la première édition étrangère du Véridique Rapport, livre excellent et exemplaire ; naturellement, je ne pouvais envisager de publier, du même auteur, un livre moins fort et moins bon.

Sanguinetti traite « de la théorie et de la pratique du terrorisme pour la première fois développées » en ajoutant nettement que cet écrit permettra de les « lire ici immédiatement, et seulement ici ». Il me semble que la fermeté de Gianfranco Sanguinetti en ce moment n’autorise pas tout à fait un ton aussi glorieux sur cet aspect de la question. J’ai moi-même édité, dès février 1979, un petit livre où quelqu’un d’autre disait déjà toute la vérité que Sanguinetti allait publier en avril de la même année (opuscule qui lui fut immédiatement communiqué, et dont une traduction a paru en Italie dès le mois de mai). De plus, je détiens les photocopies d’une correspondance échangée, au moment même où Moro était détenu, mais encore vivant, entre Sanguinetti et un de ses correspondants étrangers. Ce correspondant le mettait en garde, en lui exposant toute la vérité de l’affaire, et en lui conseillant de la révéler au plus tôt. Sanguinetti répondait, à ce moment-là, en se déclarant résolument sceptique quant à cette version des faits ; ou seulement en faisant semblant de l’être, pour des raisons qui me sont restées obscures. Quand on a perdu des mois avant de vouloir admettre l’évidence il y a quelque chose de malvenu à insister sur son originalité avant-gardiste.

Je trouve donc que, du point de vue des Éditions Champ Libre, les utiles vérités contenues dans Du Terrorisme et de l’État manquent un peu de fraîcheur.

Sincères salutations,

GÉRARD LEBOVICI

P.J. Votre exemplaire en retour.

Copie à Gianfranco Sanguinetti.



jeudi 22 octobre 2015

Produire le consentement / Michael Burawoy

Depuis les années 1930, les sociologues du travail se demandent pourquoi les ouvriers ne travaillent pas plus... Michael Burawoy se demande quant à lui pourquoi les ouvriers travaillent aussi dur, et ce qui les fait consentir à leur propre exploitation.

Pour tenter de répondre à ces questions, il a travaillé près d'une année à la chaîne d'une usine de moteurs de la banlieue de Chicago. Aux antipodes d'une vision patronale de la sociologie du travail, Produire le consentement mêle descriptions ethnographiques et théorie du procès de travail capitaliste. Michael Burawoy y analyse le procès de production comme un jeu dont les travailleurs élaborent eux-mêmes les règles, et montre que cet ensemble de pratiques informelles construisant un espace de travail en partie contrôlé par les ouvriers, loin d'atténuer l'exploitation, la renforce.

Produire le consentement, qui s'est imposé comme un classique de la sociologie du travail depuis sa parution en 1979, n'avait jamais été traduit en français.
Éditions la Ville Brule - 304 pages.

mardi 13 octobre 2015

La pensée Conservatrice / Karl Mannheim

Contributions sociologiques à l’histoire de la pensée politique-historique en Allemagne.  

Karl Mannheim (1893-1947), analysant dans ce joyau de sociologie politique les conditions d’apparition de « la pensée conservatrice », applique aux langages politiques de son temps la méthode introduite par Max Weber à partir de l’histoire du protestantisme : les images du monde et les idéologies résultent d’une « rationalisation » des diverses perceptions du monde propres à telle couche sociale ou à telle époque.

Comme le culte adverse, celui du Progrès, le conservatisme présente donc des caractères spécifiques qui ne sont pas seulement de nature politique. Il touche aussi aux domaines de l’esthétique, de la théologie, des styles de vie, voire de la littérature.

ÉDITIONS DE LA REVUE CONFÉRENCE - 160 pages - Traduit de l’allemand et préfacé par Jean-Luc Evard

vendredi 9 octobre 2015

Malcolm X à Hollywood / Charles Reeve (1993)

Malcolm X à Hollywood 
Sur le film de Spike Lee consacré à Malcolm X.

Hollywood présente aujourd’hui Malcolm X comme "une des figures les plus marquantes de l’histoire et de la politique américaines". Étrange renversement d’attitude de la part de ceux qui, longtemps, n’ont vu dans cet homme que le "terroriste extrémiste", le "symbole de la violence raciale". Pourquoi donc les producteurs ont-ils choisi aujourd’hui de s’occuper de ce militant, laissant de côté Martin Luther King Jr., leader responsable ("responsable vis-à-vis des Blancs !", précisait Malcolm X (1), s’il en est ?
Depuis quelque temps, Hollywood a entrepris de produire des films qui participent à un projet de réinterprétation de l’histoire américaine récente. Il y eut JFK de Oliver Stone, voici maintenant Malcolm X de Spike Lee. Une certaine intention paraît guider cette entreprise. Si l’Amérique est aujourd’hui en crise, c’est parce que des "chances historiques" ont été ratées ; parce que de "grands hommes" furent mal compris en leur temps. Insuffisamment soutenus par le peuple (ignorant par définition), délaissé par les couches éclairées, abandonnés, voire sabordés, par ceux qui étaient proches du pouvoir, ils furent des victimes faciles pour les "forces du mal" (aux contours imprécis). D’où de fâcheuses conséquences sur le destin, naturellement grandiose, de l’Amérique. Une vision bourgeoise de l’histoire, tentée par la dérive élitiste et fascisante du chef sauveur providentiel (2).

Le film de Spike Lee ne s’intègre pas seulement dans ce projet de réécriture simplifié de l’histoire officielle. Il remplit aussi une autre fonction qui lui confère une importance toute particulière. Il apporte une réponse à la demande de la bourgeoisie noire américaine, qui tente de se réapproprier le mouvement noir. "Dans son besoin de vouloir fabriquer une histoire respectable, la bourgeoisie noire essaye de faire passer le mouvement des droits civiques des années soixante pour un simple moment de son ascension sociale" (3). Seulement, la vie politique agitée de Malcolm X constitue un épisode singulièrement complexe de cette période troublée ; et son assassinat témoigne des affrontements entre les divers courants du mouvement noir. Aurait-il été éliminé parce qu’il n’était plus séparatiste-nationaliste ? Ou serait-il devenu encombrant à partir du moment où il était prêt à se montrer plus raisonnable, c’est-à-dire moins radical ? Le moins qu’on puisse dire est que Spike Lee et Hollywood répondent de façon détournée et évasive. Tout d’abord, l’extrémisme et la radicalité de Malcolm X sont complètement assimilés à sa période militante chez les Black Muslims (les musulmans noirs). Ensuite, les raisons profondes de sa rupture avec cette organisation et son évolution politique sont quasiment escamotées. Ceci, alors qu’il s’agit du moment le plus riche et le plus intense du parcours politique de Malcolm X. On apprendra seulement qu’il rentre de La Mecque "transformé" ; qu’il s’est "découvert" Noir américain en faisant du tourisme sur le Nil ; qu’il a renoncé au racisme anti-blanc en priant avec des musulmans blancs aux yeux bleus... C’est essentiel pour Hollywood de souligner combien cette valeur nouvelle de fraternité non-raciste fut issue d’une expérience mystique et non point d’une expérience sociale concrète. On le comprendra aisément : il fallait condamner l’extrémisme religieux et redonner à la religion sa place dans le système des valeurs morales actuelles. Dans la période instable que nous vivons, où la tentation de comportements irrationnels est forte, l’asservissement au religieux est, sans doute, l’aspect le plus pernicieux et réactionnaire du film de Spike Lee.

