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mardi 31 octobre 2017

Pour une critique de l'Idéologie boulangère

Décroissants de la brioche et une Rolls!


« Quand la dernière solution à la mode proposée, et prônée, n'est autre que d'être un animateur à mégaphone, un boutiquier alternatif équitable ou un épicier radicalement bio et autogéré;

Quand la frugalité, l'éloge de la « simplicité volontaire » et les traités « Maussiens » sur le renoncement au quantitatif s'affichent dans de nombreuses librairies radicales, c'est que la soumission à l'ordre dominant s'annonce des plus fantastique.

L'éloge du qualitatif dans la société capitaliste n'est ni plus ni moins que le retour de l'Homo - œconomicus qui revient par la fenêtre!

L'audience des discours, leurs diffusions, n'est pas sans nous faire penser que le prochain « serrage de ceinture » sera pour le prolétariat ! Qui, c'est bien connu, ne s'achète que des écrans plasma avec ses 900 euros.

Il n'y a qu'un pas pour penser que l'idéologie qui vient est toujours l'idéologie de la classe ascendante, c'est à dire celle qui annonce la prochaine offensive contre les exploités
».

Compil de textes Vosstanie

Editions Vosstanie 2017 - 103 pages.

jeudi 5 octobre 2017

Travaux / Georges Navel

 
Un des livres les plus beaux inspiré par la condition ouvrière. Travaux, paru au lendemain de la guerre, en 1945, est tout de suite devenu un classique. Les critiques ont comparé Georges Navel à Gorki, à Panaït Istrati, à Eugène Dabit, à Charles-Louis Philippe. Mais Navel fait entendre une voix qui n'appartient qu'à lui. Comme l'a écrit Jean Giono : «Cette patiente recherche du bonheur qui est la nôtre, nous la voyons ici exprimée avec une bonne foi tranquille.» 
 
Gallimard, Coll. Folio 256p.

samedi 12 août 2017

Le ciel est enfin tombé sur la terre - Franco Berardi « Bifo »

   "Dans le tumulte que font les voix symétriques des partis, associés pour imposer à I'Italie la discipline de l'ordre économique établi -  "compromis historique "  et de la violence armée, voix dont Bifo montre ici qu'elles sont l'exact reflet l'une de l'autre, risque d'être étouffée une troisième voie : celle d'un projet révolutionnaire inédit, inoui, et qui se place en avant de tout ce qui s'est proposé en Europe jusqu'à présent.
   Projet prolétarien, dont la base est cette couche désormais très vaste de travailleurs - "le jeune prolétariat" qui n'appartient pas à la grande usine et qui en rejette l'encadrement politique et syndical.
   Projet marxiste, en ce qu'il prend appui sur la possibilité désormais acquise de remplacer largement le travail vivant par celui des machines, pour peu que le développement technique ne reste plus entre les mains de la recherche capitaliste de la plus-value.
   Projet essentiellement culturel, en ce que la clé en est le refus des normes capitalistes infiltrées dans la vie quotidienne invention de nouvelles modalités de vie, libérées autour du principe: "du travail pour tous, mais très peu"; invention qui passe par la création de nouveaux langages et d'une nouvelle écriture "collective" proposition enfin au Mouvement comme un maitre-mot, un mot politique, de sympathie.

Franco Berardi Bifo: enseignant libre à l'université de Bologne. A publie nombre des pages de ce livre dans le journal A/traverso. Une des figures emblématiques de Radio Alice et du printemps de Bologne - à la suite duquel il est présentement, avec ses camarades, inculpeé."

Traduit de l'italien par Pierre Rival. Edtions du Seuil 1978. 199p.

TABLE 

Avertissement du traducteur .
Prologue: La fin du politique.

I. DEUX ANS DE PRÉPARATIFS A TRAVERS LES NUAGES

1. Le jeune prolétariat ou un sujet pour la libération
De petits groupes en transformation
Le parcours de la recomposition
Pouvoir ouvrier et multiplication des logiques

2. Matérialisme et transversalité
Les meubles de Marx
Le réformisme et le refoulement du sujet
Matérialisme et transversalité

3. La trame que tisse le sujet
Que font les masses?
La trame que tisse le sujet

4. Où le sujet collectif écrit transversalement
Ecriture (et) pratique anti-institutionnelle
Des masses aux masses, mais comment?

II. COMMENT LE CIEL EST TOMBE SUR LA TERRE

Comment le ciel est tombé sur la terre
Le travail rend plus libre et plus beau
L'insurrection

III. RETOUR SUR TERRE

Avec toute notre faiblesse
Structure de la production et nouvelle composition de classe
Qu'après février vienne le printemps
La ville et l'université: contre le projet social-démocrate
Avec toute notre intelligence, ou pour une stratégie du désir


Prologue. La fin du politique
Extrait p 11-17.  

   Tambours dans la nuit (1) . Novembre 1918. Berlin l'insurrection. La bataille dans le quartier des journaux. Kragler choisit le lit, la tranquillité, l'amour; il abandonne ses camarades et s'éloigne avec Anna. La révolution est vouée à l'échec; ceux qui défendent le quartier des journaux sauteront en l'air comme des poissons. Combien seront tués, emprisonnés, torturés? Par-delà la passivité de Kragler, la férocité social démocrate se déchaîne, qui prépare le terrain au nazisme.
   Que serait devenu Kragler après 1933, après 1939? La situation en Italie (et en Europe), après les années 1970- 1975, est fort semblable à celle d'alors. La menace sur l'emploi, la «criminalisation » des méthodes de lutte, le massacre de militants clandestins, l'usage de la terreur contre les nouvelles formes de vie: tout cela tend à se souder en un plan unique, en même temps social-démocrate (noskien) et stalino-fasciste, dont le pilier porteur est l'eurocommunisme (et le PCI de manière particulièrement claire ou avancée)
   Observons l'Italie, pour voir - du moins - quelles difficultés rencontre ce processus, et où il peut se briser. Tandis que les ouvriers d'usine sur la défensive conduisaient leur lutte avec une combativité imprévue, le Mouvement a su maintenir à plusieurs niveaux une continuité subjective. Mais cette continuité avec l'expérience ouvrière de la décennie passée ne doit pas rester défensive; il s'agit de préciser au contraire la nécessité d'une rupture: et si celle-ci se présente aujourd'hui encore comme un lieu vide, elle est la prémisse nécessaire pour la découverte d'un terrain nouveau, d'un nouveau cycle de luttes de libération du travail.
   Dans cet écart entre le passé du Mouvement et l'émergence laborieuse d'un terrain nouveau, le militant vit une situation douloureuse, une situation d'angoisse. Quand la désagrégation du passé ne permet pas encore d'apercevoir un avenir en recomposition, le besoin de destruction risque de se transformer en autodestruction; l'héroïne, le terrorisme deviennent alors les lieux d'un comportement qui vise à se mesurer avec la société et l’État non pas de manière autonome, mais sur le mode de la paranoïa, de la compétition, d'un affrontement qui se rêve total.
   Or, cette angoisse de la désagrégation et de l'auto-destruction n'est, en fait, que l'autre face d'une conception (et une pratique) qui abordent la violence, l'organisation, le pouvoir comme autant de reproductions spéculaires de la machine de l'État. De cette conception, le Mouvement ne s'est pas encore libéré. Un refoulement persistant du sujet et de ses besoins gouverne cette conception. C'est encore et toujours l'État, la société capitaliste, qui fournissent à des révolutionnaires décidés à s'opposer à eux et à devenir « plus forts » qu'eux leurs modèles de violence, d'organisation, de pouvoir.
   Or, les révolutionnaires sont les plus forts quand ils se placent sur le terrain de l'autonomie, de la dissémination, de la pratique du désir, de l'appropriation, du sabotage; et les plus faibles sur le terrain de l'affrontement, de l'organisation, de la violence pour prendre le pouvoir.
La politique? Un lieu dans lequel nous restons contraints de mesurer les comportements de notre vie sur le temps de l’État.