De son vivant, Malcolm X fut violemment haï par la bourgeoisie noire ; fui par ceux qui préconisaient la voie pacifique de l’intégration et par les rares "individualités" noires qui avaient alors été cooptées par le système. Son assassinat en soulagea plus d’un. Paradoxe de l’époque : Hollywood nous vend aujourd’hui un produit Malcolm X qui est destiné à être consommé (en tout cas aux États-Unis) par cette même bourgeoisie noire dont l’aisance cache mal le désastre humain de la majorité de la communauté noire. Le film de Spike Lee s’ouvre sur quelques images insoutenables de la bande vidéo sur le tabassage de Rodney King ; il aurait aussi bien pu se terminer avec les émeutes de Los Angeles, qui en furent la conséquence directe et qui ont failli mettre le feu à Beverly Hills (1992), quartier bien connu des gens de Hollywood. On verra à la place le père Mandela, en chemise africaine et au pli de pantalon impeccable, faire la leçon à des enfants qui prennent Malcolm X pour Rambo !

En fait, la leçon s’adresse à la bourgeoisie noire et aux Blancs libéraux : vous avez pris cet homme pour un extrémiste alors qu’il était un leader responsable ... du calibre de ceux qui nous manquent aujourd’hui pour contrôler les ghettos ! Le film de Spike Lee met un peu de baume au coeur de tout ce beau monde. Les morts ont toujours raison et Malcolm X peut, dorénavant, faire partie de leur panthéon.

La compréhension de Malcolm X et de ses idées peut être totalement différente pour peu qu’on le place dans le cadre du mouvement social de son époque. La période séparatiste et raciste de Malcolm X, entre 1952 et 1964, fut justement celle qui dérangea le moins le pouvoir américain. Pour les Black Muslims, le racisme était une valeur "naturelle", positive, contre laquelle ils ne luttaient évidemment pas. Ils se considéraient eux-mêmes racistes et ils se battaient pour s’affirmer en tant qu’avant-garde de la race supérieure. De ce point de vue, ils se plaçaient sur le même terrain que les organisations racistes blanches (4) De telles conceptions éloignaient inévitablement les Black Muslims des luttes qui se développaient alors contre la violence raciste et pour les droits civiques. Au moment de sa rupture avec ce parti religieux, Malcolm X l’admet : "Tous ces militants déterminés ont été paralysés par une organisation qui ne prend aucune part active dans aucun combat. Une organisation qui n’est une menace pour personne d’autre qu’elle-même" (5). On peut comprendre que c’est à partir de ce moment que le militant, libéré du carcan du nationalisme noir raciste, se place en opposition ouverte avec le système. C’est alors que Malcolm X a commencé à s’intéresser aux fondements capitalistes du racisme et qu’il s’est radicalisé. "Sa carrière militante était en pleine ascension. Elle ne faisait, à vrai dire, que commencer. L’homme était en pleine mue. Une seconde mue, la première ayant été celle qui, naguère, l’avait arraché à l’existence déréglée de sa jeunesse, à travers l’épreuve purificatrice de la solitude, de la méditation, de la lecture. La seconde mue avait commencé le jour d’automne 1963 où il avait osé rompre avec la secte des Musulmans noirs, où délibérément il avait fait prévaloir la lutte politique sur le charlatanisme religieux et le contre-racisme infantile" (6).

Esprit brillant et vif, attentif aux bouleversements mondiaux de l’après-guerre qui secouaient la domination du capitalisme américain, Malcolm X était également plongé dans les débats contradictoires qui traversaient alors le mouvement noir. Il n’a pas eu le temps de clarifier sa pensée, il n’a pas pu trancher entre ses anciennes conceptions et les nouvelles idées qui l’attiraient et lui semblaient pouvoir redonner un souffle au mouvement noir, en le faisant sortir de l’impasse de séparatisme. D’autant que sa rupture avec les nationalistes religieux et ses désaccords avec les réformistes intégrationnistes faisaient de lui un homme seul, politiquement fragile. Son adhésion passionnée à une vision internationaliste fut influencée par la montée des luttes anti-impérialistes, bien plus que par ses séjours à La Mecque. Malcolm X s’aligna ainsi rapidement sur les positions du tiers-mondisme marxiste-léniniste. Il y recherchait, avant tout, un renforcement du front de lutte contre le système américain. Mais il se préoccupa fort peu de soutenir les nouveaux pouvoirs de classe qui se réclamaient de cette variante marxiste de l’idéologie nationaliste. C’est pourquoi toute tentative pour le présenter aujourd’hui comme un adepte du socialisme étatique relève de la manipulation politique (7).

Il est, par contre, indéniable que, avant son assassinat, Malcolm X se penchait avec intérêt sur la question sociale, qu’il approfondissait sa critique de classe de la société américaine. "Là où il y a du capitalisme, il y a du racisme - remarquait-il - [...] dans ce pays, le système ne peut pas apporter la liberté aux Noirs. C’est impossible dans le cadre du système économique et dans ce système social" (8). L’expérience de sa propre condition sociale a-t-elle pesé dans cette démarche, dans ce réveil politique ? A-t-elle été plus déterminante que la pratique religieuse ? La plupart de ceux qui se sont intéressés à la formation des idées politiques de Malcolm X ont délibérément ignoré ces questions (9). Spike Lee et Hollywood n’ont pas, bien évidemment, innové en la matière ! Pourtant - et à l’inverse de la plupart des autres dirigeants noirs de l’époque - Malcolm X a très bien connu les conditions de vie du prolétariat noir. Pendant la deuxième guerre, encore adolescent, il travailla dans les wagons restaurants ; alors, un des secteurs où les travailleurs noirs étaient particulièrement combatifs et organisés syndicalement. Plus tard, en prison, Malcolm X a connu la dureté des ateliers ouvriers où, souvent, le travail n’était même pas payé. Une fois libéré, il sera ouvrier à la chaîne chez Ford à Détroit, juste le temps de se sentir à nouveau renfermé... On le retrouvera ensuite, au début des années cinquante, docker sur le port de Philadelphie, alors même qu’il organisait dans cette ville une section des Black Muslims. L’écrivain James Baldwin souligna un jour combien le traitement accordé aux Noirs au cours de la guerre avait marqué un tournant dans leur rapport avec la société. "Un certain respect pour l’Amérique s’est alors estompé" (10) La révolte de Malcolm X contre la société américaine a pris une forme politique précisément au cours de ces années. Les valeurs de solidarité, d’égalité et de justice sociales ont mûri dans cette expérience de prolétaire noir ; même si la militance religieuse les a, par la suite, incorporées dans un système de pensée moraliste. L’attrait de Malcolm X pour l’action autonome, le respect des individus, sa méfiance envers les institutions et le pouvoir, l’amèneront finalement à rompre avec la rigidité et l’étouffement sectaire. Autant de traits de caractère qui auraient difficilement pu se forger en vase clos, indépendamment du vécu d’exploitation de classe de l’homme.

Avec Malcolm X la question noir était posée de façon plus radicale. S’il continuait à dire qu’elle ne pouvait pas trouver une solution à l’intérieur du système, il suggérait désormais que l’émancipation des Noirs exploités passait par la transformation de la société américaine. Il ne proposait plus une action séparatiste mais la subversion du système. Ce qui entraînait, pour la première fois chez lui, la reconnaissance de l’existence d’intérêts communs entre tous les exploités, au-delà des séparations raciales : "Je crois qu’il éclatera un conflit entre ceux qui veulent la liberté, la justice et l’égalité pour tous et ceux qui veulent maintenir le système d’exploitation. Je crois qu’il y aura un conflit de ce genre, mais je ne pense pas qu’il sera fondé sur la couleur de la peau" (11). Et, du coup, Malcolm X reviendra également sur ses anciennes conceptions autoritaires de l’organisation et de l’action : "Je suis d’avis que si on donne aux gens une compréhension parfaite de leur situation et de ses causes essentielles, ils créent eux-mêmes leur programme ; quand les gens créent un programme, il y a de l’action. Quand les leaders créent un programme, il n’y a pas d’action" (12). On est loin des principes élitistes d’"éducation politiques" que les Black Muslims inculquaient à leurs militants et qui se réduisaient pour l’essentiel à la soumission aveugle des masses aux chefs. Que Hollywood ait passé sous silence l’adhésion de Malcolm X à des idées plus radicales, voilà qui ne peut étonner que des naïfs endurcis.

De 1910 à 1970, six millions et demi de Noirs quittèrent le sud rural des États-Unis vers les zones urbaines et industrielles du nord et du nord-est ; un des plus grands mouvements de population de la première moitié du siècle. La plupart de ces migrants laissaient derrière eux les plantations de coton du Delta du Mississippi, "libérés" du travail agricole par l’essor de la mécanisation. Ils abandonnaient leur vie économique et sociale traditionnelle et partaient à la recherche d’un monde nouveau. C’est ainsi qu’entre 1910 et 1960, la population noire de Chicago passa de quarante mille à un million et demi de personnes. Le temps d’un voyage dans le train "Illinois Central", et on passait brusquement d’une société régie par des règles héritées de l’esclavagisme à une société structurée selon les lois du capitalisme industriel moderne. C’est l’écho de cette époque (à la fois douloureuse et libératrice) qu’on retrouve dans les blues de Muddy Waters, ainsi que dans les romans du grand écrivain noir Richard Wright. Si dans un premier temps les nouveaux arrivants furent rapidement absorbés dans le prolétariat urbain et industriel, vers la fin des années cinquante le ralentissement de l’industrialisation et la dégradation du marché du travail opposèrent ceux déjà "installés" à ceux qui tentaient de le faire. Les formes d’exclusion et de marginalisation s’accentuèrent. La situation devînt peu à peu explosive, surtout sur les questions de logement. Les nouveaux thèmes du blues de Chicago en témoignent : on vivait des Tough times (des temps difficiles), comme le chantait John Brim.

Ce fut à cette époque que la secte des Black Muslims (les Musulmans noirs) de Elijah Muhammad s’est créée et s’est développée, au point de devenir, dans les années quarante, une des plus puissantes organisations dans la communauté noire de Détroit et de Chicago. C’est en 1952 que Malcolm X y adhéra. Ce parti religieux prêchait une curieuse théologie : Dieu est noir et les Blancs sont des créatures du diable, qui ont pris possession de la terre provisoirement (il va de soi !). En attendant le "Grand soir" et la reconquête de la planète par la race élue, les cadres des Black Muslims devaient soumettre les fidèles à une stricte discipline, afin de mieux leur extorquer les fonds nécessaires au financement d’un petit capitalisme privé dans les quartiers noirs (commerces et immobiliers). Accessoirement, et sans trop d’enthousiasme, ils devaient préparer les masses à un éventuel retour en Afrique...

La Nation de l’Islam (nom de l’organisation prophétique qui regroupait les fidèles) recrutait essentiellement parmi les jeunes Noirs qui arrivaient du sud rural, et qui éprouvaient de croissantes difficultés à s’intégrer dans une communauté déjà structurée par des relations industrielles. Communauté où, de surcroît, les liens religieux traditionnels s’effrichaient au profit des nouvelles solidarités engendrées par la condition prolétaire : syndicats et associations de quartier.

La mythologie d’un Dieu noir et de la race noire pure, les aspirations sécessionnistes, la fantaisie du "retour en Afrique" ou le projet d’un capitalisme noir n’étaient pourtant pas des idées nouvelles. Elles circulaient dans la communauté noire (surtout parmi ses éléments les plus cultivés) depuis la fin du XVIII ème siècle, avant même l’abolition de l’esclavage dans les Etats de l’Est (1777-1784). Dans les années vingt de ce siècle, Marcus Garvey organisa à Harlem (New York), un large mouvement de masse autour de ces idées, qui entraîna des millions de personnes. Mais, discrédité par de sombres affaires de corruption (comme plus tard les Black Muslims), son parti religieux s’est rapidement décomposé. L’idée séparatiste de Garvey fut, peu de temps après, reprise de façon inattendue, par un protagoniste alors fort actif sur la scène politique nord-américaine : le Parti communiste. Entre 1929 et 1934, celui-ci adaptera la ligne de la IIIème Internationale stalinienne sur la "question nationale" à la situation des Noirs en proposant la création d’un État noir indépendant dans le sud du pays ! Position d’autant plus étrange que le Parti communiste comptait à l’époque pour beaucoup dans la vie des quartiers noirs et dans l’activité syndicale des travailleurs noirs. Pendant les années de la grande dépression, le parti était bien implanté dans les quartiers noirs des grandes villes industrielles. A Chicago, le grand journal noir Chicago Defender était même très proche des positions communistes. Mais, une fois de plus, la proposition de séparatisme se révéla être une récupération politique d’aspirations populaires confuses. Au cours de la deuxième guerre et au nom de l’alliance sacrée antifasciste, le Parti communiste s’engagea ouvertement pour la défense du système américain et pour les sacrifices nécessaires à sa consolidation. Il n’hésita pas à soutenir l’action de la police dans la repression des émeutes de Détroit et de Harlem, en 1943. Ces pratiques dévoilèrent son mépris pour les révoltes noires et éloignèrent de l’action politique bon nombre de Noirs militants. L’activisme des groupes religieux, tels que les Black Muslims, en sortit renforcé.

Daniel Guérin, un de rares libertaires qui s’intéressa, en France, à la richesse du mouvement social nord-américain, avait bien compris les aspects contradictoires du séparatisme noir (13). Tout en reconnaissant que "la ségrégation confère à la minorité noire aux États-Unis une conscience de "race" - se développant parfois en chauvinisme", Guérin expliquait : "Cette conscience de race se manifeste souvent par la hantise de s’évader du ghetto, et de trouver quelque part un refuge" (14). En somme : le séparatisme est une manifestation de désespoir et de défaitisme devant la force du racisme dans la société. Elle est l’expression d’un désir de fuite devant l’impossibilité d’intégration.

Le séparatisme sécessionniste tardif prôné par les Black Muslims faisait largement appel aux frustrations des Noirs qui découvraient que le racisme avait survécu à la fin des relations sociales rurales nées de l’esclavagisme. Il était devenu une composante vivace et essentielle du capitalisme industriel et de la vie dans les grandes métropoles. Ceci étant, l’idée d’un retour en Afrique apparaissait à la majorité comme une fantaisie irréalisable. La plupart des militants puisaient dans le courant pan-africain des éléments de fierté ; d’autres, par contre, y voyaient une tactique dont le but était de les éloigner de la lutte pour l’égalité sociale à l’intérieur de la société américaine. Pour reprendre une plaisanterie qui avait cours parmi les Noirs qui quittaient le Delta dans les années trente : "Les Blancs souhaitaient notre départ en Afrique ; pour nous, Chicago était suffisamment proche !" (15).