   Qui donc a dit que la politique était le lieu d'où pouvaient sortir la libération et le communisme? La politique-avec sa prétention à la gestion d'un point de vue général – est incapable de comprendre et d'intégrer les comportements besoins et les désirs du sujet qui s'est formé dans le métropoles. Tant que le communisme restera enfermé dans le territoire (à détermination hétérogène) du politique, le sujet ne réussira à s'exprimer que sous les modes de la passivité, de l'(auto)destruction, de la fuite, du terrorisme. Et l’État ne pourra contenir la potentialité de ce sujet qu'en lui imposant le terrorisme de la politique, dont la démocratie représente la forme accomplie.
    Le terrain des micro-comportements et du désir se situe dans un autre lieu, celui de la sépar/action (2): un lieu que le totalitarisme veut supprimer, en contraignant le sujet à se reconnaître dans ses rôles productifs, sociaux et familiaux. Les micro-comportements, eux, sont les symptômes de l'existence d'un sujet collectif latent, qui ne peut émerger qu'en dehors du terrain (à détermination hétérogène) du politique sur le terrain autonome (érotique) auquel renvoient le refus du travail, l'appropriation, l'extranéité, et dont nous ne savons pas aujourd'hui donner de connotations plus précises
   C'est dire que le moment est venu de faire les comptes avec ce fétiche épistémo-pratique qu'est la politique un espace dont les limites sont pré-données, qui prédétermine toutes les possibilités de compréhension et de pratique. Nous faisons I'hypothèse qu'au moment de leur apparition dans le champ de l'histoire, les mouvements révolutionnaires ont accompli leurs premiers pas sur le terrain (préexistant) du refoulement de tout sujet porteur d'une transformation historique. La religion, la science, l'économie, la politique: autant de symptômes épistémo-pratiques de ce refoulement à l'intérieur duquel le sujet latent fait ses premières preuves, en se voyant encore avec des yeux qui nient son autonomie.
   C'est bien ainsi que les choses se sont passées. Au moment où la bourgeoisie émerge comme classe historique, la réforme luthérienne, tout en exprimant l'émergence d'un sujet qui rompt avec le refoulement religieux, se place pourtant sur le même terrain et se définit encore comme mouvement religieux. De même le matérialisme, pour se reconnaître lui-même doit, au début, se constituer sur le terrain du système scientifique, c'est-à-dire dans un des lieux rationalistes d'occultation bourgeoise de la contradiction. Mais si le matérialisme est l'inscription du sujet historique (classe ouvrière sexualité, besoins) dans le texte théorique il ne peut, dans processus même de sa constitution, que s'éloigner bientôt du système scientifique.
   De même pour le système du politique: la classe ouvrière a bien pu mener là ses premières grandes batailles( Commune de Paris, Révolution d'octobre, luttes ouvrières des années soixante, Mai français); pourtant, déjà, ces luttes débordaient pour une large part et laissaient tout un résidu incompréhensible, indéchiffrable à partir du jeu des institutions, du pouvoir, et même de la révolution « politique».
Sur le terrain de la politique, le résultat obtenu a toujours été la reconstruction de la domination de l’État sur la sépar/action, la domination du réformisme sur l'autonomie ouvrière. Or, après l'expérience léniniste, le mouvement ouvrier a accepté de s'enfermer dans le cadre épistémo-pratique de la politique, renonçant à son autonomie, à la construction d'un terrain épistémo-pratique autodéterminé. La politique, en tant que lieu général, est nécessairement totalitaire; elle ne peut admettre l'existence de la contradiction, sinon comme conflit qui se laisse conduire à l'équilibre
   Mais aujourd'hui, après que les luttes des années soixante ont porté à maturité l'exigence du communisme comme autonomie par rapport au développement capitaliste, la classe ouvrière peut enfin se situer ailleurs : dans un espace qui est celui de l'autodétermination, un espace où l'urgence de la suppression du travail se soude avec la possibilité de celle-ci, et où le sujet se définit en dehors de sa relation avec le système de de l'économie et de la politique.
   C'est là un processus qui se déroule déjà sous nos yeux, dans ces endroits où le caractère parfaitement vide de politique est depuis longtemps devenu clair (de même que la totale réduction de la politique à un rite intra-bourgeois ou à une terreur anti-ouvrière). Il n'y a qu'à voir les USA, ou l'Allemagne fédérale, ou l'URSS. La politique peut bien fonctionner comme lieu de résolution des contradictions entre bourgeois; dans ses rapports avec la vie des masses, avec l'autonomie des comportements, l'unique visage qu'elle présente, est celui de l'extermination, du contrôle, de la ségrégation, de la violence ouverte, du camp de concentration.
   Sur les points où la politique se donne à voir aux masses (les élections aux USA, la propagande soviétique), elle se présente comme farce, spectacle obscène où le capital exhibe son caractère infini (et d'autant plus absurde) de puissance destructive.
   Seulement, la puissance de l'État ne peut opérer au niveau des micro-comportements; elle peut, certes, réprimer l'émergence politique de la classe ouvrière; mais elle ne peut empêcher la diffusion des micro-comportements autonomes.
   Aussi n'est-ce pas seulement l'extranéité des ouvriers, des jeunes, des femmes à la politique qui émerge avec la métropolisation du rapport de classes; ce qui émerge, c'est très précisément la contradiction entre politique et Mouvement, entre politique et lutte de classe. La politique est le lieu de l’institutionnalisation, de l'inter-classisme, du refoulement.
   Jusqu'à présent, la classe avait été définie - à partir d'Engels - comme une figure socio-productive sans subjectivité et ne se découvrant une capacité révolutionnaire que dans son rapport à l'État, à la généralité sociale. Désormais, nous pouvons commencer de la définir comme processus (projet) de recomposition d'un système d'unités désirantes, de petits groupes en multiplication mouvements de libération qui reconnaissent leur unité pratique dans la libération à l'égard du temps de travail, la libération du mode de vie par rapport au monde de la prestation.