Comment coordonner les valeurs d’une conscience de classe tardive avec celles de la lutte contre l’oppression raciale ? De par son histoire même, le prolétariat noir nord-américain a toujours eu des difficultés à affronter cette contradiction. Cela entraîna un sentiment explosif, oscillant entre le "rêve" du nationalisme séparatiste et l’"instinct radical" dont parlait Guérin. "Au fond d’elles- mêmes [les masses noires] voudraient bien, elles aussi, s’intégrer dans la société américaine. [...] mais elles sentent que cette intégration ne pourrait s’effectuer que par une opération chirurgicale." C’est pourquoi "elles restent les adversaires irréconciliables du monde blanc" [Daniel Guérin, op. cit.]. L’originalité de Malcolm X fut, justement, de réussir à dépasser le "rêve" de sécession en tant que moment de désespoir et d’impuissance. Il parvint à rompre avec ce courant réactionnaire et à poser la question noire en termes d’"opération chirurgicale". D’où son opposition irréductible aux défenseurs des voies non violentes : Martin Luther King Jr., en particulier. Malcolm X voyait la violence raciale comme une composante constitutive du système américain et il considérait donc la non violence comme une attitude irrationnelle. Jusqu’à la fin, il reviendra inlassablement sur cette différence. Elle constitua, indiscutablement, l’aspect de sa pensée qui influença le plus les courants radicaux des années soixante et soixante-dix. Le Black Panthers Party (le Parti des Panthères Noires) deviendra le plus connu de tous. Aujourd’hui, Malcolm X reste une référence incontournable pour ceux qui, dans les ghettos, cherchent à renouer avec une opposition au système. Il représente le respect de soi-même et la dignité ; la volonté de lutte contre la soumission et la fatalité.

Si l’idéologie nationaliste des Black Muslims ne pouvait pas, dans le passé, apporter une réponse à l’émancipation des Noirs, elle semble encore plus inadaptée aujourd’hui au salut des classes pauvres noires. La crise actuelle du capitalisme et l’interruption brutale de l’intégration des Noirs dans le prolétariat industriel, n’a fait que rendre encore plus insoluble le problème noir dans le cadre de la société américaine. De l’esclavage à l’exclusion destructrice, en passant par une courte période intermédiaire de prolétarisation, voilà résumé en une phrase le cycle tragique de l’histoire du peuple noir américain. Pour les Noirs qui vivent, depuis maintenant deux ou trois générations, dans les ghettos des grandes métropoles, l’idée séparatiste classique ne peut plus être perçue comme une proposition d’évasion ou de rêve. Il leur faut désormais résister, sur place, à la destruction programmée par le système ! Compte tenu de l’état sinistré des communautés pauvres et de la répression qui s’abat sur elles, la seule revendication des nationalistes noirs qui peut encore entretenir des illusions est celle de la création d’un petit capitalisme noir... C’est en tout cas, un projet que caresse avec espoir l’élite noire à l’intention de "ses" pauvres (16). Dans un océan de misère et d’injustice sociale, le petit commerce est l’ersatz du rêve américain dans les ghettos. Bien sûr, la classe dirigeante américaine regarde tout cela avec intérêt. L’explosion de Los Angeles en 1992 étant venue, entretemps, rappeler les conséquences que pouvait avoir la trop grande désagrégation sociale. Bloquée dans son ascension à l’intérieur de la société blanche américaine, la classe moyenne noire se trouve piégée. Par la force des circonstances elle est poussée à revenir dans des quartiers qu’elle avait fui (17). Pour sa survie et au nom de la solidarité raciale, elle doit y imposer un ordre respectueux des rapports de classe. Un nouveau projet séparatiste est ainsi remis au goût du jour et est présenté comme la dernière opportunité d’intégration de tous les Noirs. Vu sous cet angle le travail d’Hollywood sur Malcolm X apparaît encore plus insidieux.

S’adressant un jour à ceux qui le critiquaient, Malcolm X aurait dit : "Bien sûr que je suis extrémiste ! Montrez-moi un Noir américain qui n’est pas extrémiste et je vous montrerai quelqu’un qui est mal dans sa peau !" Les conditions de survie du peuple noir pauvre étant ce qu’elles sont, la bourgeoisie noire n’a pas fini de se sentir mal à l’aise. Et Spike Lee avec eux ! Au-delà des différences et des désaccords (et ils sont nombreux), c’est sur ce terrain de l’insoumission à l’ordre capitaliste que Malcolm X nous rejoint et que sa vie de lutte nous interpelle.

Charles Reeve

 Edité en brochure par Ab irato, février 1994.

(1) Discours de Malcolm X, Rochester, N. Y., 16 février 1965, in Malcolm X, derniers discours, éditions Dagorno, Paris,1993.

(2) Il y a, dans le film de Spike Lee, une scène qui illustre bien ce qui vient d’être dit. A la tête de son parti religieux, Malcolm X parvient à encadrer et à canaliser une révolte contre des exactions policières. Message clair à l’intention du présent : de la nécessité des chefs crédibles en cas de coup dur !

(3)Voyageurs au bord d’une Amérique en crise, Sylvie Deneuve et Charles Reeve, Traffic éditions, Paris, 1992.

(4) D’après Malcolm X lui-même, les Black Muslims auraient eu, en 1960, des entretiens secrets avec le Ku Klux Klan dans le but de mettre sur pied un projet de création d’un territoire noir dans le sud des Etats-Unis. Ceci afin de "rendre le programme séparatiste plus crédible aux yeux des Nègres, avec l’espoir que cela diminuerait la pression exercée sur les Blancs par les intégrationnistes." (Discours, Harlem, N.Y., 15 février 1965, op.cit.). Une semaine après avoir fait ces révélations, Malcolm X fut assassiné.

(5) Discours du 15 février 1965, op. cit.

(6) "Ils ont tué Malcolm X", Daniel Guérin, Présence Africaine, ndeg.62, Paris, 1967.

(7) Après sa mort, Malcolm X fut souvent présenté par diverses organisations trotskystes comme étant proche des idées socialistes.

(8) Propos d’un débat en 1965, cité par The Nation, 22 février 1993.

(9) Une remarquable exception : "The transgression of a laborer : Malcolm X in the wilderness of America" de Ferruccio Gambino, Radical Historical Review, New York, 1993 Je reprends ici une partie de l’argumentation de l’auteur.

(10) Cité par Ferruccio Gambino, Ibid.

(11) Malcolm X, Le pouvoir noir, L’Harmattan, Paris, 1993 (réédition).

 (12) Ibid.

(13) Où va le peuple américain, Daniel Guérin, Paris, Julliard, 1951.

(14) Ibid.

(15) Voir le livre de Nicholas Lemann, The promised land, New York, Vintage Book, 1992 : récit passionnant de la migration des Noirs ; du sud rural vers le nord industriel.

(16) Cette idée est sous-jacente dans les films de Spike Lee.
(17) La régulation du marché immobilier américain renforce la ségrégation raciale. Au-dessus de 8% de Noirs dans les banlieues des classes moyennes, les prix baissent et les Blancs déménagent. Des aides financières sont proposées aujourd’hui à la classe moyenne noire pour se réinstaller dans les quartiers défavorisés ("Back to the ghetto ?", The Economist, Londres, 10 juillet 1993).

jeudi 24 septembre 2015

La Main gauche de la nuit / Ursula Le Guin


Sur Gethen, la planète glacée que les premiers hommes ont baptisée Hiver, il n'y a ni hommes ni femmes, seulement des êtres humains. Des androgynes qui, dans certaines circonstances, adoptent les caractères de l'un ou l'autre sexe.
 
Les sociétés nombreuses qui se partagent Gethen portent toutes la marque de cette indifférenciation sexuelle. L'Envoyé venu de la Terre, qui passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, parviendra-t-il à leur faire entendre le message de l'Ekumen ?

 Le Livre de Poche ou chez différents éditeurs.

mardi 22 septembre 2015

Les Usages de la coutume / Edward P. Thompson (Vient de paraître)

 Traditions et résistances populaires en Angleterre (XVIIe-XIXe siècle) 


Les Usages de la coutume propose la traduction en français de Customs in Common, ouvrage dans lequel l’historien britannique Edward P. Thompson avait rassemblé en 1991 ses articles majeurs. Tous ont marqué la réflexion historiographique depuis près de cinq décennies. À l’aide de notions comme l’histoire vue d’en bas, l’agency, l’économie morale ou la discipline du travail industriel, Thompson, à partir du cas anglais, y analyse les transformations des sociétés européennes entre le XVIIe et le XIXe siècle. Dans une société travaillée par le paternalisme de la noblesse, les tensions sur le marché des subsistances, la privatisation des biens communs ou l’impossibilité du divorce, Thompson scrute les luttes des hommes et des femmes du peuple pour conserver leur place et leurs droits, batailles dont il n’a cessé de rappeler l’actualité. La défense de la coutume y apparaît alors comme le principal moyen pour s’opposer aux réformes qui ouvrent la voie à la société libérale.
« Hautes Études » est une collection de l’École des hautes études en sciences sociales, des Éditions Gallimard et des Éditions du Seuil.  2015- 704 pages - Traduit par Jean Boutier, Arundhati Virmani.

samedi 19 septembre 2015

PORTUGAL - L'Autre Combat. Classes et Conflits dans la Société - 1975 - (PDF)



Le fascisme portugais: ses caractères, sa base sociale, les raisons de son effondrement. Le poids de la situation coloniale et le rôle joué par les mouvements nationalistes africains. Le MFA, sa nature, ses objectifs: quelle leçon tirer du rôle de l'armée dans la crise portugaise? Les origines et les expériences du mouvement ouvrier au Portugal? Les suites du 25 avril dans les usines et les chantiers. L'attitude des organisations politiques, du PC, de l'armée et de la bourgeoisie face à un mouvement social sans précédent. Qu'est-ce que le pouvoir de la gauche vis-à-vis des travailleurs en lutte?


 

 PORTUGAL
 - 
 L'Autre Combat. Classes et Conflits dans la Société

F. Avila, C. Ferreira, B. Lory, C. Orsoni, Charles Reeve.


Paris : Spartacus, 1975 [mai-juin]. — 220 p. (Spartacus. Série B ; 61)

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TABLE DES MATIERES

CLASSES ET CONFLITS DANS LA SOCIETE PORTUGAISE


LA FIN D'UN RÉGIME
La crise de la société portugaise .
Les origines du MFA et le coup d'Etat du 25 Avril 1974 .
Force et faiblesse du Mouvement des Forces Armées

RÉFORMISME ET ANTIFASCISME
Le besoin capitaliste de briser le carcan corporatiste .
Les inquiétudes de la bourgeoisie .

LE MOUVEMENT OUVRIER ET SES ORIGINES
La naissance d'une nouvelle classe de producteurs .
Les mouvements de grève de 1968-70
La condition ouvrière dans les secteurs retardataires
Le mouvement ouvrier après le 25 Avril, organisation et dynamique
face à la résistance du Capital .

LES COMMISSIONS DE TRAVAILLEURS APPARAISSENT
La campagne anti-grève du PC
La grève des Postes (Juin 1974) et le rôle du PC
L'épreuve de force 68

AUTONOMIE OUVRIÈRE CONTRE POUVOIR SYNDICAL
L'illusion du « syndicalisme de base »

SOLIDARITÉ DE CLASSE ET CRITIQUE DE «L'INTÉRÊT GÉNÉRAL »
Maoïsme et projet révolutionnaire
La bourgeoisie et la stratégie du PCP
Les conflits inter-capitalistes
Le projet anti-monopoliste du PCP

QUESTION COLONIALE ET QUESTION NATIONALE.
Le destin des organisations nationalistes
L'effondrement des anciens rapports coloniaux
Les origines des mouvements nationalistes .
Indépendance nationale et solidarité prolétarienne
« Avec le capitalisme surgira le combat contre le capitalisme »

CONCLUSION

POSTFACE

CHRONOLOGIE

UNE LUTTE EXEMPLAIRE

Les travailleurs de la TAP face au PCP et à l'armée « démocratique »

DOCUMENTS

TEXTES POLITIQUES

Le Mouvement des Forces Armées et la Nation
Discours de Alvaro Cunhal
Le contingent contre la guerre .
Petites perles de la « nouvelle démocratie »

TEXTES DU MOUVEMENT OUVRIER 
Questions d'organisation - les nouveaux syndicalistes
Les organisations de lutte
La solidarité et les liaisons inter-entreprises

NOUVELLES FORMES D'ACTION

LE RÔLE DU PARTI COMMUNISTE ET LA RÉACTION OUVRIÈRE 

Discussion politique

CE QUI A CHANGÉ 

ELÉMENTS POUR UNE HISTOIRE DU MOUVEMENT OUVRIER PORTUGAIS ET DE
SA TENDANCE SYNDICALISTE-RÉVOLUTIONNAIRE AU DÉBUT DU SIÈCLE 





samedi 5 septembre 2015

L'Anarchisme d'Etat - La Commune de Barcelone



Espagne
1936, l'espoir !!

Mai 1937, la Commune de Barcelone écrasée par la
bourgeoisie du Front populaire !

Nous ne prétendons pas, dans ce livre, donner des réponses aux nombreuses questions que le passé nous a laissées. Nous espérons toutefois relancer la discussion autour des questions de la prise du pouvoir par la classe ouvrière et du contenu du socialisme après la révolution. Les 17 et 19 juillet 1936, pour contrer le coup d'État franquiste, les prolétaires se saisissent eux-mêmes des armes dans les casernes et les arsenaux. Ils se défendent à Barcelone, à Madrid, dans le nord de l'Espagne, en Aragon, au Levant, en Estrémadure et en Andalousie et conquièrent ainsi le pouvoir de leurs propres mains. Le gouvernement de la République les avait trahis et avait refusé de leur fournir les armes. Une fois victorieux, les travailleurs se trouvent aux côtes de la CNT, maîtres du pouvoir. Ils étaient organisés par cette dernière depuis de très nombreuses années.
Aujourd'hui, de nombreux militants ignorent que les instances dirigeantes de la CNT et de l'AIT justifièrent théoriquement et politiquement leur collaboration avec la bourgeoisie antifranquiste et les staliniens. Les explications cyniques d'Helmut Rüdiger offrent un témoignage saisissant et très actuel sur la façon dont des révolutionnaires décident de tourner leur veste, en arguant toujours de la prétendue « arriération » des prolétaires et de « conditions nationales spécifiques » qui empêchent de mener à bout la révolution sociale.

Ce livre présente plusieurs documents pour mieux comprendre les enjeux de l'anarchisme d'Etat autour du « rapport secret » d'Helmut Rüdiger, document rédigé pour la CNT à l'occasion du congrès de la FAI de 1937 et qui fut finalement traduit et publié en Espagne :
-  une introduction d'Agustín Guillamón,
-  une contribution d'Agustín Guillamón sur Les Amis de Durruti en France,
-  et un témoignage de Hugo Oehler sur l'insurrection de Barcelone en mai 1937.