    Le capital aperçoit avec terreur cette fin de la possibilité de contrôler et de gérer la généralité des rapports sociaux, des comportements une fin qui, pour les révolutionnaires, est sépar/action (par rapport au capital) et le communisme en acte. Le capitalisme la perçoit comme la fin de sa capacité à miner le temps de vie, et à le réduire à la carcasse abstraite du travail productif de la valeur. La classe sait bien que pour toute une époque historique, une coexistence non pacifique se perpétuera, dans laquelle le capital continuera d'exister, tandis que le communisme des ouvriers rebelles, des jeunes, des femmes, s'organisera au moins comme libération temps de vie et comme destruction du contrôle. La classe sait que son autonomie peut coexister avec l'augmentation de composition organique du capital, avec la progression de la plus-value relative abstraite dans l'unité de temps, avec la réduction du travail nécessaire et sa suppression formelle. Le capital, lui, perçoit avec terreur cette dialectique, cette évasion du temps ouvrier hors de sa domination; parce que dans la sépar/action, le capital aperçoit sa fin.
   D'un autre côté, le terrain de la politique, depuis toujours terrain du refoulement du sujet, ne peut plus se présenter que comme spectacle dès lors que le sujet se poste ailleurs et émerge comme tel sur la scène de l'histoire. Et dès lors, pour le capital, même si le noyau central de tout son effort reste la transformation du temps de vie en valeur par la médiation du travail, il n'empêche que son système de contrôle va devoir s'articuler pour suivre - manière désespérée – la dynamique des fuites, des sépar/actions.
   Voici donc que le système de contrôle se met à poursuivre le Mouvement sur son terrain post-politique, s'y faisant criminologie, psychiatrie, sociologie du travail, analyses du langage, nouvelle didactique, sociologie. Et tandis que les figures louches du réformisme arment de nouveaux Noske (3) contre les ouvriers, ou que des professeurs «ex-marxistes pérorent sur « l'autonomie du politique», la réalité des choses renvoie, elle, à la fin du politique, à sa transformation définitive en spectacle mise en scène nostalgique du contrôle du tout sur les parties.
   Tandis qu'ailleurs - sur un autre plan le Mouvement s'approprie le temps et émerge comme sujet transversal de sépar/actions, et que l'effort désespéré du capital pour replacer le temps ouvrier sous le commandement de la valorisation, le force à modeler son terrorisme sur les formes que dessine la sépar/action, des hommes politiques mettent en scène leurs délires nazis. Mais derrière ces marionnettes de la politique, les multinationales du pouvoir comptent bien plutôt sur le travail de leurs criminologues, de leurs sociologues, de leurs psychiatres, de leurs experts en génocide, de leurs syndicalistes.
   C'est là contre, contre les articulations nouvelles du commandement (pratiques et idéologiques) qu'il faudrait faire porter la critique marxienne de l'idéologie: une critique pratique, dont la force motrice est la libération.
   Les nazis (ceux du néo-fascisme à la Strauss, en Allemagne; ceux du compromis historique made in Berlinguer, en Italie) tuent, comme toujours, un homme déjà mort. Ils aident les patrons à licencier les ouvriers absentéistes, ou les ouvriers d'avant-garde, ils déchaînent la campagne contre les camarades des Brigades rouges (4), ils proposent le travail obligatoire pour les jeunes. Mais ce ne sont qu'attaques de chacals. Le projet capitaliste se sert d'eux, mais ne compte déjà plus stratégiquement sur eux; il s'en sert contre une figure de classe du passé, et voit déjà le nouveau sujet, railleur, incapturable, émerger précisément là où personne ne l'attendait, sur un territoire que personne ne gardait: hors de l'enceinte de la politique.

(A/traverso, mars 1976)

  1. Tout ce passage renvoie à la pièce de B. Brecht Tambours dans la nuit. Et l’ambiguïté du comportement de Kragler, là comme ici, demeure, qui crie à ses compagnons (camarades?) d'infortune : « Faut-il que ma chair pourrisse dans le caniveau pour que votre idée aille au ciel? » Théâtre complet, t. I, p. 120 (NdT)
  2. Cf. sur ce mot-valise la note p. 83
  3. Le ministre de l'Intérieur social-démocrate responsable de la répression de l'insurrection de Berlin en 1919
  4. Brigades rouges: le groupe de lutte armée, né en 1970 de l'expérience milanaise de la « Sinistra proletariata ». Organise, au cœur des luttes Fiat, en 1973, des enlèvements-interrogatoires de cadres et de syndicalistes de l'entreprise, avant de passer ensuite à une «attaque au cœur de l’État», marquée par des enlèvements de personnalités (juges, industriels), des attentats contre des institutions et des hommes politiques (sièges et représentants de la démocratie-chrétienne en particulier), des instances répressives (casernes de carabiniers, sièges des syndicats fascistes), et des personnalités de l'information (de la Étampa à l'Unita) (NdT).

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    Note Botanica. Nous restons sceptique sur ne nombreux points quand à cet ouvrage, même si avec presque 40 ans de distance cela reste très "facile". Le termes "autonomie" renvoie à une défintion qui  se dégage des rackets politiques, des syndicats ou de l'avant-gardisme armé, mais L'Etat ne peut-il vraiment pas opérer au niveau des "micro-comportements" ? et quid du totalitarisme marchand ? Comment peut-on dans nos sociétés refuser que les "normes" capitalistes s'infiltrent dans nos vie ? Ne suffit-il que de désirer ? Voila un debat que l'on pourra peut-être avoir dans une prochaine émission de Radio Vosstanie qui suivra le son sur l'Autonomie Ouvrière.

jeudi 27 juillet 2017

Ouvriers face aux appareils

Ouvriers face aux appareils
 une expérience de militantisme
chez hispano-suiza

Les bureaucrates politiques ou syndicaux parlent « au nom de la classe ouvrière » : de temps en temps « un ouvrier parle » par journaliste, sociologue ou écrivain interposés.

Rarement, sinon jamais, des ouvriers s'expriment directement. Cette fois un groupe de militants de l'une des plus importantes usines métallurgiques de le région parisienne, Hispano-suiza ont choisi de rendre compte eux-mêmes de leur expérience. Ce livre, parlé à plusieurs voix, rédigé à partir d'entretiens de textes, écrits, réécrits, discutes collectivement est leur livre et ne prétend à rien d'autre. La Libération, les illusions de l'éducation populaire, la guerre d'Indochine. la guerre d'Algérie, les grandes grèves, mai 1968, l'intervention russe en Tchécoslovaquie, tous ces événements politiques, culturels, les grandes luttes ouvrières, ont eu des conséquences qui sont ici décrites de l'intérieur du monde ouvrier.