Editions Ni patrie ni Frontière 183p. 10€

vendredi 4 septembre 2015

Les situationnistes : Une avant-garde totale (1950-1972) / Eric Brun

  Les situationnistes : Une avant-garde totale (1950-1972)

"D'autre part, les gardes-fous envisagés par L'IS à propos de l'apparition de nouvelles formes d'aliénation dans la lutte pour la désaliénation (et qui révèlent notamment de son plaidoyer pour les "conseils" ), peuvent apparaitre insuffisant. Dépositaires des conceptions associés à l'art de vivre "bohème" les situationnistes poursuivent une opération de légitimation / universalisation d'une conception particulière de la vie qui mérite d'être vécue: le renouvellement permanent (l'oubli, la passion, l'aventure) , la gratuité (pensée à le travers le thème du jeu), la création active (par opposition à la consommation passive). Situés socialement et historiquement , de tels schèmes de classement mis en œuvre pour évaluer les styles de vie ne peuvent être partagés universellement sans produire des effets de domination symbolique, tant que les dispositions individuelles et collectives à se conformer à des styles de vies, ou à intervenir dans de telles luttes de style, restent inégalement distribuées. C'est pourquoi le discours situationniste à propos de la médiocrité des modes de vies habituels, qui se veut foncièrement libérateur, peut également fonder des jugements d'autorité et de mépris, des classements et des distinctions hiérarchiques de la plus ou moins parfaite "humanité" des humains . C’est le cas à chaque fois qu’il revient à dissimuler les ressources sociales au principes de la distinction entre véritables créateurs et simples spectateurs de leur vie. C’est-à-dire qu’il convient de ne pas négliger la question des conditions sociales d’un accès égal aux profits symboliques de l’universel."  p.435.

Editions du CNRS 454p. 

Note Botancia : Par ses aspects sociologiques l'étude nous a rappelé l'ouvrage de Philippe Gottraux ( Socialisme ou Barbarie. Un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre) édité en 1997 chez Payot . (hélas épuisé).

dimanche 12 juillet 2015

Planète à gogos / Frederik Pohl - Cyril M. Kornbluth

La politique, qu'est ce que c'est ? Il y a bien longtemps que la Terre n'est plus gouvernée par les politiciens mais par les publicitaires. A coups d'annonces directes sur la rétine ou de pin-up en trois dimensions qui vous susurrent des slogans à l'oreille. Et qu'importe si notre planète est polluée jusqu'à l'os ! La nature nous aurait-elle donné l'intelligence de synthétiser l'acide ascorbique si elle tenait à nous voir manger des fruits frais ? Seul problème : l'espace. Où loger les consommateurs nécessaires ? Sur Vénus ! Il suffit de les persuader que l'existence y est délicieuse. Ce à quoi s'emploie Mitchell Courtenay. Jusqu'au jour où une agence rivale tente de l'éliminer (ce qui est illégal sans notification de meurtre préalable). De quoi le faire passer avec armes et bagages dans le camp des conservationnistes. 

Résumé

" Dans un monde largement surpeuplé, les entreprises ont pris la place des gouvernements et détiennent maintenant tous les pouvoirs politiques. Les États n'existent que pour assurer la survie des grandes sociétés trans-nationales. La publicité est devenue extrêmement agressive et est, de loin, la profession la mieux rémunérée. Grâce à la publicité, le public est constamment dupé dans la croyance que la qualité de vie est améliorée par tous les produits mis sur le marché. Certains de ces produits contiennent des substances addictives conçues pour rendre les consommateurs dépendants. Cependant, les éléments les plus fondamentaux de la vie sont extrêmement rares, y compris l'eau et le carburant. Les moyens de transport personnels sont actionnés par pédales, les rickshaw étant considérés comme un luxe. La planète Vénus vient d'être visitée et jugée apte à l'établissement d'humains, en dépit de sa surface inhospitalière et du climat, les colons devront endurer un climat rude pendant de nombreuses générations jusqu'à ce que la planète puisse être terraformée.

Le protagoniste, Mitch Courtenay, est un rédacteur vedette de l'agence de publicité Schocken Fowler qui est chargé de la campagne publicitaire pour attirer les colons pour Vénus. Mais ce qui arrive le dépasse. Cela devient vite un conte de mystère et d'intrigue, dans laquelle la plupart des personnages ne sont pas ce qu'ils semblent être, et la loyauté et la vie de Mitch change radicalement au cours de la narration."

Chez Gallimard ou Denoel. (Neuf ou occasion)

samedi 11 juillet 2015

Pannekoek et les conseils ouvriers


Textes présentés et rassemblés par Serge BRICIANER

Anton Pannekoek ? Un nom qui évoque en général des souvenirs de lecture plutôt vagues : on se rappelle l'avoir vu loué dans l'Etat et la Révolution de Lénine et voué aux gémonies trois ans plus tard, dans la Maladie infantile du communisme. Un nom aussi qui depuis a sombré dans l'oubli, en même temps que, dans les pays développés, le spectre de la révolution violente cessait presque de hanter les cauchemars des exploiteurs comme les rêves des exploités.

"L'importance du passé, disait Pannekoek, précisément, tient en ce qu'il permet de tirer des leçons de nature à éclairer l'avenir." Or l'œuvre entière du marxiste de Hollande est étroitement liée aux tentatives de jeter les bases d'un monde nouveau qui se firent jour pendant le premier quart de ce siècle. Elle en constitue un prolongement théorique et, par voie de conséquence, anticipe une évolution dont les Journées de mai 68 notamment ont mis en lumière la lente émergence.

Ce recueil anthologique se présente donc comme une contribution à l'histoire de la naissance et du développement de l'idée des Conseils ouvriers. Et la rébellion ouvrière, la grève sauvage face à toutes les autorités constituées, prend ici son sens de première étape dans l'apparition d'une mentalité et d'une forme d'organisation sociale nouvelles.

Voici enfin la révélation d'une pensée inconnue, qui doit tout à la réflexion rigoureuse et aux plus hauts moments de l'expérience historique, rien à l'exégèse, au camouflage de l'oppression à l'aide d'idées mortes.


Anton Pannekoek (1873-1960)

PREMIÈRE PARTIE

CRITIQUE DU SOCIALISME CLASSIQUE
La social-démocratie allemande
Les divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier

DEUXIÈME PARTIE

LE NOUVEL ESPRIT COMMUNISTE
La polémique Kautsky-Pannekoek
La guerre mondiale et le mouvement ouvrier
Soviets russes et raete allemands
Social-démocratie et communisme

TROISIÈME PARTIE

CRITIQUE DU SOCIALISME RADICAL
La scission du communisme européen
Révolution mondiale et tactique communiste
Communisme et libération nationale
L'état groupusculaire
De la révolution russe

QUATRIÈME PARTIE

L'IDÉE DES CONSEILS

Parti et classe ouvrière
Principes d'organisation
L'action directe dans les sociétés contemporaines
La production et la distribution dans le monde nouveau

TABLE DES ABRÉVIATIONS
INDEX

Editions EDI - 310 pages.
 


mercredi 1 juillet 2015

Spartacus / Jean-Paul Brisson

Comment un auxiliaire thrace de l'armée romaine, déserteur repris et vendu comme gladiateur, a-t-il pu ébranler le pouvoir de Rome au point qu'il a fallu deux ans de guerre pour venir à bout des insurgés qu'il conduisait ? 

Cet homme dont on ne sait rien, à part le nom - Spartacus - et la province d'origine, a mené à la victoire des dizaines de milliers d'esclaves avant de mourir vaincu, en 71 avant J-C. Au fil du temps, cette équipée héroïque et brutale est devenue épopée. 

Les hommes des Lumières ont célébré le gladiateur en héros de la liberté. Son sort tragique a inspiré la littérature et le cinéma, les politiques en ont fait le défenseur des opprimés. 

Avec ce livre, Jean-Paul Brisson nous permet de comprendre pourquoi un homme révolté contre le sort réservé aux esclaves par une Rome toute puissante a mis la péninsule à feu et à sang.

Editions CNRS (Poche) 287p. 10€





vendredi 12 juin 2015

La fausse conscience / Joseph GABEL

ESSAI SUR LA REIFICATION

Systématiquement négligée par le marxisme dogmatique, la théorie de la fausse conscience constitue peut-être le chapitre le plus actuel de la pensée marxiste. Dans ses écrits de jeunesse consacrés à l'aliénation du travail humain, Marx a décrit un certain nombre des mécanismes que les psychopathologistes redécouvriront dans leurs recherches portant sur les différents aspects de la conscience morbide.

L'originalité de cette étude réside dans l'utilisation des enseignements de la psychopathologie des états schizophréniques pour une interprétation neuve du problème de la fausse conscience, Elle essaie de mettre en évidence le rôle que jouent la réification et la déchéance corrélative de la qualité dialectique de l'existence et de lit conscience, dans les formes individuelles et collectives de l'aliénation.

Dans la mesure où l'on peut définir la pathologie mentale comme une "pathologie de la liberté" la pensée dialectique apparaît comme l'instrument par excellence de toute désaliénation, comme une véritable logique de la liberté,

Editions de Minuit coll. "Arguments" 273p.

mardi 9 juin 2015

Sociologie du parti dans la démocratie moderne / Robert Michels

Sociologie du parti dans la démocratie moderne est, depuis 1911, un classique de la sociologie politique. Traduit ici pour la première fois dans son intégralité, il demeure le maître ouvrage sur les rapports de pouvoir qui prévalent au sein des organisations politiques. Plus largement, Robert Michels (1876-1936) s'intéresse à la possibilité essentielle de réaliser la démocratie, question pour laquelle les partis qui se réclament de la forme de démocratie la plus radicale offrent une sorte d'expérience cruciale.

Si la démocratie ne se réalise même pas au sein des organisations partisanes qui s'en réclament explicitement, doit-on désespérer qu'elle se réalise au-dehors? C'est la raison pour laquelle l'ouvrage analyse aussi bien le rapport entre électeurs et députés, la professionnalisation des permanents, l'autonomisation de la presse du parti, l'émergence des intérêts de la bureaucratie des organisations, le charisme des dirigeants, etc.

Trop souvent réduit à la fameuse «loi d'airain» qui veut que toute organisation tende à devenir une oligarchie, le véritable intérêt de l'ouvrage est ailleurs : se situant en amont de ces phénomènes, restituant les débats sur la question de l'organisation qui avaient cours au sein du socialisme du début du XXe siècle, la Sociologie du parti permet d'éviter le piège ordinaire qui voudrait juger du projet émancipateur de s'organiser à la seule lumière de ce que les organisations sont devenues.


Editions Gallimard (Folio) - 848 pages, Édition et trad. de l'allemand par Jean-Christophe Angaut.


NOTE BOTANICA 
L'ouvrage avait été édité en dans une version plus courte chez Flammarion dans les années 70.
Un temps proche du syndicalisme revolutionnaire Michels évolura plus tard vers le fascisme. 

vendredi 29 mai 2015

Ma Vie de Rebelle / Angélica Balabanoff

Les mémoires d'une grande militante du mouvement ouvrier. De son adhésion à la IIe internationale à son exclusion du Parti communiste soviétique en 1924.

"Il a sans doute manqué à Angélica Balabanoff ce fanatisme et cet esprit de parti dont l'histoire fait ses héros d'ombre et de lumière. Au contraire, son extraordinaire loyauté envers les idéaux du socialisme, ne pouvait conférer à cette émigrée russe, née en 1878, que le destin d'une paria.

Collaboratrice du jeune Mussolini au Parti socialiste italien, leader du mouvement Zimmerwald, puis secrétaire de la IIIe Internationale avec Zinoviev, elle ne cessa de dénoncer les trahisons des uns et des autres : l'opportunisme et la lâcheté du futur Duce, le sectarisme et l'intransigeance de Lénine et de Trotsky. Son autobiographie constitue le récit douloureux, mais lucide et désabusé, des espoirs et des échecs du mouvement ouvrier : des combats pacifistes des partis européens, en passant par la grande crise de la Première Guerre mondiale, la victoire de la révolution russe, la normalisation bolchevik, les premières purges, la montée du fascisme et l'effondrement final."

Publié aux Etats-Unis en 1938

Editions Balland 1981 306p Traduit de l'anglais par Philippe Bonnet.

mercredi 27 mai 2015

Le Féminisme illustré ou Le Complexe de Diane. 1974 (Editions Blast & Meor)


Les éditions Blast & Meor viennent enfin de publier leur première brochure : Du Féminisme illustré.

44 pages A4 de belle tenue, avec de jolies gravures sur bois en illustration ce qui ne gâche rien, au contraire.

La première partie est constituée de l’article « Le Féminisme illustré ou Le Complexe de Diane » paru dans le journal Le Fléau social en 1974. Il est suivi d’un long entretien avec Constance Chatterley (qui signe l’article), réalisé en janvier 2015 à Paris.

C’est le prétexte pour revenir de manière forcément critique sur 40 années d’évolution de la société française et du capitalisme.

On y aborde plus ou moins dans le désordre :

féminisme, homosexualité, militantisme, communauté et identité, sexe et genre, domination et exploitation, lutte de classe, révolution, communisme, cinéma.

On trouve cette brochure dans les meilleures librairies (surtout à Paris).


On peut la télécharger gratuitement ici en PDF :

Version à lire (page par page).

Version à imprimer (déjà imposée).




Le Féminisme illustré ou Le Complexe de Diane. 1974

"Les « révolutionnaires marxistes » assurent les femmes de leur soutien. L’oppression de la femme est réelle, c’est l’une des pires. Mais elle n’est qu’un aspect d’une réalité plus vaste. Les femmes doivent rejoindre le mouvement révolutionnaire prolétarien.
Le « mouvement de libération de la femme » assure les révolutionnaires de son soutien. L’oppression du prolétariat est réelle, c’est l’une des pires. Mais elle n’est qu’un aspect d’une réalité plus vaste. Les femmes tiennent compte de leur spécificité, et s’organisent séparément.

Selon le point de vue qu’il (elle) choisit, chacun(e) aura éternellement raison dans ce débat, dont il s’agit avant tout de ne pas remettre les bases en question. Aucun des protagonistes ne se demande en effet ce que valent les données de départ : qu’est-ce que ce « prolétariat » ? et qu’est-ce que la « femme » ? existe-t-il un « homme » ? Tout le monde y trouve son compte. Surtout, chaque camp serait bien en peine, non de critiquer les idées de l’autre, mais d’expliquer sa fonction sociale, car il serait alors obligé de s’interroger sur la sienne. Le « marxisme » des organisations « révolutionnaires » c’est le communisme théorique transformé en idéologie. Leur « prolétariat » n’est pas le mouvement collectif de négation de la société mercantile, mais celui des travailleurs mettant en place leur démocratie, représentés bien sûr par leurs organisations. Le « Marxisme » déjà repoussé par Marx est aujourd’hui partie intégrante de l’idéologie dominante, qui le découpe, n’en garde que la partie descriptive, d’analyse des contradictions, pour mieux les aménager, et rejette l’autre, vision du mouvement vers la communauté humaine, qui seule donne son sens révolutionnaire au reste. Si les « révolutionnaires » s’en réclament ce n’est ni un hasard ni une erreur. Ne parlons pas des PC officiels par tous rejetés : mais qui comprend au fond leur rôle contre-révolutionnaire, et que la révolution devra les détruire ? le plus souvent on ne les voit que comme déviation. Mais les organisations « révolutionnaires » (grandes ou petites, bureaucratiques ou informelles, peu importe) sont la même chose que le PC, à sa gauche. Elles aident la société à bloquer les aspirations à un monde nouveau, en figeant leur processus sur des moments limités.