D'une génération à l'autre, la continuité a été assurée par ce « groupe Hispano » qui a éprouvé très tôt le besoin de se réunir en dehors des partis, des organisations pour produire sa propre réflexion. Que des travailleurs se mettent à discuter entre eux, c'est bien ce que redoutent les hiérarchies patronales et politiques écrivent les Auteurs, et encore:

« ... La bourgeoisie nous dispense des loisirs préfabriqués et des distractions abêtissantes. La publicité, le cinéma. la télévision. la presse à grand tirage propagent son idéologie.

« ...Les organisations ouvrières de masse auraient les moyens matériels d'opposer à cette intoxication une autre conception de la civilisation qui existe déjà en germe chez les travailleurs. Les appareils y font au contraire, régner l'anti-culture : principe d'autorité, censure, mensonge organisé, et, d'une manière générale, tout ce qui peut contribuer à maintenir des êtres humains dans l'infantilisme de leur naissance à leur mort.

« ...Chaque fois que nous l'avons pu, nous avons tâché de provoquer des discussions, de susciter des initiatives, de favoriser l'épanouissement de chacun, de refuser toutes les ségrégations : sociale, sexuelle, linguistique, idéologique.

« ...Le socialisme, on ne sait pas trop ce que c'est, mais on peut déjà. dans l'autogestion des activités culturelles avoir la préfiguration de nouveaux rapports humains, l'image d'une société future pour laquelle on ait vraiment envie de faire la révolution.

« ...Ce n'est pas simple. Le besoin de s'en remettre au Parti-Père (ou à l'Organisation-Mère) ne disparaîtra pas en quelques jours. Il a des racines trop profondes. C'est pourquoi la contestation doit être permanente. Ce que nous appelons contestation, ce n'est pas la valse des idées tournoyant jusqu'à épuisement dans quelque milieu clos. Ce sont les murs du local qu'il faut abattre. Notre lieu de travail doit être ouvert à tous les vents» 


Éditions Maspéro 1970, Coll. Cahiers libres 183-184, 273 pages. Chez son bouquiniste....

mercredi 19 juillet 2017

Vive la révolution, à bas la démocratie !

Vive la révolution, à bas la démocratie !
Anarchistes de Russie dans l'insurrection de 1905.
Récits, parcours et documents d'intransigeants.

Avec l’insurrection de 1905 dans l’Empire russe, le mouvement anarchiste a poussé comme des champignons après la pluie, de Bialystok à Łódź, d’Ekaterinoslav à Minsk, mais aussi à Odessa, Kiev, Saint-Pétersbourg, Moscou, Vilnius, Tbilissi ou Irkoutsk. Malgré sa brève existence, il a développé en quelques années une intense activité d’attaques diffuses contre la bourgeoisie (industrielle et commerçante) et contre les défenseurs de l’Etat (flics, matons, gouverneurs ou cosaques). A l’aide d’imprimeries clandestines montées à coups d’expropriations, et de participation sans concession aux grèves, émeutes et autres soulèvements, il a réussi à poser une critique radicale de l’autocratie tsariste comme de son alternative républicaine : la démocratie.

A l’heure du centenaire de la révolution de 1917, il est plus que temps de se replonger dans la période insurrectionnelle qui l’a précédée de douze ans, celle de l’émergence des premiers soviets, celle aussi du combat d’intransigeants hors des partis et des syndicats vers une liberté sans maîtres ni esclaves.
 
Mutines Séditions Octobre 2016, 554 pages, [15 euros]

mardi 11 juillet 2017

Travailler pour la paie : les racines de la révolte / Martin Glaberman - Seymour Faber

Travailler pour la paie :
les racines de la révolte 
 Martin Glaberman - Seymour Faber


S’appuyant sur leur expérience de militants, de nombreux témoignages de travailleurs, et des analyses de sociologues, philosophes ou historiens du travail, Martin Glaberman et Seymour Faber décrivent la résistance quotidienne de la classe ouvrière en Amérique du Nord, et notamment dans les usines automobiles de Detroit.

En sept chapitres, ils dépeignent les comportements des travailleurs, sans occulter sexisme ou racisme (« Le travailleur en guerre contre lui-même »), sous l’angle du rapport capital-travail. Ils retrouvent dans des situations concrètes les analyses de Marx, indiquant en quoi la classe ouvrière, malgré son aliénation (« pauvreté, souffrance, ignorance, abrutissement, dégradation morale »), a le pouvoir de renverser le capitalisme.
Éditions ACRATIE - 2008, 180 p., 17 €.
  

vendredi 7 juillet 2017

Félix Fénéon. Art et anarchie dans le Paris fin de siècle / Joan Ungersma Halperin

Félix Fénéon
Art et anarchie dans le Paris fin de siècle 
Joan Ungersma Halperin


Félix Fénéon (1861-1944) : éminence grise du Paris des arts et des lettres qui contribua à façonner le goût et à fixer les valeurs des générations de l'avant-Première Guerre mondiale. Directeur d'une dizaine de revues, dont la Revue indépendante qu'il fonda, puis la Revue blanche, il publia des œuvres absolument neuves, au rang desquelles les Illuminations de Rimbaud et Paludes de Gide ; critique, il encouragea Mallarmé et la littérature symboliste, il révéla au public la peinture postimpressionniste de Seurat, Signac et Pissarro ; anarchiste de conviction, il fut suspecté par la République d'avoir joint l'acte propagandiste à la parole militante en jetant une bombe dans un restaurant de sénateurs en avril 1894, mais il fut acquitté par la justice faute de preuves ; moraliste, il acheva la période la plus riche de sa vie en rédigeant pour les faits divers de grands quotidiens des «Nouvelles en trois lignes», qui furent autant de bombes lancées à la face de l'existence et de son amère comédie.