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mercredi 29 avril 2015

Morituri / Mécislas Golberg

« Nous » ; Morituri ; Laissez-nous mourir ; De l’horrible dans l’art poétique ; La volonté de vivre : 5 des premiers textes politiques de Mécislas Golberg, juif polonais devenu parisien, qui était poète, philosophe, anthropologue et critique d’art. Chroniquement expulsé de France et mis au ban des institutions, il fut aussi anarchiste contre les anarchistes.


Editions du Fourneau Collection noire n° 4. 1994. 72 pages - ISBN 2-86288-403-0. Préface et notes de Catherine Coquio.

On pourra compléter cette lecture par une monographie (agrémentée de quelques textes)  - Mécislas Golberg, passant de la pensée (1869-1907) : une anthropologie politique et poétique au début du siècle, textes réunis par Catherine Coquio, Paris, Maisonneuve et Larose, 1994.

vendredi 24 avril 2015

Marx, critique du marxisme / Maximilien Rubel


Sur la fin de sa vie, Marx eut une curieuse phrase : "Tout ce que je sais, c'est que moi je ne suis pas "marxiste"." Ce qu'il voulait dire, Maximilien Rubel nous l'explique dans ce livre fondamental, où il sépare radicalement Marx des idéologies, régimes et partis qui se sont réclamés de son nom. Marx "fondateur du marxisme" ? C'est un mythe. Et sur ce mythe repose la plus grande mystification du XXe siècle : faire prendre pour une société socialiste ce qui n'était qu'une nouvelle forme de domination. Qui veut lire Marx aujourd'hui, et le comprendre, ne peut faire l'économie de Marx critique du marxisme.


Petite Bibliothèque Payot  Poche / 560 pages

mercredi 22 avril 2015

D’une apocalypse à l’autre / Lionel Richard

Sur l'Allemagne et ses productions intellectuelles, de la fin du XIXe aux années trente.

Analyse de la vie intellectuelle et artistique de l’Allemagne, du début du siècle à la Seconde Guerre mondiale. L’expressionnisme, le dadaïsme, les relations franco-allemandes, la montée du nazisme, entre autres, retracent cette période troublée.


Ce livre est l’histoire de l’arrière-plan social, politique, d’où se dégage la « culture » de l’Allemagne des années 1920 et 1930. Ainsi contribue-t-il à expliquer ce qui s’est passé sous le Troisième Reich, avec la répression contre ledit « modernisme » en art. Cela, en fonction d’une activité de commémoration : tout juste 80 ans après l’accession de Hitler au pouvoir. Chronologiquement, il prend en considération les phénomènes culturels depuis le règne de Guillaume II jusqu’aux conséquences de l’instauration du Troisième Reich. Il dissèque les grands débats culturels de l’époque, les points de vue des remarquables analystes qu’ont été Walter Benjamin, Bertolt Brecht, Georg Lukacs, Siegfried Kracauer, etc.

Sur le fond, il étudie les mouvements artistiques dans leur continuité, en les replaçant dans l’évolution de la société allemande. Ainsi sont montrées toutes les répercussions de la révolution en Allemagne en 1918-1920 dans les différents groupes intellectuels, et les suites de son écrasement : renforcement de la pensée antidémocratique, développement d’une propagande d’extrême droite à travers une « littérature de masse », c’est-à-dire lue par les masses. Il décrit l’influence, sur les conceptions artistiques, des changements opérés en Union soviétique dans les années 1920. Replaçant les bouleversements qui ont lieu en Allemagne dans les relations générales entre les pays européens, il examine notamment comment s’est effectuée la circulation des idées en France : germanophobie très forte au lendemain de l’armistice de novembre 1918 ; méconnaissance et rejet des courants artistiques allemands ; difficultés d’accueil des émigrés antinazis à partir de 1933 ; réticences devant l’art allemand, même antifasciste.

Futurisme, expressionnisme, dadaïsme, culture prolétarienne, agit-prop, nouvelle objectivité, réalisme social ?… Difficile de s’y retrouver dans toutes ces notions à la fois esthétiques et politiques qui se répandent en Europe durant la première moitié du XX e siècle.
Les origines des courants se réclamant de ces notions, leurs programmes, leurs imbrications : tel est d’abord ce qui est mis en évidence par Lionel Richard. Socle de ses analyses, la vie littéraire et artistique en Allemagne. Mais il montre, à partir de là, les influences, les interrelations qui s’exercent dans les pays européens, notamment dans la France de l’époque. Ainsi voit-on comment, tout particulièrement, le vieux rêve apocalyptique de destruction et de régénération traverse les productions intellectuelles allemandes des années 1920-1930, pour aboutir, inséparable de certaines racines sociales et articulé sur le racisme, à un crépuscule des dieux à la manière nazie.
Ce livre, initialement paru en 1976 dans la collection de poche 10/18, était épuisé depuis longtemps. Déjà solidement documenté, il a été enrichi de nouvelles recherches de l’auteur. Il reste la description la plus suggestive de l’arrière-fond d’où, au XXe siècle, ont surgi aussi bien les avant-gardes artistiques dans leur diversité que les esthétiques sociales sous la coupe d’idéologies.
La période reconstituée ici, de la fin du XIX e siècle au seuil de la Seconde Guerre mondiale, fut porteuse, on le sait, des pires horreurs. La voici, à travers ses productions culturelles, comme un creuset d’élans créateurs et d’expériences passionnantes.

Somogy éditions d'Art 1998 - 176 p.

dimanche 19 avril 2015

Nous fûmes les rebelles, nous fûmes les brigands / Belgrado Pedrini

Aubiographie d'un partisan anarchiste de Carrare.


Pedrini n’a été « partisan » que parce que le régime se nommait « fasciste » ; c’est l’Etat et le pouvoir en soi qu’il combattait. Il n’a été « mutiné » que parce que les murs qui le retenaient se nommaient « prison » ; ce sont toutes les structures qui emprisonnent la liberté au nom de la justice ou de la raison (comme les asiles, contre lesquels il a écrit plusieurs textes) qu’il combattait. Il n’a été « expropriateur » d’industriels fascistes que parce que l’argent dont il avait besoin pour lutter était concentré là ; c’est le système capitaliste, même dévêtu de sa chemise noire, qu’il combattait.
Cette autobiographie de Belgrado Pedrini nous emmène des groupes de partisans anarchistes contre le fascisme jusqu’aux révoltes des années 50 et 60 dans les geôles de la démocratie.

Mutines Séditions 148 pages.

L'objet du Blog

Proposer une liste d'ouvrages pour la formation militante et le débat.

Ceci dans une perspective révolutionnaire classiste anticapitaliste et internationaliste, anti-autoritaire.

Nous ne parlerons ici que des ouvrages stimulants et éviterons les marchandises à la mode, le verbiage militant.

Quelques fois les ouvrages seront disponibles en téléchargement au format PDF.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les ouvrages.