Collection NRF Biographies, Gallimard  444 pages / Trad. de l'anglais (États-Unis) par Dominique Aury. Avant-propos de Germaine Brée Avec la collaboration de Nada Rougier

mercredi 24 mai 2017

Profession : Révolutionnaire / Boris FRAENKEL


Note Botanica.
Au delà des options politiques qui nous sont plus que étrangères on ne peut faire l'impasse sur cette lecture. On y apprendra beaucoup de choses de ce mentor trotskiste...traducteur de Reich, Marcuse, Lukàcs, Trotsky.

«Anonyme jusqu’en 1995», Boris Fraenkel apparaît dans l’actualité lorsqu’il fut question du passé trotskiste de Lionel Jospin. Dans ce livre Fraenkel apporte la preuve de l’engagement trotskiste de l’ancien Premier ministre au cours des années 60.

«Qu’un jeune Juif de Dantzig, né peu après la Grande guerre, rejette la religion, devienne sioniste, puis marxiste a été un itinéraire assez partagé. Qu’il ait choisi de renoncer à toute activité lucrative pour se consacrer à la révolution et qu’il ait maintenu cette ligne de conduite toute sa vie en en payant le prix, l’est déjà moins. Je dois à Boris Fraenkel d’être entrée dans le monde d’avant la catastrophe, dans le Dantzig de l’entre-deux guerres, comme aucun livre n’aurait pu m’y faire entrer, même si, plus d’une fois, je lui reprochais de ne pas en dire assez. L’itinéraire personnel et la trajectoire politique de Boris Fraenkel s’inscrivent de façon presque exemplaire dans l’histoire du “court vingtième siècle” circonscrit par Hobsbawm.» Sonia COMBE, historienne.

Éditions le Bord de L'eau - 200p. 2004.

"Socialisme ou barbarie" de Philippe GOTTRAUX

Un engagement politique et intellectuel dans la France de l'après-guerre.


"De 1949 à 1967, le groupe et la revue Socialisme ou Barbarie ont détonné dans la gauche française, qui succombait souvent aux sirènes de la " Patrie du socialisme " et confondait facilement marxisme et stalinisme. Tout en s'affirmant anticapitaliste, Socialisme ou Barbarie n'a cessé, contre vents et marées, de critiquer l'URSS, le stalinisme, les partis communistes et la bureaucratisation du mouvement ouvrier, à l'Est comme à l'Ouest. Les idées de Socialisme ou Barbarie rencontrent un plus large public dans le sillage de Mai 1968, puis de la conjoncture antitotalitaire de la seconde moitié des années soixante-dix. Le trajet de Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, deux anciens animateurs du groupe, n'est pas étranger à cet impact posthume. Ce livre retrace, d'une part, la riche aventure de cette " avant-garde ". Il évoque ainsi la connivence conflictuelle au sein de l'extrême gauche, les rapports tendus avec le champ intellectuel, les débats internes agités (sur l'organisation, le marxisme, notamment), les multiples efforts entrepris pour influer sur la pratique politique, etc. Il rend compte, d'autre part, du processus qui conduit un collectif de militants à cesser ses activités politiques, et mène de la sorte une sociologie de l'engagement, abordée sous l'angle paradoxal du désengagement. Cette étude, qui s'appuie sur de nombreuses sources, en partie inédites (procès-verbaux d'assemblées, bulletins internes, témoignages d'anciens protagonistes, tracts, etc.), enrichit du même coup la connaissance de la France de l'après-guerre, notamment sous l'angle de l'attitude politique des intellectuels."


TABLE

TRAJET AU CŒUR D'UNE AVENTURE COLLECTIVE

1946-1949 : l'opposition dans le PCI
1949-1951 : l'autonomie organisationnelle
1951-1952 : les basses eaux
1953-1956 : une relative sortie du désert
1956-1958 : une phase de transition
1958-1962 : l'organisation Pouvoir Ouvrier
1962-1963 : des lézardes à la scission
1963-1968 : vers l'abandon de l'activité politique

POUR UNE SOCIOLOGIE D'UN DÉSENGAGEMENT

Le désengagement, un phénomène multi-déterminé
Socialisme ou Barbarie dans le champs politique radical
Socialisme ou Barbarie en marge du champs intellectuel
Quand Socialisme ou Barbarie ne suffit plus

 Payot-Lausanne 1998 - 427 pages .

Un ouvrage important hélas épuisé, qui mérite bien une ré-impression...

vendredi 5 mai 2017

Lucien de SAMOSATE (OEUVRES COMPLÈTES)

"Provocateur et démystificateur, cet avocat et intellectuel grec vécut au IIe siècle dans un Empire au sommet de sa puissance dont il sut mieux qu'un autre dépeindre et railler les vices et les vertus. Ses textes empruntent à la comédie et à la satire leur ton enjoué et leur saveur toute particulière.

Lucien sait parler de tout et de rien, un peu à la manière de Montaigne. D'une réflexion sur l'art, il passe à un essai sur la manière d'écrire l'histoire, sur la vie en société, les affaires politiques ou l'éducation sportive, au gré d'une inspiration primesautière, fantaisiste et toujours inattendue. Ses écrits offrent le large éventail d'une comédie humaine vive, incisive, parfois grinçante, ou l'on côtoie les figures et caractères les plus divers : atrabilaires et misanthropes (Timon), charlatans et faux devins (Pérégrinos, Alexandre), parvenus incultes (Le Bibliomane ignorant), dames de petite vertu (Dialogues des courtisanes) et la riche galerie des maîtres de philosophie dont les actions comme les moeurs démentent la doctrine en croyant faire fi de la nature et de la vérité... En dépit d'une certaine gravité, le rire affleure toujours chez Lucien, qui manifeste un goût immodéré pour le bon sens et la raison face aux folies des hommes et à leurs illusions.

Son oeuvre, publiée ici dans son intégralité, nous entraîne dans un extraordinaire périple au coeur de la culture grecque, qui a traversé les siècles sans rien perdre de sa grâce, de sa légèreté, ni de son inépuisable vitalité."

Né en Syrie, dans la province de Commagène, sur la route qui reliait Rome à l'Asie Mineure et à l'Inde, Lucien de Samosate vécut au IIe siècle apr. J.-C. (vers 117-vers 180), dans un Empire romain au sommet de sa puissance, qui garantissait la paix à ses ressortissants en montrant un respect relatif aux peuples soumis et en favorisant leur intégration. L'enfant de Samosate (dont la langue maternelle était peut-être l'araméen) fut un intellectuel grec, qui exerça le métier d'avocat. C'était un rhéteur, un sophiste, un conférencier qui parcourut l'empire en pratiquant l'art du discours. Il a été redécouvert à la Renaissance par Érasme, lu assidûment par Montaigne et Rabelais et au XVIIIe siècle par Voltaire et Swift.

Robert Laffont (Coll. Bouquins) - 1248p

mercredi 3 mai 2017

Senior Service / Carlo Feltrinelli

Senior Service / Carlo Feltrinelli

"A la fois homme fortuné et hors la loi. Membre du PCI et son bâilleur de fonds mais éditeur des dissidents soviétiques. Un des ses auteurs (Arbasino) note qu'un nouvel Orson Welles aurait pu faire de lui un nouveau Citizen Kane. Senior Service c'est la marque des cigarettes qu'il fume. Carlo Feltrinelli son fils déroule devant nous le fil de cette aventure fulgurante (il mourra à 46 ans) dans une biographie intime et subjective, qui tient compte du climat politique haletant et d'un environnement littéraire exceptionnel. En dix ans ce pragmatique inspiré crée la maison d'édition innovante qui va le rendre célèbre dans le monde entier et lui permettre d'intervenir politiquement dans son pays (et ailleurs) par le biais de la littérature. Le Docteur Jivago et Le Guépard, c'est lui. Il est tenu en suspicion par le Kremlin mais il est aussi la bête noire de la CIA. Il sait que ses livres sont des armes efficaces. Sont-ils suffisants ou adaptés pour contrer le terrorisme ou les coups d'état larvés ? C'est le temps de la mutation du PCI, de l'apparition des nouvelles avant-gardes (le groupe 63) et des Brigades Rouges. Ses interlocuteurs seront pêle-mêle Fidel Castro, Pasternak, Renato Curcio (fondateur des BR), Garcia Marquez. Au plus fort de la stratégie de la tension, la droite tente de lui attribuer la paternité des attentats les plus meurtriers. Il se sent menacé. Il prend le maquis, se déplace sous de multiples identités. Il répond à la menace fasciste (bien réelle quoique à l'époque on l'ait sous-estimée) en prenant les armes. Au plus fort de cette descente aux enfers, il reste un père attentionné, qui écrit des lettres intelligentes et lucides à son petit garçon. Passionné et ludique, il s'engouffre dans la clandestinité comme un personnage de Cocteau dans un miroir. Lorsqu'il saute avec l'engin explosif qu'il manipule sur un pylône d'une ligne à haute tension, le mystère de sa vie reste entier : assassinat ou accident ?"

Christian Bourgois Editeur 447 pages / traduit de l'italien par Guillaume Chpaltine

mardi 21 mars 2017

La guerre permanente...Anthologie des écrits de Marc CHIRIK

La guerre permanente...
anthologie des écrits de Marc CHIRIK
Éditions Prométhée 2017.

12 euros

Collection connaissance de la Gauche communiste

<< ..Critias! Tu me parles comme si je prétendais connaître les choses sur lesquelles je pose des questions, (or) j'examine avec toi les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent, parce que je n'en connais pas la solution. » Platon in Charmide (sur la sagesse) réplique de Socrate.

Comme Socrate, Marc Chirik utilisait d’une certaine manière la maïeutique revue et corrigée à sa façon. Sa technique consistait à ce que son interlocuteur s’interroge lui-même. Il s’agissait d’une part de faire accoucher les idées mais surtout de faire comprendre que ce qu'on croyait appréhender n'était souvent qu’une croyance. D'autre part, il remettait, sans cesse, en cause les choses et demandait à ses interlocuteurs de faire de même pour arriver à la compréhension la plus fine possible de la réalité politique qu’ils avaient sous les yeux.

C'était aussi un excellent polémiste et débatteur discutant en permanence avec le souci de la clarté politique ce qui était parfois fatiguant quand on voulait un peu reprendre son souffle pour continuer le débat. C’est ce que décrit fort justement Malaquais dans Planète sans visa :

« Marianne se sentait lasse et nerveuse.(...) Elle n’avait pas envie d'argumenter avec Marc, il était trop fatigant à suivre et il ne se laissait pas désarçonner, pas même si on le criblait d'insolences. » (page 428)

Nous livrons, ici, une vaste compilation de textes qui couvre plus de 60 ans de la vie d’un militant révolutionnaire qui a traversé tout le siècle dernier avec toutes ses pires avanies. Toutefois, nous n'en sommes pas restés la puisque dans nombre de présentations nous avons cherché à actualiser les réflexions de Marc Chirik car sur de nombreux points elles étaient prémonitoires : la guerre généralisée et permanente depuis l9l4, l'analyse des situations politiques, avec les flux et les reflux de la lutte de classe, qui nous (fournissent une boussole pour notre réflexion politique d'aujourd'hui (avec la dispertion des organisations, l'attitude à avoir entre révolutionnaires pour tenir bon face a la tourmente) et l'importante question de la conscience de classe.
M.A

jeudi 16 mars 2017

Étienne Cabet ou le temps de l’utopie / François FOURN

Étienne Cabet ou le temps de l’utopie 
François FOURN

Mars 1948. Soixante-neuf Français, tous vêtus d’un chapeau blanc à large bords et d’une veste en velours noir, débarquent à la Nouvelle-Orléans, suscitant l’étonnement des habitants. Ils ont abandonné famille et biens personnels pour fonder, au cœur des terres vierges du Texas, une société utopique, Icarie, où règneront l’équité, le partage et la solidarité. Mais de la théorie à la pratique, la route est longue. Comme celle qu’il leur faut suivre le long de la Rivière Rouge : plus de 400 kilomètres de territoires hostiles, peuplés d’Indiens. À l’arrivée, on manque d’outils, on n’est pas préparé aux rigueurs du climat, ni aux exigences de l’agriculture locale. Et l’idéal communautaire de se fissurer peu à peu.

C’est par un homme qui fut en son temps l’une des grandes figures du socialisme utopique, aujourd’hui tombé dans l’oubli, que cette quête d’un paradis terrestre a été menée : Étienne Cabet. Condamné à deux ans de prison en 1834 par le gouvernement de Louis-Philippe qui voyait en lui un dangereux factieux, Cabet s’exila en Angleterre où il passa des journées entières à la bibliothèque, dévorant les grands auteurs humanistes et élaborant, dans son Voyage en Icarie, cette société idéale qu’il choisira d’implanter aux États-Unis. Mais confronté aux dures réalités du terrain, le penseur idéaliste se métamorphosera en un surprenant chef de secte…

Editions Vendémaire 2014 - 352 pages.

vendredi 6 janvier 2017

Idéologie multiculturaliste en France : Entre fascisme et libéralisme de Fabien Ollier

L'IDÉOLOGIE MULTICULTURALISTE EN FRANCE 
Entre fascisme et libéralisme

"En France, le multiculturalisme n'est pas tout à fait un programme politique mais une nébuleuse idéologique qui semble dépasser les clivages traditionnels. Tous les partis, de l'extrême gauche à l'extrême droite, l'ont récemment illustré en se battant à qui mieux pour représenter les différences ethniques, culturelles et religieuses du pays. Ce combat revêt malheureusement l'apparence du bon sens alors qu'il fut initié dans les années 80 par la Nouvelle droite fascisante. C'est en suivant ce parcours "politiquement incorrect" du multiculturalisme que l'auteur montre qu'il ne s'agit pas simplement d'un néo-traditionalisme prêchant le retour à des modes de vie anciens ou la quête permanente d'une authenticité de L’Etre. Le multiculturalisme est en réalité l'entreprise d'une réduction de l'homme à une partie de lui-même (étiquetage) et d'un sacrifice de la singularité du sujet sur l'autel du droit à de prétendues différences, toutes instrumentalisées. En fait, c'est une machinerie de l'abstraction qui convient aux idéologies fascistes, et une machinerie de l'énonciation qui valorise des objets humains sur le grand marché bigarré du monde supermoderne."

Éditions L'Harmattan 2004 ISBN : 2-7475-6446-0  juin 2004  186 pages

L'objet du Blog

Proposer une liste d'ouvrages pour la formation militante et le débat.

Ceci dans une perspective révolutionnaire classiste anticapitaliste et internationaliste, anti-autoritaire.

Nous ne parlerons ici que des ouvrages stimulants et éviterons les marchandises à la mode, le verbiage militant.

Quelques fois les ouvrages seront disponibles en téléchargement au format PDF.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les ouvrages.